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Quand on observe sur place le balai-de-sorcière du Sapin, on voit quil consiste en une multitude de rameaux produits sur un espace restreint d'une branche ; ces rameaux en produisent d’autres, de sorte que, au bout de quelques années, il en est résulté un fouillis épais et irrégulier, qui, lorsqu'il est recouvert de feuilles, ressemble de loin à un grand buisson de Gui; il est, en général, isolésur le Sapin, mails J'ai vu, au contraire, beaucoup de balais-de-sorcière surun même Bouleau, au boulevard de Hambourg, près du Jardin botanique. La branche présente toujours, sous chacune de ces excroissances, un fort renflement formé d'un bois très-compacte et dont les couches superposées permettent d'en apprécier l’âge : leur formation s'explique par une production extraordinaire de bois et d'écorce et par l’augmentation du nombre des rameaux et des feuilles. Il m'est arrivé assez souvent de rencontrer des balais de sorcière sur des Sapins étouffés ou croissant dans des endroits marécageux.
L'arbre paraissait, en général, maladif et des Usnées, qu'il est rare de voir envahir la tige lisse du Sapin, couvraient son écorce.
Fig. 92. Cime de l’Aune (A/nus glutinosa).
Les oiseaux bâtissent volontiers leurs nids sur les balais-de-sorcière morts ; mais la superstition s’en épouvante ; il n’est pas un bûcheron, une bûcheronne qui oserait en rapporter au logis, crainte d'être frappé par la foudre, d’où leur vient le nom de buisson à tonnerre.
Fig, 95.
Le Peuplier, le Marronnier d'Inde et quelques autres arbres forment assez souvent, à l'endroit où leurs branches ont été enlevées, des loupes ou broussins (Rindenwulste), couvertes d'écorce rude et d'où sortentde nombreux bourgeons adventifs (Fig. 93). Iciencore il se manifeste une exubérance extraordinaire de rameaux que n’a certes pas occasionnéun Champignon, et qui provoque ordinairement la formation du broussin.
Fig. 95. Tronc et loupes du Peuplier (Populus pyramidalis).
Les nodules (Säumaugen) que l'on rencontre dans l'écorce de quelques arbres, comme le Peuplier, le Tilleul, le Hêtre, le Châtaignier, etc., sont des rameaux qui n’ont pas eu de croissance longitudinale, mais seulement en circonférence, ce qui les a rendus sphériques ; on peut les comparer aux bourgeons dormants de quelques plantes, qui continuent à vivre pendant longtemps sans se développer et qui cha- | que année croissent horizontalement avec le cercle ligneux, mais sans s'épaissir comme les nodules ; ces formations prouvent que l’épaississement d'une portion de tige peut s'opérer sans feuilles ; leur bois est madré et compacte comme celui des trones dépourvus de feuilles. On peut les enlever de l'écorce sous forme de sphères de la grosseur d'un pois ou d’une noix. — Les épines des Cratægus et Prunus sont des rameaux dont le cône végétatif s'est lignifié ; elles portent assez souvent des feuilles atrofiées.
Quand des troncs ou des branches frottent l'un contre l’autre, il arrive assez fréquemment qu'ils se soudent ensemble. Dans un carré de plantes, près Rudolstadt, j'ai vu deux très-jeunes Hôtres dont les axes s'étaient soudés au-dessus de terre jusqu'aux cotylédons, tandis que sous terre les racines étaient restées libres ; chaque arbre possédait au-dessus des cotylédons son petit tronc distinct. La réunion des deux arbres était produite par les cellules actives de l'écorce primaire (ch. VIT); plus tard chaque arbre avait produit du liége, ce qui avait arrêté incontinent l'union de leur sève. — Partout, comme ici, la soudure de deux troncs, de deux branches ou de deux racines ne peut avoir lieu que par un contact direct et prolongé du tissu propre au développement. Lorsque aucune formation subéreuse n’interrompt plus tard, comme il est arrivé dans le cas que nous venons de rapporter, le mélange de la sève dans les parties soudées, celles-ci continuent à rester unies et à croître ensemble ; chaque partie développe pour elle-même du bois et de l'écorce, d'où résulte que les cellules sont restreintes dans leur développement par une pression latérale. Si l'on divise à la scie un pareil tronc, on reconnaît qu’une véritable liaison ne s’est opérée et ne pouvait en effet avoir lieu que dans l'écorce active ou dans la zone génératrice. Des arbres qui forment une forte écorce rugueuse ne se soudent donc pas facilement ensemble. Je n'ai jamais vu de Pins, d'Epiceas, ni de Mélèzes véritablement soudés ; des troncs de Chêne greffés ensemble me sont également inconnus ; au contraire, on n a pasà chercher longtemps, dans des districts forestiers d'une certaine étendue, des troncs de Hêtre ou de Sapin soudés.
Les rameaux du Tilleul se soudent très-souvent où ils ont été entremêlés pendant la formation des feuilles et le Charme des haies en donne encore de meilleurs exemples ; le Ficus stipulata, souvent employé à Madère à recouvrir les murailles, forme, au bout de 40 à 20 ans, un véritable réseau où ses tiges, ses branches et ses rameaux sont entremêlés, soudés et paraissent même fondus ensemble, phénomène qui dépasse de beaucoup les cohérences que le Lierre peut contracter par la confusion des soudures. Des arbres d'espèces différentes peuvent même se souder ensemble ; ainsi 11 y a dans la vallée de Schwarzburg un vieux Sapin réuni au tronc d’un jeune Tilleul.
Toutes ces plantes étant pourvues d'une écorce qui conserve longtemps une active vitalité, peuvent entretenir de pareilles soudures ; chez d'autres arbres, au contraire, la formation de liége vient arrêter bientôt la soudure quand celle-ci a eu lieu au moyen de l'écorce. Une soudure produite par la zone génératrice peut au contraire amener une confusion véritable du cercle Higneux des deux arbres.
La soudure des racines du Sapin, surtout dans les forêts touffues, est un phénomène très-ordinaire. Güppert (1) a observé que les souches de Sapins abattus s'épaississent encore pendant un très-grand nombre d'années (jusque 100 ans) et que la blessure de la souche se cicatrise par un épanchement qui va jusqu'à la refermer insensiblement en lui donnant une forme sphérique : 1l pense que cette circonstance ne se produit que lorsqu'une racine de la souche s’est soudée intimement avec la racine d'un Sapin vigoureux ; dans ce cas, ce dernier nourrit la souche, qui, par elle-même, serait incapable d’absorber de la nourriture atmosphérique. Güppert désigne en conséquence la souche sous le nom de tronc consommateur et le Sapin qui pourvoit à ses besoins sous celui de tronc nourricier. Il paraît done que pour le développement du cercle ligneux et de l'écorce par la zone génératrice, les feuilles ne sont pas absolument nécessaires et que la cicatrisation, du moins dans la première année après la coupe, peut commencer au moyen de la substance tenue enréserve et restée dans la souche elle-même ; cela est en effet prouvé par le bois-de-quartier du Saule-marceau qui, mis en corde,commence quelquefois à se recouvrir d'écorce aux deux bouts, l’'annéesuivante, principalement à l'extrémité inférieure. Je crois donc que la racine est par elle même capable de nourrir seule la souche, d'une ma-
(1) Güppert, das Ueberwallen der Tannenstocke. Bonn, 1842.
nière restreinte, pendant une année encore. Le bois des souches cicatrisées à un Cours beaucoup plus entortillé et plus madré que le bois ordinaire ; il ressemble en cela au bois des vieux arbres lorsqu'ils sont presque sans branches ni feuilles. Dans un bois d'Epiceas du district forestier de Sachsenried, en Bavière, j'ai vu des troncs parasites d'Epicea dont la croissance était la plus luxuriante (1).
Si l’on enlève au tronc d’un arbreune forte brancheou que l’on entame son écorcejusqu'au bois, la blessure quien résulte serecouvre, c'est-àdire se ferme tout doucement d'elle-même, à l’aide de la zone génératrice. Où celle-ci manque, il ne peut au contraire se former ni bois ni écorce, et la blessure se borne à se cicatriser sur les bords, ce qui, suivant sa grandeur, prend souvent un grand nombre d'années. J'ai examiné la coupe transversale d'un tronc de Pin qui comptait 288 cercles annuels ; dans la 86° année, ce tronc avait reçu une blessure de plusieurs pouces de largeur qui, au bout de 20 ans, s'était complétement fermée et recouverte. La marche des zones annuelles et superposées restait toutefois, jusqu'à la dernière année de la vie de l'arbre, distinctement modifiée en ce que, quand elles passaient sur la blessure cicatrisée, chaque cercle annuel s'infléchissait à cette place.
Le Hêtre, le Sapin et le Tilleul se cicatrisent on ne peut plus facilement, grâce à la grande activité de leur écorce. Les excroissances sphériques ou plus ou moins pointueset recouvertes d'écorce des vieux Hêtres vigoureux, sont des moignons de branches recouverts ; on reconnaît, d'après l'aspect du recouvrement, la manière dont la branche à été enlevée ; ainsi, par exemple, quand la blessure a été plane et produite par la scie, le tronçon se recouvre en forme de. sphère ; quand, au contraire, elle est inégale et provient de la hâche, elle se recouvre d'une manière plus irrégulière et présente une forme plus pointue. La forme du tronçon de branche se reconnaît aussi au genre de recouvrement, ce dont les vieux Hêtres des environs du château de Shwarzburg donnent d'excellents exemples.
Il n'est pas rare de rencontrer des balles enchassées profondément dans le bois ; des lettres et des signes découpés dans le tronc jusque sur l'aubierserecouvrent aussi chez le Hêtre, quelquefois si complétement quon les retrouve, après de longues années, dans la partie ligneuse. À l'académie forestière de Neustadt - Eberswald, on conserve un tronc de Hêtre portant le signe caractéristique des
(1) Pfeil admet également la superposition pour l'Epicea.
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jésuites. Une curiosité analogue existe à l'Université de Leipzig.
La greffe et l'oculation, au moyen desquelles le jardinier améliore les espèces fruitières, consistent également en une soudure produite par l'écorce conductrice de Ia sève ou cambium ; le scion noble se développe comme partie intégrante du sujet, mais à sa manière et avec ses propriétés particulières. On fait une distinction entre l’oculation, la copulation et la greffe. Dans l’oculation on introduit le bourgeon dun arbre noble, avec son écorce et du jeune bois, sous l'écorce du sujet que l'on veut améliorer (Fig. 9#). Dans la copulation (greffe à l'anglaise) un rameau chargé de bourgeons est relié intimement avec
Fig. 94. Fig. 95. un rameau dégale grosseur
(Fig. 95). Enfin dans la greffe
proprement dite, on introduit un rameau muni de bourgeons dans une forte tige coupée | plane et qui a été fendue assez profondément, de manière 4 à ce que la zone génératrice à de la greffe se trouve en con- KA tact immédiat avec la zone gé- | nératrice du tronc, parce que JA la soudure n’est possible que LM dans ce cas. Pour oculer on
avec du chanvre et du mastic à luter. L'oculation se fait en été (fin juin) et l'on doit, entre autres soins, veiller à ce que le bourgeon qui se trouve dans l’aisselle du pétiole et quon introduit dans la tige étrangère avec l'écorce et le
Fig. 94. À. Un rameau qui doit être oculé : &. entaille horizontale de l'écorce qui est d'abord pratiquée avec une"serpette bien effilée autour de la moitié environ du pourtour du rameau ; b. entaille verticale de l'écorce. On relève soigneusement l'écorce en «. et l’on introduit de haut en bas dans la blessure l’écusson c. du rameau noble B. qui porte un bourgeon d., en ayant soin que le pétiole e. dépasse un peu l'extrémité du lambeau d’écorce b. On assujettit ensuite ce derhier avec de la filasse.
Fig. 95. À gauche un rameau greffé; à droite un rameau copulé. La copulation est pratiquée pour les rameaux les plus faibles, la greffe pour les plus forts. Dans la copulation, le rameau noble doit correspondre à l'épaisseur de l’autre : dans le greffage le rameau noble doit être beau coup plus faible que le sujet sur lequel il est enté. On insinue symétriquement deux greffes à droite et à gauche dans la fente. La blessure est finalement recouverte de cire et de filasse.
jeune bois, soit parfaitement intact ; il vaut donc mieux prendre un. peu de jeune bois avec l'écorce que de séparer soigneusement celui qui adhère à l'écorce, comme on le faisait autrefois ; il est également préférable de pratiquer au-dessus de l’incision verticale la section horizontale dans l'écorce de la tige pour l'introduction de l'écusson d'écorce portant le bourgeon noble ; l'expérience a consacré cette pratique. La copulation et la greffe se font au printemps, quand les bourgcons se gonflent, parce que alors la force de la zone génératrice est le plus propre au développement et que la soudure s'opère par conséquent le plus facilement.
En général, la moëlle de l'arbre devient bientôt inactive ; atteinte d’une blessure, elle meurt et l'arbre se pourrit au cœur. Notre Saule en têtard, élevé par boutures étêtées, porte déjà en lui le premier principe de son évidement ; le Chêne se décompose très-facilement à la moëlle, à la suite d'une forte blessure ; le Tilleul n’est pas plus heureux ; mais lorsqu'on n'y prend pas garde ces arbres continuent à croître par leur zone génératrice et 1ls poussent quelquefois des rameaux et des racines à l'intérieur de leur propre tronc (Fig. 96). L'entrelacement des racines dans le bois décomposé des vieux Saules est provoqué par des bourgeons rhizogènes qui prennent leur origine dans la couronne de l'arbre ; ces racines se nourrissent des produits de la décomposition de leur tige-mère. L'orage ne briserait pas le Chêne s'il n'était si souvent pourri à la moëlle.
Le tronc des Conifères est beaucoup plus rarement décomposé à l'intérieur ; d’une part le bourgeon terminal, qui continue à croître et ne meurt pas, empêche le contact de l'air sur la moëlle, et d'autre part le tissu ligneux imprégné de résine résiste beaucoup mieux à la décomposition ; cependant l'Epicea pourrit à la suite d’une mauvaise disposition des trous à résine dans lesquels se rassemble l’eau de pluie. Le tronc des vieux Baobab, dont l'intérieur, d'après Tremaux(1), peut souvent contenir plus de deux cents personnes, devient quelquefois si creux qu'il ne garde que quelques pouces de son aubier et de son écorce aveclesquelsil continue à croître sans affaiblissement.Les vieux Châtaigniers (Castanea vesca) de Ténériffe, dont les troncs creux ont plus de 30 pieds de circonférence, servent très-fréquemment d'écurie pour un atelage de bœufs, tandis que leur puissante couronne nourrit les bêtes par ses feuilles fraîches et fournit aussi à l'homme de la
(1) Voyage au Soudan oriental.
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nourriture par sa riche récolte de fruits. Le creusement du tronc ne porte donc aucun préjudice à la vitalité de l'arbre. Le vieux Dragon nier d'Orotava était déjà au temps de la conquête (1402) tout aussi creux quà présent ; mais l'arbre risque dans de telles conditions de souffrir encore beaucoup plus facilement du vent et du temps, comme ledémontre l'histoire de ce même Dragonnier qui,pendant l'orage du 21 juillet 1819, a perdu la moitié de sa couronne et qui s’écroulera peut être bientôt tout entier.
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On rencontre quelquefois des arbres dont les troncs sont tordus en spirale et disséminés cà et là entre d’autres qui ne sont pas contournés, tant parmi des arbres à feuilles membraneuses que chez des Conifères, Sans que nous puissions saisir la cause première de ce phénomène.
Fig. 96. Tronc creux d'un vieux Tilleul.
Il provient d'un contournement des faisceaux vasculaires constituant le cercle ligneux dans la jeune tige et se continue pendant toute la vie de l'arbre. Ce bois se fend suivant une direction contournée et il est par là impropre à beaucoup d'usages. — La Betterave est souvent contournée de la même manière.
Tandis que les végétaux ligneux entretiennent un cercle de bois, au moyen de la zone génératrice et du système vasculaire qui continue à s'y former, la partie correspondantereste sans être lignifiée chez les plantes herbacées. La moëlle de ces plantes devient quelquefois creuse, soit par résorption, soit par le desséchément ou le déchirement de ses cellules. C'est ce qui se passe chez le Carica papaya, arbre tropical, à tige herbacée, surmonté d’une couronne de feuilles palmées. Le Poinsettia pulcherrima, Euphorbiacée arborescente à tige ligneuse et dont les bractées couleur de feu entourent l'inflorescence, a aussi, comme le Carica, une tige fistuleuse ; nous en retrouvons d'autres exemples chez quelques-unes de nos plantes, comme la Ciguë aquatique et la plupart des tiges noueuses des Graminées.
De profondes entailles horizontales faites jusqu'au cercle ligneux tout autour de la tige d'un arbre dicotylédoné amènent à peu près sans exception, lorsqu'une bande d'écorce assez large a été détachée, la mort de tout ce qui se trouve au-dessus de la blessure circulaire. Les branches de quelques arbres à fruits supportent au contraire beaucoup mieux cette incisionannulaire. La partie de la branche annelée placée au-dessus de la blessure s'épaissit plus fort, les bords de la blessure de ce côté se cicatrisent plus puissamment que ceux de la partie inférieure : la branche annelée porte des fruits plus savoureux, mais elle meurt aussi plus tôt que les branches qui n'ont pas supporté cette opération. Il semblerait d'après cela que par l'incision annulaire la substance nutritive contenue dans l'écorce reste dans la branche, tandis que conduite d'une manière normale elle est plus profitable au tronc. Le courant de sève de direction descendante, à l’intérieur de la partie libérienne du système vasculaire et en conséquence à l’intérieur de l'écorce, reçoit un véritable arrêt par les phénomènes qu'amène l’annellement des branches. D'après Hartig, quand il ne naît pas de nouvelles branches de bourgeons adventifs, la formation de la substance de réserve dans l'écorce et dans les rayons médullaires doit s'arrêter sousla blessure circulaire, etlazone génératrice elle-même ne peut former de nouveaux cercles annuels. J. Hanstein a aussi montré par de nombreuses recherches que chez les végétaux dicotylédonés
dont ie système vasculaire est conformé d'une manière normale, des racines adventives ne sortent de l'écorce qu'’au-dessus de la blessure
circulaire, tandis que, chez les dicotylédones qui possèdent des faisceaux vasculaires dans l'intérieur de la moëlle (Nerium oleander, Cu
curbita pepo), il en sort encore d’autres de la moëlle qui sont en liaison avec les faisceaux vasculaires centraux : les végétaux monocotylédonés, dont l'écorce ne possède pas de liber, ne poussent de racines adventives, lorsqu'on pratique sur eux l'incision annulaire, que de la partie intérieure, jamais de l'écorce. (Les branches coupées et annelées avaient été placées dans l'eau et élevées sur couches.) L'expérence prouve la présence d'un courant de sève descendant dans la partie hbhérienne du système vasculaire de l'écorce des végétaux dicotylédonés et son absence dansl'écorce des plantes monocotylédonées : chez ces dernières, ce courant s'opère à l’intérieur de la zone génératrice renfermée dans une partie déterminée des faisceaux vasculaires. De là vient que l'Oléander, qui possède de ces faisceaux vasculaires dans la moëlle et en outre un cercle de faisceaux vasculaires de constitution normale dicotylédone, réunit les deux systèmes de formation des racines adventives.
La partie vivante de l'écorce, la zone génératrice avec le cambium qui s'y trouve, et les rayons médullaires du jeune bois conduisent les sucs chez tous les arbres; mais la composition de ces sucs est trèsdifférente d'après le système de cellules sévifères. L’étui médullaire de quelques plantes, dela Vigne par exemple, conserve parfoisson activité plus longtemps ; lamoëlle,au contraire, perd bientôt sa succulence. Dans le cambium on trouve surtout des composés riches en azote ; au contraire les hydrocarbures y manquent toujours. Le cambium du système vasculaire et les systèmes de cellules jeunes qui viennent d'en sortir favorisent donc avant tout la diosmose des éléments azotés ; ils servent à la sève ascendante. Celle-ci redescend dans le liber après avoir subi de profondes modifications chimiques ; elle se répand suivant différentes directions dans les cellules isolées du parenchyme cortical, et se dirige vers la moëlle à travers les rayons médullaires. Dans la circoncision des branches le courant de sève, aussi bien ascendant que descendant, est complétement arrêté aux environs de la zone génératrice, parce que la séparation de l'écorce amène la dessication et la mort du cercle de cambium de la partie écorcée. La branche annelée doit donc périr en-dessous de la blessure cireulaire lorsqu'il ne reste pas de chemin pour la sèvedansson intérieur ;
les voies par lesquelles cette dernière peut se frayer un chemin pour son ascension ou pour sa descente ne se trouveront que dans le parenchyme ligneux et dans l’étui médullaire, qui contient en général tous les éléments du système vasculaire et même, chez quelques plantes (Linum, Cucumis), possède encore un cambium supplémentaire et fréquemment des cellules libériennes toutes développées, des vaisseaux laticifères(ÆEuphorbia canariensis, Gomphocarpus) et peut ainsi entretenir une certaine circulation de sève. Le rameau ou la branche dont l’étui médullaire est encore en vie supporte l'incision annulaire mieux que le tronc chez lequel ilest mort. Cependant cette opération porte toujours un préjudice notable à la diosmose de la sève ; la circulation de la matière amassée dans l'écorce par la force nutritive de la feuille est particulièrement interrompue d’une manière complète.
Il résulte de là que la formation du bois diminue notablement sous la partie incisée et s'augmente dans la même proportion au-dessus. La branche annelée peut donc nourrir plus de fruits, mais comme l’approvisionnement par les racines lui est parcimonieusement mesuré, elle meurt plus tôt ne fût-ce que parce que la proportion convenable de la nourriture du sol et de celle de l'air se trouve dérangée.
Les arbres de notre zone ne croissent pendant l'hiver ni en hau-— teur, ni en circonférence ; toutefois la vie des cellules ne s'éteint qu'en apparence ; aussitôt que la température descend jusqu'à un certain degré, elles ne sont plus capables de se multiplier. Le cercle ligneux de nos arbres forestiers ne reçoit pas en hiver de nouvel accroissement, la Jeune pousse qui se trouve à l'intérieur du bourgeon fermé ne se développe pas non plus pendant cette période. Une certaine quantité de chaleur est nécessaire à chaque plante pour l’activité complète des cellules et c'est vraisemblablement la substance azotée Qui, remise en action d'une manière plus rapide par la chaleur du printemps, amène et entretient le cours de la formation de cellules. Mais la substance contenue dans les cellules conductrices de sève subit-elle en hiver un changement, la paroi de pareilles cellules s épaissit-elle dans cette saison, etc. ? Ce sont là des questions que je n'oserais pas trancher ; mais que pendant le repos apparent d'hiver les plantes ne sont pas engourdies non plus, c'estce que démontre le tubercule de pomme-de-terre qui, pendant son emmagasinement, cicatrise facilement et complétement par une formation de liége les blessures qu'il a reçues.
On sait qu'au printemps, dès que la végétation commence, l'écorce
des arbres s'enlève avec la plus grande facilité ; le Bouleau et la Vigne pleurent parce que les hydrocarbures amassés en automne dans les rayons médullaires et dans l'écorce sont alors rendus libres.
L'activité des racines s'éveille, paraît-il, la première, et le sol, imbibé d'eau, la favorise en ce que par la dissolution successive de la matière en réserve, qui commence dans la racine, il se produit une diffusion très-vive et par suite un courant de sève ascendante (1).
Mais l'arbre dont les bourgeons ne font que s'ouvrir ne peut pas encore dépenser immédiatement tout le liquide nourricier qui lui est fourni en surabondance ; la quantité de sève s'augmente donc par la continuation de la diffusion et quand la partie normale sévifère du système vasculaire n’a plus de place pour le fluide existant il envahit alors les vaisseaux plus âgés déjà remplis d'air et les cellules heneuses des cercles de bois. Si l'on blesse l'écorce à ce moment, la sève découle de la blessure. Les bourgeons ne tardent pas à s'ouvrir et la jeune pousse développe ses feuilles ; l'arbre emploie alors beaucoup de substance nutritive et la trouve dans ses propres cellules séveuses. Le Bouleau et la Vigne ne pleurent plus alors et l'écorce des Conifères ne s’enlève plus aussi facilement qu'au commencement du printemps; la sève a aussi disparu des vieux vaisseaux. L’absorption commence alors à diminuer et à s'équilibrer avec l’évaporation des feuilles et de l'écorce verte.
Lorsque, plus tard, les jeunes rameaux et leurs feuilles sont complétement poussés et que le bourgeon terminal commence à se fermer, alors se produit, à un moindre degré, pour la seconde fois, une réplétion de sève; l'écorce des Conifères s’enlève pour la seconde fois plus facilement, parce que la sève qui jusqu'alors nourrissait le jeune rameau, aussitôt qu'il est complétement développé, n'est plus consommée au même degré et se rassemble de nouveau en grande quantité entre le bois et l'écorce. Mais aussitôt que les écailles des bourgeons terminaux sont formées, le cône de végétation de ceux-ci s'élève pour développer l’ébauche de la nouvelle pousse destinée à l'année suivante: la sève qui existe en abondance leur fournit les matériaux nécessaires ; l'écorce ne senlève donc de la même façon qu'au printemps, que pendant peu de temps, c'est-à-dire, paraît-il, aussi longtemps que dure le développement des écailles qui n'ont besoin que de peu de nourriture. Quand elles sont formées et que la
(1) Moleschott, Physiologie des Sioffwechsels. p.70.
jeune pousse naît sous leur protection, alors commence le passage successif du bois de printemps au bois d'automne, dont les cellules s'épaississant davantage, absorbent aussi plus de nourriture.
Les phénomènes de la physiologie végétale seraient beaucoup plus
clairs si l'on avait déjà scruté avec plus de soin la vie intime des Fig. 97.
cellules; sans une connaissance précise de l'anatomie intime et de l'action réciproque des cellules les unes sur les autres, ilest impossible de se rendre compte des phénomènes vitaux des règnes végétal et animal (Fig. 97). |
Fig. 97. Tige médiane du Tilleul caractérisée par la direction arquée des branches et des rameaux inférieurs.
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