‹ Les arbresChapitre 20 sur 60 · AN · texte numérisé non relu

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La Racine.

Le vieux Sapin brave l'orage et résiste aux tourmentes atmosphériques même sur le sommet des montagnes où les dégâts des tempêtes sont souvent terribles. Ses fortes racines pénètrent à une grande profondeur, s'insinuent dans les crevasses des rochers et elles étreignent la pierre avec force; son tronc ressemble à une haute colonne qui supporte une large couronne de feuillage ; il plie sous l'effort du vent, mais ne tombe jamais, à moins qu'il ne soit entraîné par la chute d'arbres plus lourds. L'Epicea, au contraire, est loin d'offrir autant de résistance ; ses racines horizontales pénètrent en terre à peine à une profondeur de deux pieds, de sorte qu'il est fort exposé à souffrir des coups de vent ; en se renversant, il emporte avec lui le terrain où sont fixées ses racines. Le Peuplier pyramidal est exposé aux mêmes dangers, et l'orage le renverse facilement parce que ses racines sont loin d'être en rapport avec la hauteur et le développement du tronc : il en résulte que l'emploi de cet arbre est dangereux dans les digues et les chaussées ; ‘il est, en pareil cas, avantageusement remplacé par le Saule, dont les nombreuses ramifications radicales forment un lacis qui contribue à l'affermissement des berges. Quant au Chêne, ses racines sont inébranlables, et il n'est vaincu par la tempête en fureur que si le temps a lentement creusé son tronc noueux.

La racine est un organe d'une haute importance pour les arbres; elle leur sert de soutien et contribue à les nourrir et remplit d'ailleurs ces deux fonctions chez la plupart des végétaux. Cependant les racines aériennes, qui, suspendues dans l'air n'atteignent pas toujours le sol, ne servent qu à la nutrition seulement, mais nous n'en rencontrons pas

dans nos forêts, et elles semblent, en général, appartenir en propre à la végétation des climats tropicaux. Les Fougères arborescentes qui croissent au sein d’une atmosphère chaude et humide, sont revêtues tout autour de leur tronc d'une épaisse couverture de racines aériennes. Les troncs âgés du Laurier des Iles atlantiques (Laurus canariensis) que l’on rencontre dans les ravins humides des forêts, se recouvrent de racines aériennes particulières; elles se montrent chaque année à l'époque des pluies d'automne, se dessèchent et meurent quand arrive la saison chaude : on à pris autrefois ces singulières racines pour des champignons, et Bory de Saint Vincent, se méprenant sur leur véritable nature, les a décrit sous le nom de Clavaria Lauri. Les Orchidées tropicales, ces suaves épiphytes des forêts vierges, émettent une quantité de racines aériennes, tandis que leurs sœurs de nos bois et de nos prairies sont redevenues épigées comme la généralité de notre flore. Les racines des plantes qui flottent librement à la surface des eaux, doivent être assimilées aux racines aériennes et servent uniquement à nourrir et non pas à soutenir le végétal comme cest le cas pour les végétaux terrestres.

L'arbre, de même que la plupart des végétaux supérieurs, réclame deux espèces de nourriture: l’une qui lui vient de l'air, l’autre qui lui est fournie par le sol. Les feuilles et les parties vertes de l'écorce puisent dans l'atmosphère certains gaz et des vapeurs; elles absor= bent, par exemple, l'acide carbonique et le mettent en œuvre pour en répandre les éléments constitutifs dans l'économie végétale. La racine; de son côté, soustrait au sol les principes dissous dans l'eau; elle livre à la plante les combinaisons azotées qu'elle trouve dans lhumus et dans le sol arable, sans négliger les principes hydrocarbonés qui se présentent, et elle s'approprie ces nombreuses matières salines qui se retrouvent sous forme de cendres quand on fait brûler du bois. La chaux et la magnésie, par exemple, pénètrent par cette voie, probablement sous forme de bicarbonates solubles. Le sol arable exerce d'ailleurs une action puissante sur l'air atmosphérique; l'azote se combine avec l'hydrogène et avec l’oxigène pour former de l’ammoniaque et de l'acide nitrique. D'après Mulder cet acide se combinerait avec les acides de l’humus et avec des éléments terreux ou métalliques tels que les oxides ferreux, magnésique et calcique, pour former des sels doubles et solubles. En un mot la racine répand dans le système nutritif du végétal des matériaux inorganiques et des principes organiques, tandis que la feuille remplit un rôle plus spécial et ne fournit

| guère que des éléments organiques. L'eau qui forme la base de la nourriture des plantes, leur est également amenée pour la plus grande partie par la racine.

Certaines espèces, flottant à la surface des eaux sans être reliées au sol, montrent ainsi qu'elles peuvent se passer de lui. Les Lentilles d'eau, par exemple, qui constituent le genre Lemna, trouvent dans Peau cequileur faut pour vivre au moyen deleurs petites racines et dans Pair qui est un contact de leurs surfaces vertes. D’autres espèces, dont les feuilles sont submergées, n'ont même pas besoin de l’action directe de l'atmosphère, l'air dissout dans l'eau leur suffit et elles prennent le reste dans la vase ou le sable, où pénètrent leurs racines. Quelquefois des feuilles étalées et des feuilles immergées sont réunies sur la même espèce, bien que leur organisation soit différente, ainsi que nous lavons vu plus haut. D'un autre côté les plantes aquatiques ont souvent à la fois des racines qui restent dans l’eau et d’autres qui entrent dans le sol, de même que les Fougères arborescentes, par exemple, présentent en même temps des racines aériennes et des racines hypo- * gées : mais il est à regretter que les plantes aquatiques ne soient pas encore suflisamment étudiées ; on ne sait pas non plus, d’une manière certaine, si les différences que l’on remarque dans le développement des racines, proviennent de la nécessité pour celles-ci de vivre dans tel ou tel milieu. Ces particularités sont connues pour la feuille; ainsi l’on sait que les feuilles submergées sont dépourvues de stomates et que ces petits organes sont tous répartis sur la face supérieure des feuilles flottantes. Ajoutons enfin que les véritables racines manquent chez quelques plantes, par exemple chez les Mousses etles Hépatiques: elles sont ici remplacées par des poils ou papilles radicales qui, provenant de la tigelle, possèdent le pouvoir d’absorber la nourriture du sol. Quelques-unes de nos Orchidées, telles que les Epigonum et Coralloryza, dont la tige est organisée sur un plan spécial et qui poussent entre les feuilles mortes et humides des forêts, ne possèdent pas non plus de racines proprement dites, et sont obligées de les remplacer par des papilles insérées sur la tige.

Toute racine est issue d’un bourgeonrhizogène, etelle est toujours terminée par un bourgeon rhizogène; en d’autrestermes, ilexiste à l'extrémité de chaque racine un bourgeon rhizogène recouvert de sa piléorhize. Cette dernière particularité explique l'absence de feuilles sur les racines et prouve que celles-ci s’allongent de la même manière que l'axe ascendant au moyen d'un cône végétatif terminal.

La racine peut se former de deux manières différentes, soit directement de la radicule de l'embryon, soit au moyen d’un nouveau bourgeon rhizogène qui apparaît dans la zone génératrice de l'axe ascendant ou de l'axe descendant. Dans le premier cas, il se montre un pivot, et dans le second toutes les racines sont adventives. Les bourgeons rhizogènes qui produisent ces derniers, peuvent apparaître partout où du cambium est associé à du tissu vasculaire; nous nous sommes d'ailleurs occupé plus haut de leur naissance et de leur zone génératrice,

La radicule de l'embryon des dicotylédones se transforme, comme nous l'avons vu, pendant la germination, en une racine principale ou pivotante, à la suite de l’allongement de l'axe de haut en bas. Presque tous nos arbres germent, comme la généralité des plantes dicotylédones, avec un pivot, mais celui-ci est souvent bientôt dépassé par certaines racines latérales, par exemple chez l'Epicea. Les Monocotylédones, au contraire, sont dépourvues de pivot dès leur germination : l'observation attentive d'un embryon de Palmier montre même que l'ébauche de sa racine correspond déjà aux racines latérales qui émergeront plus tard de lhypoblaste (Fig. 53): la radicule n’est pas ici Ja terminaison directe de l'axe de l'embryon; elle n’est pas libre comme celle des dicotylédones, mais elle doit, au contraire, se faire jour à travers les tissus de l'embryon de la même manière que les racines latérales percent les tissus corticaux en sortant de la zone génératrice ou de l'hypoblaste. L'embryon de quelques graminées montre même l'ébauche de plusieurs racines adventives : le Triticum fastuosum, par exemple, en présente trois au moment de la germination ; le Lolium speciosum (Fig. #4) une seulement, mais elle est bientôt suivie de plusieurs autres.

Pendant la germination des dicotylédones, c’est la radicule qui apparaît toujours la première et elle est souvent déjà longue et forte, quand la tigelle repose encore entre les cotylédons (par exemple chez le Chêne et le Noyer). Au contraire, chez les Palmiers et les Graminées, la racine et la tige sortent à peu près simultanément de la semence. Îl en est de même pendant la germination des Fougères, dont la tige et la racine se développent en même temps et l’on pourrait 1C1 assimiler au pivot de la racine la première racine libre qui apparaît sans avoir à traverser une couche corticale.

L'organisation de la racine est toujours la même, quel que soit son mode de formation : toujours elle possède une zone génératrice, tou-

jours son cône végétatif est recouvert d'une piléorhize (Fig. 117). L'influence que cette zone génératrice exerce sur le mode de développement et sur la structure de la racine, est la même, et peut-être plus grande et plus prononcée encore, que celle que nous lui avons reconnue sur le système vasculaire de la tige, tant en ce qui concerne les cercles concentriques des dicotylédones que relativement aux faisceaux épars des monocotylédonés.

L'activité de la zone génératrice s'éteint de bonne heure dans la racine des monocotylédones et des cryptogames supérieures: aussi ces racines restent-elles relativement faibles et ne peuvent-elles émettre des racines latérales que sur leurs parties les plus jeunes. Chez les Palmiers et les Smilacinées, famille à laquelle appartient la Salsepareille, certaines cellules de la zone génératrice se lignifient et forment une gaîne résistante autour du système vasculaire central (Fig. 118).

La formation de ce cercle ligneux arrête l'accroissement en diamétre de Ja racine monocotylédone, dont le nombre des faisceaux vasculaires n'augmente plus désormais, tandis qu'il continue à le faire dans la tige tant que celle-ci grossit. Toutefois chez les Dracæna et les Pandanus cet étui de cellules épaissies se montre assez tard, et dès ce moment la racine ne grossit plus, alors que précédemment elle s'accroissait comme la tige au moyen de la zone génératrice. Ces faisceaux vasculaires de la racine monocotylédone, au lieu d'être nettement séparés par du parenchyme, comme ils le sont en général dans la tige, sont disposés sur un seul rang et souvent fort rapprochés de manière à simuler un cercle formé par des vaisseaux et des cellules à cambium. Quant aux cryptogames leurs racines ne possèdent qu'un seul faisceau vasculaire central.

Il résulte de ce qui précède, relativement à la racine monocotylédonée, que la tige d'un Palmier ne passe pas insensiblement à l'état de racine comme celle d’un dicotylédone, mais se termine au contraire à la base par un tissu actif, avide de développement, qui, dans l'embryon, constitue l'hypoblaste et émet la première racine, et qui plus tard en produit successivement un grand nombre d'autres; celles-ci sont faibles mais elles suppléent par leur quantité à l'absence de ce fort pivot qui, chez les dicotylédones, produit une foule de ramifications. |

Une bulbe de Jacinthe, qui représente en réalité une tige à mérithalles déprimés, produit par la face inférieure de son plateau d'mnom-

brables racines adventives, jamais de racine pivotante : c'est un excellent exemple de la rhizotaxie des monocotylédones en général : ces plantes S'enracinent souvent et de la même manière aux nœuds de leurs tiges, comme, par exemple, quelques Graminées et certaines Aroïdées. Les racines adventives du Dattier, du Dragonnier et des |! Pandanus s’allongent longtemps par leur extrémité et prennent ainsi une vaste étendue de terrain; celles des deux derniers s'épaississent

même d'une manière assez notable et il n’est pas rare de trouver sur le Pandanus odoratissimus des racines de la grosseur d’un bras d'homme. Tous les Palmiers dont le stipe s'élance à une grande hauteur, tels que les Phœnx, les Lodoicea, les Attalea, etc., s’enfoncent profon-

Fig. 117. Racine aérienne, jeune et desséchée du Pandanus odoratissimus. La racine (a) s’est fortement contractée par la dessication, de sorte que la piléorhize (wh), qui consiste ici en couches nombreuses et irrégulières, est devenue beaucoup plus apparente (grandeur naturelle).

Fig. 118. Coupe transversale d’une portion de racine de Smilax (Sarsepareille du Honduras), d’après Schleiden : b. partie intérieure de l'écorce primaire ; æ. les cellules de la gaîne cireulaire ; cb. le cambium; g. vaisseau ; m. cellules medullaires (gross. 200 fois).

dément en terre pendant la germination, parfois jusque trois pieds, et ne donnent naissance à leurs racines adventives qu'au moment où ils atteignent un niveau tel qu'elles puissent résister aux orages.

Les monocotylédones sont, en résumé, pourvues à leur base d’un issu actif, capable de développement et qui forme leurs racines, tandis que chez les dicotylédones la racine réellement pivotante, est la prolongation directe de l'axe embryonnaire.

La racine des dicotylédones possède une zone génératrice dont l'activité ne s'éteint pas et renferme un système vasculaire semblable à celui de la tige. Ainsi elle consiste ordinairement en une moëlle centrale (pivot des Zanua, des Opunta, et des J'uglans) entourée de zones ligneuses concentriques et d'une écorce, mais il arrive aussi que la racine diffère de la tige par le développement et la structure de ses éléments. Ainsi par exemple la couche corticale extérieure meurt en général de bonne heure sur la racine de nos arbres par suite de la formation dans le parenchyme d’une couche subéreuse qui arrête l'émission de la sève et provoque la dessication de toute la zone extérieure prédisposée d’ailleurs à ce genre de mort dès son origine (Fig. 119 et 120): une conséquence de ce fait c’est que les organes qui d'ordinaire sont situés dans cette zone de l'écorce manquent souvent dans la jeune racine : les conduits résinifères de la tige du Sapin, du jeune Epicea et du Pin manquent par exemple dans l'écorce radicale; cette différence entre la tige et la racine se révèle dès la germination et elle provoque une différence d'aspect assez notable: au-dessous du collet, l'extérieur de l'écorce meurt de bonne heure, tandis qu'au dessus de cette limite elle reste longtemps en vie et recouverte d'un épiderme parsemé de stomates.

La racine dicotylédone diffère en outre de la tige par la structure du système ligneux, en ce que : 1° ses faisceaux vasculaires s’accroissent pendant un certain temps du côté de la moëlle et arrivent par là à l'envahir complétement, par exemple dans les racines adventives des Conifères et de beaucoup d'arbres forestiers ; mais 1l n’est pas démontré que ce phénomène soit général (1) ; 2° la division des éléments du système vasculaire est relativement momdre que dans la tige, de sorte que pour une même surface plane de la coupe transversale on compte des cellules en plus petit nombre mais beaucoup plus larges dans la racine

(4) Naegeli est le premier qui ait attiré l'attention sur le développement centripète du système vasculaire de la racine.

que dans la tige. Le bois des racines des Conifères est formé de cellules deux ou trois fois aussi larges que celles du tronc; il en est de même pour les vaisseaux qui se trouvent dans les bois des essences forestières, telles que les Chênes, les Hêtres, etc. Il en résulte que le

bois de racine est plus léger et moins calorifique que le bois de tronc.

(Fig. 76.)

De même que les branches et les rameaux de la cime dépassent souvent en force la maîtresse-tige, de même les ramifications de la racine l'emportent fréquemment par la vigueur de leur végétation et

Fig. 120.

de leur accroissement sur le pivot dont elles sont issues : de plus ce pivot peut être au besoin remplacé après sa mort par une ou plusieurs

Fig. 119. Abies pectinata. A. Coupe transversale d’une radicelle latérale : a. couche externe de l’écorce primaire ; b. couche interne du même organe ; CbR. zone de cambium; g. Système vasculaire ; B. Coupe longitudinale de la même radicelle ; m. la moëlle; pu. cône de végétation ; æ. piléorhize (gross. 20 fois).

Fig. 120. Alnus glutinosa. A. Coupe transversale d’une jeune racine secondaire : &. partie extérieure de l'écorce primitive ; b. partie interne de cette écorce ; COR cambium ;g. faisceaux vasculaires; k. poils radicaux. B. Coupe longitudinale de la même racine ; »”. la moëlle ; po. le cône végétatif; æ. la piléorhize (gross. 20 fois).

| | races latérales, de la même manière qu'une branche latérale peut dans la couronne prendre la place de la flèche. Il est rare que l'on puisse, chez un vieil arbre, distinguer la racine primitive de celles dont la naissance a été adventive ; le Chêne, le Hêtre et le Sapin euxmêmes, dont le pivot est si puissant pendant leurs premières années de vie, le voient être petit à petit dépassé par de fortes racines latérales. Chez l'Epicéa, elles n'attendent pas aussi longtempsetelles prennent le dessus dès la cinquième ou la sixième année. Toute racine latérale semble d'ailleurs douée de la faculté de se développer vigoureusement quand les circonstances lui sont favorables et de se transformer en un pivot secondaire. |

La nature a en cela fait preuve d'une sage prévoyance, puisque l'arbre, destiné à atteindre un très-grand âge, est enchaîné au sol, et ne peut espérer, sauf ce qu'il trouve dans l'air, d'autre nourriture que celle que celui-ci lui fournit; or la constitution du sol est loin d'être uniforme surtout dans les cantons forestiers ; elle varie, au contraire, beaucoup d’une couche à l’autre.

D'un autre côté, les racines s'étendent plus ou moins en profondeur ou en étendue suivant l'espèce de l'arbre; elles se développent, en général, de la manière la plus luxuriante, aux endroits où la terre leur donne la nourriture la plus convenable, et restent en arrière où celle-cileur fait défaut. On peut, par conséquent, contraindre un arbre à étendre ses racines, soit en surface, soit en profondeur, ou bien à les diriger de préférence d'un côté plutôt que de l’autre, en lui présentant plus ou moins haut ou de tel ou tel côté l'espèce de terre qu'il aime le mieux. Sprengel à démontré ce fait par l'expérience. On en trouve de nouvelles preuves en observant les Sapins et les Epicéas, qui enfoncent leurs racines dans les crevasses rocheuses et sabreuvent des produits de leurs efflorescences et de leurs décompositions ; lorsque cette source de nourriture est épuisée, les ramifications latérales de laracine en cherchent de nouvelles, et si elles ny parviennent pas, cette racine meurt, tandis que d’autres se forment ailleurs et semblent aller à la recherche d’un endroit convenable pour alimenter l'arbre; on voit celles qui sont assez heureuses pour rencontrer une veine de bonne terre se développer avec une remarquable vigueur.

Les ramifications de racines sont, en général, subordonnées, quant à leur puissance, au diamètre de celles qui les portent; ainsi une faible racine ne produira que de faibles bourgeons rhizogènes dont la moëlle,

qui d'ailleurs ne manque jamais, sera très-étroite et souvent méconnaissable. Les racines latérales du Sapin, par exemple, restent faibles quand elles se dirigent horizontalement et portent d'ordinaire des ramifications doubles comme les aiguilles des rameaux (PL. I, Fig. 20 et 21); or on ne trouve, en général, chez elles, que deux ébauches de faisceaux vasculaires; si de pareilles racines acquièrent plus tard une certaine force, on les distingue à leur moëlle aplatie et à leur double faisceau vasculaire appliqué contre l’étui médullaire, tandis que dans les autres racines de cet arbre la moëlle paraît arrondie. Le Pin produit relativement peu de racines latérales, mais leurs ramifications sont, par contre, plus fortes que celles du Sapin. Les parties les plus jeunes de la racine du Pin semblent posséder seules la faculté de donner naissance à de nouvelles ramifications radicales, tandis que les parties âgées perdent cette faculté, sans doute par suite de l'écorce rude et épaisse qui les recouvre et qui oppose un obstacle insurmontable au développement d'un nouveau chevelu : c’est là un fait dont on doit tenir compte lors de la transplantation des Pins. La mort de la couche extérieure de l'écorce arrête, en général, la formation de nouvelles racines et celles-ci se développent de préférence sur les parties jeunes de l'axe descendant.

Par quelle partie la racine absorbe-t-elle la nourriture qu’elle doit puiser dans le sol? Cette question, dont on a jusqu'ici tenu beaucoup trop peu compte, ne peut être résolue que par l'étude de la structure de cet organe.

Sinous faisons germer un gland de Chêne, nous voyons que le pivot est le premier à sortir de l’écaille. D'abord incolore ou un peu jaunâtre, couvert d'un léger duvet de poils délicats et la pointe coiffée d’une piléorhize, il prend insensiblement une coloration plus foncée à sa partie postérieure, à mesure qu'il s’allonge par son extrémité; les couches externes de l'écorce perdent, à la suite d'une formation subéreuse, la sève qui emplissait leurs cellules, l'épiderme et les poils radicaux qui lui sont annexés se dessèchent et deviennent brunâtres: de son côté l'extrémité jeune et en voie de croissance se recouvre d’un épiderme délicat chargé de nouvelles papilles. Alors de jeunes racines latérales se sont l'une aprés l’autre élancées du pivot dans plusieurs directions : ellescommencent comme celui-ci par être incolores etrevêtues partout, sauf sur leur piléorhize, d'un feutre serré de poils radicaux ; en s'allongeant par leur pointe, elles voient l'écorce extérieure de leur base mourir à partir d'un certain âge.

Ce qui se passe chez le Chêne se produit également, à peu de différence près, chez toutes les plantes que j'ai examinées ; chez toutes, la partie la plus jeune de la racine, aussi loin que la piléorhize ne là recouvre pas, est entourée de poils déliés ou d’un épiderme non moins délicat (Epiblema), tandis que les parties plus âgées, déjà colorées en brun, sont envolvées dans une couche de liége ou d'écorce crevassée. Or il n'y à que la partie la plus jeune de la racine, celle qui est encore incolore ou un peu jaunâtre et qui n’est pas encore recouverte de liége, qui soit douée du pouvoir de soutirer la nourriture hors du sol : quant aux parties plus âgées et colorées en brun, elles sont tout à fait incapables, empêchées qu'elles sont par leur enveloppe subéreuse, d'absorber les substances dissoutes. Fürster désignait, avec beaucoup de raison, sous le nom de suçoir, cette partie délicate de l'extrémité des racines. On sait qu'une plante se dessèche dans l’eau si la partie des racines qui possède un Epiblema émerge hors du liquide.

Les papilles des radicelles sont si délicatés et si hygroscopiques quelles se dessèchent presque instantanément quand on les retire de l'eau ou de la terre humide: elles sont d’ailleurs tout aussi avides d’absorber les liquides (Fig. 121). Pourles étudier chez un arbre forestier, il

Fig. 121. faut user des plus grandes précautions pour le déraciner, avoir soin de relever en même temps une certaine quantité de

æ | terre et porter les racines immédiatement dans un vase rempli d’eau pour les laver fort doucement ; on les observe, par exemple, aussi bien chez le Chêne et le Hêtre que chez le Pin, tantôt longues, tantôt courtes et de longueur variable ; chez le Sapin, j'ai toujours trouvé un épiderme très-délicat et jamais de papilles radicales. Je présume cependant que la station nest pas sans influence sur ce développement, attendu qu'il doit se former moins de papilles dans un sol favorable que dans un terrain plus ou moins aride. Ces poils radicaux augmentent incontestablement la surface absorbante, de sorte que s'ils manquent, c’est un signe que la surface ordinaire de l'épiderme suffit pour puiser la nourriture nécessaire, tandis que, s'ils sont nombreux, on enpeut conclure ou bien que le pouvoir endosmotique de l’épiderme est assez faible,

Si

Fig. 121. Papilles de lOpuntia ficus indica; a. continue ; b. ramifiée; c. cellule parenchymateuse de l’écoree primaire (gross. 150 fois.)

ou bien que la plante a de grands besoins à satisfaire. Le Sapin produit d'innombrables radicelles latérales qui, en général, ne tardent pas à mourir, mais qui sont remplacées par d’autres qui poussent sur de nouvelles racines persistantes : cet arbre semble donc parer au manque de poils radicaux par la masse de ses radicelles absorbantes. Les Orobanche et les Monotropa ne possèdent pas non plus de papilles ; 1l en est de même des racines aquatiques de la Ciguë vireuse (Crcutavirosa). L'observation comparée d’un assez grand nombre de plantes au point de vue qui nous occupe donnerait, sans aucun doute, d'intéressants résultats, mais on ne saurait recommander trop de circonspection dans cette étude.

Nous pouvons désormais, nous appuyant sur ce qui précède, poser en principe qu'un arbre n’absorbe de nourriture dans le sol que par les extrémités de sa racine qui ne sont pas encore recouvertes n1 de liége ni d'écorce, et que la partie de cette racine plus ancienne et colorée en brun est tout-à-fait incapable de soutirer quoi que ce soit de la terre. (1)

La force de la spongiole dépend de la puissance de la racine, et cet organe, que. Fürster nommait un suçoir, nediffère que par la grandeur des fibrilles latérales (PI. I. Fig. 20 d.) Comme la zone génératrice est persistante et reste active chez les dicotylédones, leur racine peut produire des radicelles latérales persistantes, tandis que celle des monocotylédones et des cryptogames, dont la zone génératrice cesse bientôt d'être active, ne donne naissance à ses radicelles que pendant qu’elle est jeune encore.

Il faut pour la formation d’une nouvelle racine latérale, comme pour le développement de chaque bourgeon, la coïncidence d’un tissu de développement avec du système vasculaire. Le fort pivot d’un Noyer en germination présente sur une coupe transversale une zone génératrice dans laquelle les faisceaux vasculaires (en général au nombre de # ou 6) sont, comme dans l'Ortie, répartis à une certaine distance les uns des autres. Or, il ne se produit de racines latérales que vis-à-vis des faisceaux vasculaires (Fig. 122), et ceux-ci se dirigeant verticalement en bas, il-en résulte que les racines latérales forment des séries rectilignes, en d'autres termes que ces radicelles sont rectisériées. Chez les monocotylédones et les cryptogames, les mêmes rapports

(1) Le nom de spongiole sert ordinairement à désigner cette partie de la racine douée de la faculté de puiser la sève dans le sol. (Note du traducteur.)

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