A LS BE
CPC LL Al TN
CA JA L IILCZ
La feuille.
De même que certains mammifères varient a couleur et la nature de leur livrée et que beaucoup d'oiseaux modifient leur plumage avec les changements de saison, de même aussi les organes dont les plantes sont revêtues changent d'aspect dans le cours d’une année. Les arbres forestiers de notre zone sont dégarnis de feuilles pendant l'hiver, tandis que les cimes des Conifères, dont la verdure est éternelle, supportent un épais manteau de neige. Dès l'arrivée du printemps, les bourgeons s'enflent, les feuilles s’étalent à la lumière et un reflet jaune dore le branchage des arbres. Les extrémités du Sapin et de l'Epicea Jaunissent, le Pin développe de longs scions jaunes qui supportent ses doubles aiguilles verdoyantes, tandis que le Mélèze, qui avait hiverné sans feuille, pousse de nouveaux fascicules. Les Jeunes feuilles grandissent rapidement et bientôt la forêt et les prairies brillent du vert plantureux du printemps. Mais cette pureté de coloris est éphémère, elle sévanouit dès que les feuilles ont acquis tout leur développement ; la forêt, dont la verdure est dès lors plus foncée et le feuillage plus touffu, conserve en été de l'ombre et de la fraîcheur. A l'approche de l'automne, la coloration des feuilles change de nouveau: l'Erable, le Hêtre, le Bouleau et le Chêne se revôêtent de teintes dorées qui passent plus tard au rouge et au brun.
Eclairés par le soleil d'automne, les arbres à larges feuilles brillent alors d'un éclat de feu jusqu'à ce que, bientôt après, l'hiver enlève les feuilles desséchées ; les branches restent nues comme des squelettes pendant les rigueurs de la mauvaise saison : les Conifères seules conservent avec leur feuillage leur sombre verdure. Le contraste des
cimes bigarrées des arbres croissant par groupes imprime au paysage un caractère particulier qui impressionne l'imagination ; la différence est profonde, dans notre zone, entre l'hiver et l'été; elle s’efface à mesure que l’on s'avance vers des contrées plus méridionales où les arbres ne sont jamais dégarnis de leur parure de feuillage.
La feuille est un organe de la tige, qui prend naissance sous le cône végétatif d'un bourgeon ; ne possédant pas de cône végétatif propre, elle ne peut par conséquent engendrer de nouvelles feuilles. La pointe extrême de la feuille est la partie la plus ancienne.
La feuille à couleur verte a pour fonction générale de subvenir à la nutrition de la plante ; elle absorbe par son épiderme les gaz et les vapeurs de l'atmosphère, elle les met en œuvre dans son parenchyme, dont les cellules sont essentiellement actives, tandis qu’elle exhale en même temps par sa surface d’autres substances gazeuses qu’elle rend à l'atmosphère. La feuille est incontestablement un organe respiratoire, elle constitue les poumons de la plante et sa forme aplatie augmente les points de contact avec l'atmosphère. Les feuilles submergées de quelques plantes aquatiques, ainsi que les pérules et les cotylédons de beaucoup de végétaux, servent assurément à d’autres usages SPÉCIAUX.
Il semble contradictoire avec ce que nous venons de dire que toutes les plantes ne possèdent pas des feuilles complétement formées. Cet organe pourrait-il donc être remplacé par d’autres parties de la tige?
En effet les Cactées et les Euphorbiacées aphylles, dont les organes appendiculaires ne se développent régulièrement que dans la fleur, sont munies d’une écorce verte, fort étendue, qui remplit les fonctions ordinairement dévolues à la feuille ; l'écorce se substitue ici au feuillage, parce que son épiderme, de même que ses cellules actives en général, correspondent par leur organisation au tissu foliaire des autres plantes.
Les premières feuilles des plantes sont les cotylédons de l'embryon ; ils sont insérés sur une tigelle conique ou ovoïde terminée d’un côté par un bourgeon caulinaire, de l’autre par un bourgeon rhizogène et qui préexiste au cotylédon. Comme les premières feuilles, toutes les suivantes se forment aussi sous le cône de végétation d’un bourgeon
caulinaire et jamais sur aucun autre organe de la plante ; la radicule,
dont le cône de végétation est couvert d’une piléorhize, ne peut pas produire de feuilles.
Les feuilles présentent entre elles certaines différences relativement à leur fonction ou sous le rapport de leur insertion, et nous pouvons d'après cela distinguer les espèces suivantes :
1° Les cotylédons (lobes séminaux) qui sont situés sur l’axe de l'embryon et qui existent déjà avant la germination de la graine.
2° Les écailles ou pérules qui sont des feuilles squammeuses dont les cellules remplies d'air protégent la pousse des jeunes bourgeons pendant l'hivernage et qui prennent naissance, comme les feuilles proprement dites, sous le cône végétatif d'un bourgeon caulinaire.
3° Les feuilles, qui se développent sous le cône de végétation du bourgeon et qui, pour la plupart colorées en vert, demeurent plus ou moins de temps adhérentes à la tige et forment l'apanage de verdure des végétaux.
D'après la hauteur de leur insertion sur la tige, on distingue les feuilles radicales, les feuilles caulinaires et les bractées. Les feuilles radicales se trouvent près de la racine; les feuilles caulinaires entourent les tiges proprement dites et les bractées cachent dans leur aisselle les boutons des fleurs. Ces trois espèces de feuilles diffèrent souvent de forme sur une seule et même plante. On doit y rapporter les stipules, qui se présentent sous la forme de petites feuilles ou d’appendices foliacés, insérées une de chaque côté de la feuille ; il n’est pas rare quelles soient soudées avec le pétiole. Toutes les plantes n’en sont pas munies ; souvent elles tombent de bonne heure et elles n'ont dans ce cas de l'importance que pour le bourgeon où elles remplacent les pérules protectrices (dans le Chêne et dans le Hêtre).
4° Les feuilles florales ou phylles qui, d’après leur emplacement et leur mode de formation, deviennent les folioles du périgone (phylla perigon), les sépales du calice (sepala), les pétales de la corolle (petala), les étamines de l'androcée (stamina) et les carpelles du gynécée (car pella).
Sous le nom de feuilles du périgone, on désigne deux verticilles successifs dont l'apparence et la coloration ne diffèrent pas, comme par exemple dans le Lis. Les sépales généralement colorés en vert forment le premier ou, quand il y a plusieurs cercles colorés en vert, les premiers verticilles foliacés de chaque fleur : telles sont les cinq premières folioles vertes de la fleur du Myosotis et le double calice des Malvacées.
Les pétales, incolores ou colorés, suivent les sépales verts (les cinq lobes bleu d'azur du Myosotis). Les étamines développent dans les
cellules de leur anthère, qui sont conformées d’une façon particulière, un pollen qu'elles laissent échapper d’une certaine manière, comme par une fente ou par un pore; elles se trouvent toujours à l'intérieur de la corolle. Enfin les carpelles produisent, chez beaucoup de plantes, le pistil, qui, chez le Cerisier et le Prunier, ne consiste qu’en un seul carpelle, tandis que chez d’autres le pédoncule prend lui-même
Fig. 98. part à la formation de cet organe (par exemple chez les Orchidées et me chez toutes les plantes à ovaire infère).
Les cotylédons qui, par leur aspect et leur structure diffèrent en sénéral essentiellement des feuillès, ont déjà fait l'objet de notre examen dans le chapitre Il. Nous avons parlé d'une manière circonstanciée, dans le chapitre IE, des pérules ; quant aux feuilles florales elles seront examinées de plus près dans le VII: chapitre, de sorte qu'ici nous nous occuperons plus spécialement des feuilles proprement dites.
La forme des feuilles est très-diversifiée et difficile à comprendre dans une description commune. On doit tout d'abord les distinguer en simples et en composées. Une feuille est simple lorsque son pétiolene porte qu'un seul limbe {Fig. 98) ; composéeau contraire lorsque ce pétiole est pourvu de plusieurs limbes. Une feuille composée peut être digitée ou pennée; elle est digitée ou palmée quand plusieurs folioles sont rassemblées en un point du pétiole, ce qui figure tant bien que mal une main : ainsi chez le Châtaignier, cinq ou sept folioles sont supportées par un même pétiole; elle est pennée quand son pétiole, semblable à une plume, porte des folioles insérées de part et d'autre (le Noyer, l'Acacia et le Sorbier en offrent desexemples) (Fig. 99). La feuille pennée peut l'être simplement ou doublement : elle l’est doublement quand son pétiole se ramifie et que ces ramifications paraissent de rechef pennées,comme chez plusieurs Ombellifères et Fougères(1). Il y a en outre beaucoup de formes intermédiaires.
Fig. 98. Feuilles du Tremble (Populus tremula).
(1) La présence d’une articulation à la base de chaque foliole est encore souvent considérée comme un caractère distinctif des feuilles composées. (Note du traducteur.)
Il n'existe pas toujours un véritable pétiole, c’est-à-dire un support cylindrique ou sémicylindrique servant de transition de la tige au limbe. Les feuilles de beaucoup de plantes sont sessiles, c’est-à-dire insérées sans l'intermédiaire d'un pétiole, comme chez les Orchidées,
les Liliacées, les [ridées, les Graminées, etc. Rarement, comme Fig. 99.
chez quelques Protéacées, toute la feuille est arrondie en pétiole. Chez le Hakea suaveolens par exemple, elle est arrondie et ramifiée latéralement à la façon d’une plume.
Il importe pour la classification des feuilles et pour la botanique descriptive, de savoir comment la base de la feuille se comporte à l'égard de la tige ; on doit notamment rechercher si elle l'embrasse entièrement, si elle l'étreint à moitié ou si elle la touche par un point
seulement. Les feuilles de la plupart des monocotylédones sont engaf-
Fig. 99. Feuilles, inflorescence et fruit du Sorbier (Sorbus aucuparia).
nantes dès leur première apparition, en ce que tout le pourtour du cône végétatif contribue à la formation de chaque feuille: par contre, les folioles florales, dans cet embranchement du règne végétal, naissent, en général, au nombre de trois à la même hauteur. La base du pétiole ou, quand ce dernier manque, la base de la feuille est, dans la plupart des cas, pourvue d’un petit renflement appelé articulation et qui est en général d'une couleur plus pâle que le reste du pétiole : son tissu consiste en cellules peu épaissies, quelquefois tabuliformes et le système vasculaire est ici relativement moins développé que dans les autres parties du pétiole ou du limbe. Cette articulation est particulièrement remarquable chez les végétaux qui abaissent leurs feuilles pendant la nuit, comme les Oxalis et les Haricots, et chez ceux qui, comme la Sensitive (Mimosa pudica), sont sensibles aux excitations extérieures qui mettent leurs feuilles en mouvement; cest elle qui, ainsi que son nom l'indique d’ailleurs, est ici l'organe actif du mouvement. La feuille se désarticule toujours à cet endroit quand elle se détache de la branche ; cette chute résulte soit de la formation successive d'une couche horizontale de liége dansl'articulation, qui a pour effet d'empêcher la circulation de la sève entre la branche et la feuille, de sorte que celle-ci se décolore insensiblement, se dessèche et finit par tomber (chez le Bouleau, le Hêtre et le Chêne), soit de ce que la feuille, tuée par la gelée d'une nuit, se sépare tout-à-coup de la branche, à l'endroit où plus tard naïîtrait la couche de liége (chez le Platane dans nos climats) (1).
En général, on ne considère comme feuilles composées que celles qui comportent une articulation pour chaque fohole, de sorte que celles-ci peuvent s'abattre séparément ; c'est-là ce qu'on observe par exemple chez le Marronnier, l’Acacia, le Frustet (Rus typhna) où il existe une articulation, non-seulement à la base du pétiole commun, mais encore à celle de chaque foliole. Le Marronnier et les deux arbres que nous venons de nommer perdent en général d’abord leurs folioles, et c'est seulement plus tard que le pétiole commun se sépare du rameau à son articulation. Mais toutes les feuilles simples ne comportent pas une pareille articulation. J'appelle aussi composées les feuilles qui ne perdent pas leurs folioles isolément. Les
(1) Le phénomène de la chute des feuilles a été récemment l’objet d’intéressantes observations de la part de M. H. Mobhl qui les a consignées dans le Botanische Zeitung.
(Note du traducteur.)
ns >
4 . . p. < , feuilles qui ne sont pas articulées à leur base ne tombent pas du tout, ou tout au moins ne laissent pas une cicatrice lisse après leur chute.
- Nous voyons le premier cas se produire dans les pérules inférieures
des bourgeons de nos Conifères et chez le Dattier, qui conserve ses feuilles pennées encore adhérentes à son stipe plusieurs années après leur mort. Tandis que les feuilles aciculaires du Sapin et de l'Epicea possèdent une articulation très-distincte, celle-ci manque aux feuilles écailleuses de ces arbres ; les aiguilles tombent dès qu'elles ont atteint un certain âge et une couche de liége recouvre la cicatricule ; les écailles inférieures persistent, au contraire, et constituent l’appendice squammiforme que nous avons déjà mentionné.
Si l'articulation est très-grande et qu'après la chute de la feuille une partie persiste sur le rameau, on peut la considérer comme le coussinet de la feuille. Notre Epicea montre bien cet organe, son aiguille ne se sépare pas, comme chez le Sapin, tout contre la tige. On peut désigner sous le nom de coussinet de fronde { Wedelkussen) l'induvie proéminente des frondes tombées des Fougères arborescentes.
La forme du limbe foliaire varie considérablement chez les différentes plantes ; 1l y a des feuilles rondes, ovales, lancéolées, cordées, sagittées, voire même linéaires, etc., plus une série de formes intermédiaires à celles que nous venons de citer et de nombreuses transitions des feuilles simples aux feuilles composées. La nature du bord de la feuille, qui peut être entier, serrulé (a), denté (b), crénelé (ce), incisé (d), sinué (e), cilié (f), rongé (g) (Fig. 100), et ainsi de suite; en outre la forme du limbe, suivant quil est simple, c’est-à-dire non partagé, ouquilest divisé en digitations ou en pinnules, sont autant de circonstances qui comportent dans la botanique descriptive des désignations caractéristiques. La nature de la superficie, suivant qu'elle est lisse, glabre ou pubescente, de même que l'espèce de pubescence, doivent être également prises en considération. La distribution du système vasculaire, qui détermine la nervation des feuilles n’est pas moins nécessaire pour l'exactitude des descriptions. Enfin la force même du limbe aussi bien que la vigueur ou la délicatesse de sa constitution, méritent également l'attention et permettent de distinguer les feuilles membraneuses, coriaces ou charnues.
Nous pouvons sur nos arbres étudier maintes formes de feuilles Nos Conifères portent en général des feuilles aciculaires ; le Thuya l'Arbre de vie, et l'Ephédra, petit végétal frutescent qui s'éloigne beaucoup du type ordinaire des Conifères, comportent des feuilles
écailleuses; le Salisburia et le Dammara, originaires des tropiques, sont pourvus de feuilles membraneuses, et les feuilles des Araucaria abandonnent déjà la forme aciculaire (Fig. 104). L'aiguille du Sapin (Abies pectinata) est aplatie, canaliculée suivant la ligne médiane et légèrement Imcisée à la pointe ; la face supérieure Fig. 100. est luisante, l'inférieure au contraire se distingue par deux raies longitudinales d’un blanc d'argent \ oùlesstomatesse trouvent accumulés (Fig. 102 À).
L'aiguille de lEpicea (Picea vulgaris Link) à une section à peu près quadrangulaire: elle se termine en pointe émoussée et n'est pas incisée (Fig. 102 C). L'aiguille du Mélèze (Larix europæa) est rhomboïdale dans une coupe transversale (Fig. 102 B). L’aiguille du Pin (Pinus sylvestris) paraît hémicireulaire dans sa section, elle se termine en pointe et son contour est denticulé; elle possède en outre de nombreux conduits résineux, tandis que les feuilles des trois arbres énumérés précédemment n'en comportent que deux, conformés, il est vrai, un peu différemment (Fig. 102 D) La feuille de l'Araucaria du Brésil enfin montre sur la coupe de nombreux faisceaux vasculaires répartis dans un même 2) plan et qui alternent avec des canaux résinifères, tandis queles aiguilles de nos Conifères ne possèdent qu’un double faisceau vasculaire central (Fig. 102 E).
La feuille du Chêne pédonculé (Quercus pedunculata) est brièvement pétiolée, bien attachée, à limbeovoïde-allongé, profondément échancré et un peu replié en dehors à la base du pétiole. Dans cette espèce de Chêne, la plus grande largeur des feuilles est à l’extrémité(Fig. 403).
Fig. 100. Différentes formes du contour des feuilles. Fig. 101. Feuilles de Conifères : A. Aiguille de l’Abies pectinata. — B. Feuille de Podocarpus lanceolatus. — C. Feuille de l’Araucaria brasiliensis. — D. Feuille du Salisburia adianthifolia.
Lafeuilledu Chêne rouvre(Quercus sessiliflora)aun pétiole beaucoup plus — long, elleest ovale et moins profondément échancrée ; sa plus grande largeur se trouve au milieu du limbe (Fig. 104). La face supérieure de toutes les deux est luisante, la face inférieure mate et, près de la base,
glabre ou finement pubescente: dans ce dernier cas les poils sont disposés Fig. 105.
Fig. 102.
en étoile, quatre à quatre et plus rarement deux à deux. Chez les deux espèces les principales nervures secondaires des feuilles se perdent dans les lobes du limbe.
Les feuilles du Hêtre (Fagus sylvatica) sont pétiolées, ovales, acuminées, confusément dentelées sur les contours, à face supérieure luisante, Ciliées sur les bords (PI. HIT. Fig. 20). Les feuilles du Charme (Carpinus betulus) ont, avec une forme analogue, les contours doublement dentés (Fig. 105), la face supérieure terne, la face inférieure couverte de
Fig. 102. Coupes transversales à travers les feuilles des Conifères: 4. Abies pectinata: q. faisceau vasculaire ; À. conduit de résine ; æ. partie de la feuille où sont situés les stomates. B, Larix europæa. C. Picea vulgaris. D. Pinus sylvestris. E. Araucaria brasiliensis. (Grossissement de 20 fois).
Fig. 403 Feuilles et fruits du Chêne pédonculé (Quercus pedunculata).
poils rudes (1). La feuille pétiolée du Bouleau blanc (Betula alba L) est rhombotriangulaire, doublement découpée en dents de scie, glabre chez les vieux sujets; sa plus grande largeur tombe près de la base Fig. 106). La feuille également pétiolée du Bouleau pubescent (Betula pubescens Eur) est plus ovalolancéolée ; sa plus grande largeur est au milieu du limbe ; dans l’aisselle des nervures principales, à la face inférieure, se montre toujours de la pubescence. La feuille de l'Aune noir (Alnus glutinosa) est presque ronde et tronquée à la pointe ; sa face inférieure est pubescente dans les aisselles des nervures principales :
le pourtour est doublement denté (Fig. 107). Les feuilles du Châtaignier(Castanea vesca) sont longuement lancéolées et profondément dentées. Celles de beaucoup d'espèces de Saules paraissent, au contraire, linéaireslancéolées (PI. IV. Fig.
47); chez les Erables elles sont digitées et à partitions profondes Les premières feuil- "i K\ les d'uneplanteen ger- \ mination, les folioles |. 2 de la plumule ou les feuilles primordiales comme on les appelle, diffèrent souvent par leur
Fig. 104. Feuilles et fruits du Chêne rouvre (Quercus sessiliflora). Fig. 105. Feuillage de Charme (Carpinus betulus).
(1) On doit aussi considérer, relativement à la forme des feuilles, le contour de leur face inférieure.
“A des feuilles de l'arbre arrivé au terme de sa croissance ; chez
leChêne, le Noyer et les Lauriers, elles sont écailleuses et passent insen-
siblement à l'état de feuilles ordinaires (PI. IT. Fig. 41). Le Bouleau
blanc a, dans ses premières années, des feuilles à poils touffus et plus Fig. 106. Fig. 107.
jt
aft\
Fig. 108. tard, des feuilies lisses et glabres. La plan- | tule du Baobab adesfeuilles simples, tandis que l'arbre porte des feuilles composées digitées à 5 ou 7 folioles, etc. Chez le Sapin et l'Epicea, les feuilles primordiales de la plantule sont déjà de véritables aiguilles, et chezle Mélèzeelles ressemblent aux aiguilles solitaires des branches allongées de l’année ; dans leur aisselle naissent, l'année suivante, les fascicules de feuilles : enfin > chez notre Pin elles sont, la première année, semblables à ces aiguilles isolées du Mélèze, avec cette différence seulement que la seconde année, de doubles aiguilles sortent de leur
Fig. 106. Rameau et feuillage du Bouleau (Betula alba). Fig. 107. Feuillage des rameaux supérieurs de l’Aune (A/nus glutinosa). Fig. 108. Feuille de l'Erable champêtre (Acer campestre).
aisselle : les feuilles primordiales du Pin correspondent ainsi aux feuilles squammiformes de la pousse suivante (1).
Au point de vue physiologique, la constitution intérieure de la feuille est plus essentielle que la forme extérieure, car elle diffère complétement selon le milieu où la feuille doit vivre. Aïnsi dans une plante aquatique, les feuilles submergées sont organisées autrement que les feuilles nageantes et, à leur tour, les feuilles qui vivent dans Pair diffèrent de ces dernières. Toutes les feuilles qui sont immergées ont un épiderme sans stomates ; ces organes manquent à la face mférieure de toutes les feuilles nageantes, et les feuilles qui végètent dans l'air en sont pourvues au moins sur une face, plus rarement sur toutes deux, telles que celles du Gui, de la Betterave, de la Batate et du Colocasia, ainsi que celles des Graminées et des Cypéracées qui, par suite de cette organisation, se tiennent presque verticalement ; la plupart des feuilles horizontales, au contraire, ne comportent de stomates qu'à la face inférieure.
La disposition des cellules parenchymateuses dans l'intérieur de la feuille est subordonnée à la présence des stomates sur un seul ou sur les deux côtés. Sur la face où se trouvent les stomates le parenchyme est toujours plus lâche et des méats aériens plus ou moins
Fig. 109. grands se trouvent entre les cellules, tandis que l’autre face de la feuille, dont Ja l'épiderme est dépourvu de stomates, est [)e formée d'un tissu plus serré et dont les cellules forment des strats continus (Fig.
109). Les feuilles qui sont munies de stomates sur les deux faces ne montrent pas ce contraste dans l’organisation de leurs tissus. La coupe de laiguille du
7 Sapin (Fig. 102 À) diffère sous ce rapport de celle d'une aiguille d'Epicea : l'aiguille du Sapin n’a de stomates qu'à la face inférieure, dans les deux raies longitudinales d'un blanc
Fig. 109. Coupe transversale à travers une petite portion de la feuille du Betula alba : a. Epiderme de la face supérieure dépourvu de stomates ; b. Epiderme de la face inférieure percé de stomates (2); c. parenchyme dense ; d. parenchyme lâche ; æ. faisceau vasculaire d’une nervure latérale secondaire ; y. une écaille glanduleuse (gross. 200 fois).
(1) Chez le Pin des Canaries qui pousse volontiers des bourgeons adventifs, les jeunes branches qui proviennent de ces bourgeons émettent d’abord des feuilles primordiales; la même chose a lieu chez notre Pin sauvage, bien que le cas se présente rarement.
d'argent, tandis que celle de l'Epicea possède, au contraire, sur les deux faces, deux raies longitudinales où se trouvent des stomates : Paiguille du Genévrier n’a de stomates qu'à la face supérieure le long de la raie longitudinale unique et d'un blanc d'argent. Les feuilles du Chêne, du Hêtre, du Bouleau et de l’Aune n’en sont pourvues que sur leur face inférieure. De nombreuses recherches sur les feuilles des classes les plus différentes du règne végétal confirment ce que je viens d'énoncer sur l'organisation des feuilles en général. L'épiderme ou tout au moins la partie de cet épiderme qui est pourvue de stomates, possède ordinairement un aspect plus mat ét plus ou moins blanchâtre ; c'est l'air qui existe entre les cellules du parenchyme de la feuille qui détermine cette coloration.
L'observation minutieuse du développement de la feuille du Bouleau nous a dévoilé le mode de formation des nervures du limbe. Cette feuille se présente d'abord sous la forme d'un petit mamelon celluleux accompagné de ses deux stipules qui s'élèvent à la même hauteur qu’elle, sous le cône végétatif. La feuille égale d'abord les stipules, mais bientôt celles-ci la dépassent, elles deviennent convexes et la feuille s'élève entre elles.
La nervure médiane apparaît alors à la base du limbe et se perd
Fig. 110. insensiblement vers la pointe de la feuille. Le tissu de cette extrémité cesse dès lors de s'accroître et se dessèche (Fig.
110). Le limbe de la feuillese développe ensuite des deux N côtés de la nervure médiane et l’on voit apparaître les plus
Hg fortes dents de son pourtour.
A mesure que cette formation saccomplit, les premières nervures latérales émergent de la nervure médiane et viennent se rendre chacune sous une dent dont le tissu délicat et incolore cesse de s’accroître de bonne heure, comme nous l'avons déjà observé pour la pointe de la feuille ou la dent terminale.
Avec la formation des premières nervures latérales (nervures laté-
Fig. 410. Alnus glutinosa : A. Coupe longitudinale à travers la jeune pointe d’un rameau au printemps ; pv. le cône végétatif; a. la stipule ; b. la feuille à laquelle cette stipule appartient ; d. le rudiment du bourgeon axillaire de cette feuille ; e. une feuille plus âgée. B. une jeune feuille ; #1. la nervure médiane ; y. l'extrémité de la feuille ; z. les dents de premier ordre. La feuille paraîtra tronquée par l'avortement de plusieurs dents situées à son sommet (gros. 50 fois).