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et les Aunes des terrains bas et humides et jusqu'aux Pins des landes ont été plantés par lui ; 1l laboure les champs et il fauche la prairie ; ça et là apparaissent ses villes et ses villages avec leurs toits couverts de tuiles rouges, de chaume ou de bardeaux, et leur ceinture d’arbres fruitiers ; ses chemins de fer sillonnent la campagne.
Cependant le sol s'élève, des collines apparaissent et des montagnes même surgissent; les vallées qui les séparent sont entrecoupées de fleuves et de rivières qui fertilisent sur leurs bords des champs et des prés ; arrosées par eux, les prairies verdissent et les moissons dorent la campagne. Les terres arables s'étendent parfois Jusqu'à une certaine hauteur sur le penchant des montagnes qui s'élèvent en pente douce et dont le sommet reste couvert de bois. Les montagnes de hauteur moyenne sont, sous notre climat, le véritable domaine des forêts.
ILest vrai que ces forêts sont elles-mêmes plantées par la main de l'homme, comme elles sont abattues par elle pour se relever encore. La coupe des taillis se fait, en moyenne, après un intervalle de 12 à 20 ans ; l'aménagement d'une futaie est d’un siècle ou plus encore. Chaque année on sème et l’on moissonne les champs ; aussi la forêt sert-elle de refuge à maintes plantes herbacées ou frutescentes que le cultivateur besogneux extirpe et chasse de ses terres comme de la mauvaise herbe.
es prairies et les terres arables sont composées de végétaux herbäcés qui vivent en société. Ce sont aussi des plantes sociales qui constituent les taillis, mais celles-ci sont ligneuses. Le taillis (Niederwald) se compose d'arbrisseaux, le haut-taillis(Mittelwald)d'arbustes et d'arbres, la haute futaie (Hochwald) d'arbres à troncs élevés, à l'ombre desquels les arbustes ne sauraient croître, lorsqu'ils sont suffisamment rapprochés. |
Le taillis ne comprend jamais de grands arbres ; il est homogène ou bien mélangé, et il sert, suivant les espèces dont il est composé, à la production de fagots ou de perches; il donne, en outre, lorsqu'il consiste en chênaie {taillis de chêne), de l'écorce pour la tannerie. On l'exploite après une période qui varie entre 10 et 20 ans. On choisit de préférence pour composer les taillis, ces espèces d'arbres qui forment des cépées de tige ou de souche et on laisse lors du récépage les souches et les racines dans le sol, afin qu'il en naisse un nouveau taillis. Pour son peuplement, on emploie des essences appropriées à la constitution du sol et aux autres conditions locales. Les Conifères qui n'émettent de cépée ni sur leur tige ni sur leurs racines, ne peuvent
être cultivés entaillis : un bois de Pins, par exemple, n’est jamais un taillis proprement dit; c’est plutôt une plantation (Bestand) ou ce qu'on appelle un fourré (Schonüng). Les Bouleaux, les Chênes, les Coudriers et les Aunes noirs donnent le plus facilement des rejets de tige: ils développent un grand nombre de bourgeons adventifs sur leurs tiges, mais par contre ils ne sont pas prédisposés à émettre des rejets Sur leurs racines; on coupe leur cépée, pour en faire des fagots, àun pied environ au-dessus du sol. Le Tremble, l'Orme, le Tilleul, le Charme (1) et l'Erable produisent, au contraire, facilement:et abon=
damment des rejets de racine. Le Peuplier-Tremble pousse, lorsque.
les circonstances sont favorables, sur toutes ses jeunes racines, des bourgeons caulinaires dont on peut former un taillis ou que l’on peut élever en hautes tiges. Le Saule émet aussi bien des cépées de tige que de racine ; les premières servent, comme on sait, aux tonneliers
à faire leurs cercles. En général, les plus jeunes racinesencore rem=
plies de sève desarbres que nous avons cités en dernier lieu, donnent des rejets plus forts que leurs anciennes racines déjà plus ou moins subérifiées. Ainsi s'explique, d’après Pfeil (2), la coutume d'arracher
du sol les vieilles souches du Peuplier-Tremble avec les grosses raci=
nes et d'abandonner à leur sort les jeunes racines qui produiront infailliblement de nouvelles tiges. Ces racines sont tellement vivaces que l'on voit souvent, après certaines coupes forestières, apparaître toute une végétation de jeunes Trembles, alors qu'il n'en existait pas ‘un seul avant l'abattage : ce sont de vieilles souches abandonnées qui, bien que dépourvues de branches et de feuillage, se sont conservées vivantes sous le sol (3).
Le Charme, le Bouleau, le Noisettier et le Chêne recouvrent, sous
forme de taillis, la plupart des montagnes de la Thuringe, montagnes
rocheuses et pourvues d'une couche de terre de peu d'épaisseur. Leur fraîche verdure, en se mariant au printemps avec la couleur dorée des genêts (Spartium scoparium), embellit les rochers crénelés de la romantique vallée noire (Schwarzathale) ; dans les clairières et sur les lisières la Ronce des bois croît avec une luxuriante abondance. Les Jeunes taillis de Chêne sont écorcés, lorsqu'ils ont atteint des
(1) D’après Pfeil, car je ne me souviens pas d’avoir jamais remarqué de: rejets sur les racines du Charme.
(2) Pfeil, Kritische Blätter. Bd. XX. Heft, À. p. 225.
(5) Ce fait est un nouvel argument contre la théorie de la cicatrisation de Goeppert (Ueberwallungstheorie).
LA
dimensions suffisantes : cette opération se fait au printemps ; les jeunes tiges dépouillées de leur écorce persistent souvent jusqu'en automne, pendant que de nouveaux rameaux se forment déjà sur la souche. Le taillis améliore le sol par la chute de ses feuilles en automne, et ilforme souvent des fourrés impénétrables. Une ancienne souche de Chêne émetsouvent d'innombrables branches; si on les coupe toutes, excepté une, celle-ci recevant seule toute la nourriture puisée dans le sol par la souche, végète avec une vigueur extraordinaire et devient un arbre à haute tige.
Le haut-taillis n'a pas d'époque déterminée pour son exploitation ; il consiste généralement en essences de diverses espèces. On abat successivement les troncs les plus forts à mesure qu'ils donnent trop d'ombre et on laisse croître les pieds plus jeunes. Le haut-taillis produit ordinairement des bois légers. Ce mode d'aménagement est, suivant Pfeil, très-avantageux pour les petits propriétaires terriers, mais il est fatal aux grandes forêts publiques ; 11 convient surtout quand la profondeur du sol n'est pas suffisante pour admettre la futaie, ou bien quand on pourrait craindre de ne pouvoir reconstituer une nouvelle forêt, si l’on venait à détruire celle qui existe (par l'abattage, le récépage et la coupe). Lorsqu'on ne fait qu'abattre des arbres isolés, couper des fagots, le haut-tallis, bien exploité, ne présente Jamais de clairières et pourvoit tous les ans aux besoins du propriétaire, alors que la futaie ne lui donnerait un revenu qu’une seule fois sur 80 ou 120 années. On y cultive à peu près les mêmes espèces que celles qui grandissent dans les taillis ; 1l est rarement repeuplé au moyen de plantations, maisil est le plus souvent entretenu par les cépées des tiges et par l'ensemencement naturel. Il peut d'ailleurs, dans certaines circonstances, se transformer en futaie, lorsque les sous-bois (Unterholz), c'est-à-dire les arbres jeunes et peu élevés, et les arbustes, s’affaiblissent et meurent sous l'ombre des grands arbres. Le Bouleau, qui exige beaucoup de lumière, pousse très-mal en sous-bois. — L'herboriste est presque toujours assuré de faire une riche récolte dans les hauts-taillis; des fraises, des mûres et des myrtilles, ainsi que des fleurs de toute espèce, croissent entreles arbres, etle solest, en outre, couvert d'un tapis épais de plantes herbacées et de mousses.
La futaie ou la forêt proprement dite, se compose d'arbres à haute tige; on la distingue suivant que les arbres sont espacés (ein hchte Bestand) ou qu'ils sont serrés (ein geschlosse Bestand), suivant qu'elle est homogène ou bien mixte. Une futaie claire est une sorte de transi-
LAN Lane s {
tion vers le haut-taillis : les arbres de haute futaie y sont à une cer=
taine distance les uns des autres, de sorte que quelques sous-bois parviennent ordinairement à pousser dans les intervalles. Mais lorsque la forêt est serrée, tous les arbres ont à peu près les mêmes dimensions; les tiges plus faibles périssent, étouffées par le manque de lumière. Dans les futaies les plus compactes, il n'y a même pas de broussailles ni de végétaux herbacés : ils sont relégués sur les lisières où ils croissent de compagnie avec les fraisiers, les airelles et les ronces : quelquefois, lorsque la nature des arbres le permet, des Hépatiques, des Mousses frondifères et des Fougères pénètrent plus avant dans intérieur. Pour cultiver avec avantage une futaie mixte, on doit choisir des espèces dont la végétation est relativement la même ou bien leur associer des essences qui peuvent supporter un peu d'ombre. Ainsi le Hêtre croît très-bien à côté du Sapin, bien que celui-ci le dépasse en hauteur; l'Epicea et le Sapin se conviennent parfaitement ; au contraire, le Bouleau et le Pin s'affaiblissent sitôt que d’autres arbres les couvrent de leurs ombres. Les arbres s’entraînent, pour ainsi dire, les uns les autres pendant leur allongement dans les plantations serrées. Le Charme qui, dans les emplacements libres, se laisse dépasser par le Hêtre, s'élève à la même hauteur que lui s'ils sont serrés l'un contre l’autre. Le Hêtre acquiert l'élévation et le tronc colomnaire de l'Epicea et du Sapin, s'il pousse dans leur voisinage immédiat. L'époque de l'exploitation des futaies diffère suivant le peuplement et d'après les circonstances ; toutefois elle ne varie guère qu'entre 80 et 150 ans.
Les futaies homogènes paraissent être toujours le résultat d’un peuplement artificiel. Les forêts, fort rares d'ailleurs, quiexistenten Allemagne sans avoir été ensemencées et qui n'ont été que peu ou point du tout cultivées, présentent toujours la réunion d’arbres à feuilles larges et de Conifères. On à, par suite de cette observation, cherché dans ces derniers temps à donner plus d'extension aux futaies mixtes.
Des Pins (Pinus sylvestris) de plusieurs espèces différentes constituent des futaies homogènes dans le pare de Rudolstadt. Ces arbres sont âgés, d'après le dénombrement exact de leurs couches annuelles que nous avons vérifiées nous-mêmes, au moins de 280 à 300 ans. D'après ce que nous a rapporté M. V. Holleben, on y à abattu, il y a quelques années, des troncs de 45 mètres de hauteur sur un diamètre de 95 centimètres à hauteur de poitrine. Les arbres sont assez espacés les uns des autres, leurs troncs dépourvus de branches jusqu'à une
hauteur de 24 mètres environ, sont surmontés d’une cîme large et en forme de coupole. Ces Pins sont magnifiques et il n’en existe qu’un bien petit nombre de semblables en Allemagne. Lorsqu'on les examine sur une coupe transversale, on reconnaît que les couches annuelles formées pendant leurs quatre-vingt premières années sont trèsétroites; celles qui suivent se montrent brusquement beaucoup plus larges, mais les plus extérieures, déposées pendant leur dernière centaine d'années, sont de nouveau fort minces et même plus étroites que celles des 80 premières années : on ne parvient à les compter qu'à l'aide de la loupe et sur une surface lisse et polie. On doit peut-être attribuer la faiblesse des 80 premières couches à ce que la plantation aurait été fort serrée pendant cette période et ensuite subitement éclaircie ; et ce qui vient corroborer cette supposition, c’est que l’on constate souvent sur les troncs abattus des plaies cicatrisées remontant à cette époque et qui paraissent provenir de coups de cognée à hauteur d'homme. Bien que ces arbres ne croissent plus d’une manière sensible, ils paraissent être encore en parfaite santé. Entre eux existent quelques Chênes petits et très-faibles , et le sol est entièrement couvert de myrülles. Chaque année, on abat un grand nombre de ces vieux arbres, de sorte qu'il est à craindre qu'ils auront tous disparu d'ici à peu de temps. !l en a été de même des Pins de la forêt de Schwarzbourg. — Les vieux Pins du Hauptsmoor, près de Bamberg, sont célèbres et fort estimés pour en faire des mâts : leurs troncs sélèvent verticalement droits comme des jones et sont ébranchés jusqu'à une hauteur de 21 à 24 mètres; ils ressemblent sous le rapport de la croissance aux Pins de Rudolstadt, bien qu'ils ne les égalent pas tout-à-fait en force, ni probablement en âge. La plupart des arbres les plus vieux ont ici aussi déjà disparu, cependant l'administration des forêts, dans le but de conserver des tiges de même hauteur et de même force, laisse subsister à chaque coupe, à quelque distance les unes des autres, les tiges les plus belles et les plus élancées ; elles forment la réserve et fourniront dans la suite d'excellents mâts dits hollandais. Certaines parties du Hauptsmoor, avec ses superbes Pins de 30 à 40 ans, dont la cîme arrondie s'élève au-dessus des autres végétaux, font penser aux forêts tropicales dont les Palmiers, aux stipes élancés, dominent les taillis et les arbustes. On voit, en passant sur le chemin de fer de Nuremberg, sur la rive droite du Mein, des Pins d'un âge et d'une culture semblables. Le fond du Hauptsmoor
est sablonneux à la superficie et le sous-sol est du limon (argile).
On rencontre, près de Schwarzbourg, sur la route de Trippstein, des hautes futaies de Sapins (Abies pectinata), d’une beauté toute particulière ; 1ls sont âgés de 100 à 130 ans ; leurs tiges sont droites et serrées les unes contre les autres comme les mâts d'une flotte nombreuse et compacte; c'est à peine si l’on découvre une trace de mousse sur leur écorce blanche et lisse ; ils sont dégarnis de branches jusqu’à une hauteur considérable et leur ramification horizontale et étendue forme une cime en forme de dôme. Le Schwarzathal présente en trèsgrand nombre des Epiceas et des Sapins entremêlés et d’une fort belle croissance. Le Sapin est d’ailleurs le prince des arbres verts de notre région et 1l est devenu le symbole de la puissance ; aucun autre arbre de notre pays ne l'égale en hauteur ni en vigueur. On voit également près de Baden-Baden et dans la Forêt-Noire des bois de Sapins purs ou mélangés, d'un mérite supérieur.
Les forêts d'Epiceas (Picea vulgaris Lixx) du district de Katzhütte, dans la principauté de Schwarzburg-Rudolstadt, sont fort remarquables; les bêtes sauvages, qui à présent ont disparu, leur ont toutefois fait subir jadis des dommages considérables. Ces arbres sont âgés de 100 à 150 ans, leur hauteur est considérable et leur tronc, d'un très-fort diamètre, supporte une cime conique et terminée en pointe ; leurs branches et leur rameaux persistent sur la tige beaucoup plus bas que chez le Sapin; l'Epicea n’ombrage pas les branches inférieures autant que ce dernier et les conserve par conséquent pendant une plus longue durée.
L'Epicea royal, du district de Nesselgrund, en Silésie, est probablement le plus vieil arbre de cette espèce qui existe dans les forêts allemandes. Il se trouve au milieu d’une plantation assez jeune d'Epiceas qu'il domine d'une hauteur considérable. Cet arbre a été observé attentivement par Ratzeburg (1); sa hauteur, mesurée avec un dendromètre, s'élève à 49 mètres environ; sa tige, à 15 centimètres audessus du sol, présente une circonférence de 6 m. 87 cent., laquelle descend à # m. 12 cent., à la hauteur de 1 m. 25 cent. La tige est droite et élancée, elle s'amincil successivement en s’élevant et elle est dégarnie de branches jusqu'à une hauteur de 12 1/2 mètres. Elle doit contenir, d'après un calcul approximatif, environ 11 voies de bois (de 72 pieds cubes)etles branches en donneraient, d'après Ratzeburg, encore 2 de plus, de sorte que l'Epicea royal pourrait fournir en tout
(1) Ratzeburg, Forsinaturwissenschaftliche Reisen, p. 287.
13 voies de bois. On sait que le rapport du Sapin est beaucoup plus considérable. |
Les plus belles et les plus anciennes plantations d'Epiceas que j'ai vues sont celles du Stellerwald, près de Kaufbeuren, en Bavière, et celles du district de Sachsenried, où le sol consiste en une couche superficielle d'une épaisseur de 45 centimètres. Cette terre ne content pas de sable, mais du calcaire et beaucoup d'humus et elle repose sur un sous-sol de calcaire gompholitique. L'Epicea croît fort bien dans ces conditions tant à l’état pur que mêlé à du Bouleau. La vigueur et l'âge de cet arbre, ainsique ses dimensions, sont très-variables dans les forêts communales, mais dans les domaines royaux, l'Epicea se fait remarquer par la longueur et la puissance de sa tige ? âgé de deux siècles, il sait encore élaborer chaque année sa nouvelle couche de bois, et nous avons vu des zones d'une largeur extraordinaire sur quelques troncs fraîchement abattus qui n'avaient pas encore été débités. Deux hommes embrassaient avec peine les troncs les plus forts de cette plantation, mais d’après ce que nous a dit le garde forestier cantonal, M. Heindl, on doit abattre les troncs de 4 m. 90 cent. de diamètre (au-dessus de la racine) sur #7 à 50 mètres d’élévation. D'après les registres forestiers, il n’est pas rare de voir une hauteur de 36 à 40 môûtres et un diamètre de 5 à 7 décimètres au milieu de la hauteur. Ces arbres sont en parfaite santé, sans dégradations de gibier, sans écoulement de résine et sans lichens; leur port est tout-à-fait normal, la cime étant partout conique ou pyramidale. Lorsque la plantation est serrée, ils sont dépourvus de branches jusqu'à une grande hauteur et leurs chicots ont, en général, disparu comme pour les vieux Pins. Lorsque l'Epicea est espacé, au contraire, il gardeses branches jusqu'à la racine, mais son allongement a diminué parsuite de cette circonstance. Les souches des Epiceas abattus depuis fort longtemps pourrissent dans la forêt actuelle et souvent ont produit la génération nouvelle; aussi n'est-il pas rare de voir d'énormes racines étalées sur le sol, comme dans le Wurzelberg et ie Lindigforst où l’on voit, en outre, de jeunes Epiceas germer sur des souches de Sapin, tandis qu'ici ils s'élèvent sur leurs propres débris. On rencontre aussi dessouches trop faibles pour repousser, mais quiont conservé assez de vitalité pour se cicatriser et se recouvrir (uberwallen), quand même il n'existe aucun Epicea debout dans un rayon de plus de 9 mètres : ce bois de recouvrement (Ueberwallungsholz), formé après la coupe de la tige, se sépare aisément de l'ancien bois dont il diffère essentiellement
par sa dureté et par ses madrures. Je ne vis nulle part des tiges pourries; le chablis cause 1c1 beaucoup de dommages et le poids de la neige brise en hiver les jeunes Epiceas. Dans les plantations bien serrées, le sol est recouvert d'une couche moussue verdoyante et d’un grand nombre d'Oxalis (Oxals acetosella), d’Asperules(Asperula odorata) et d’autres petites herbes ; là où les arbres sont clair-semés la Myrtille prend possession du sol ; aux bords des chemins, fort bien entretenus, la Ronce des bois étale ses riches festons, et la fraise rubiconde se présente d'elle-même pour rafraîchir le botaniste. — Le district de Saxe (Sachsenried) se trouve à une altitude supramarine de 722-880 mètres ; la végétation forestière y est favorisée d'une manière toute Spéciale par l'excellence du sol et à la faveur d'une situation abritée par les Alpes bavaroises. L'exploitation s'y fait partie en coupe nue, partie en coupe sombre (Dunkelleb). Les forêts particulières sont en Bavière placées sous la juridiction de l'administration royale des forêts. La fenaison était déjà passée lorsque nous avons visité cette région (4 août 1853).
Les vieilles plantations de Mélèze (Larix europaea) qui existent près de Schwarzburg, sont en mauvais état ; leurs tiges affaiblies sont souvent courbées en arc de cercle et les branches sont envahies par des lichens. Le Mélèze se développe, dans le Schwarzathal, avec une vigueur extraordinaire Jusqu'à 20 à 25 ans, sans que sa tige ni ses branches montrent une trace de mousse ou de lichen, mais passé cette période 1l végète plus faiblement et se rabougrit. Il faut au Mélèze des contrées montagneuses plus froides où 1l se transforme en un arbre élevé et puissant. Dans le Hauptsmoor de Bamberg, on rencontre déjà une plantation de Mélèzes peu étendue mais très-vigoureuse : ces arbres sont âgés de 4120 à 150 ans; leurs tiges atteignent parfois 35 mètres de hauteur et sont ébranchées sur une longueur de 20 à 25 mètres. Les plus forts ont un diamètre de 48 à 50 centimètres. Les hautes montagnes sont le domaine habituel du Mélèze, où il atteint une hauteur considérable.
Le Pin-Pignon (Pinus pumaho) ne forme des forêts que sur les partes plus élevées et les plus froides des montagnes. On ne le rencontre dans le Thuringer-Wald qu'à l'extrémité de l'Isselberg où il constitue des buissons de 4 m. 50 cent. à 2 m. 50. cent. de hauteur d’une forme déchiquetée, irrégulière et dont les rameaux couchés sur le sol partent du collet même de la racine. Le Pin-Pignon se présente, en général, aux endroits où les autresConifères ne peuvent pas parvenir. Sa tige,
à l'âge de cent ans, n’a que quelques centimètres d'épaisseur, aussi son bois est-il d'autant plus compacte. Le Pin-Pignon est d’un grand avantage pour les Alpes, parce qu'il est un obstacle à la formation des avalanches.
L'If (Taæus baccata) est disséminé dans le Thuringer-Wald et il se cache souvent au milieu des Epiceas et des Sapins : c'est un végétal qui aime l'ombre ; sa tige n’acquiert jamais une hauteur extraordinaire, mais 1l atteint un âge prodigieux. Il doit avoir été jadis beaucoup plus répandu que de nos jours, car son bois se trouve souvent dans les lignites. Dans le Harz, il forme encore quelques bosquets.
Le Genévrier (Juniperus commums) constitue d’humbles buissons dans les forêts alpestres; il pousse çà et à en pieds isolés ; lorsque les circonstances sont favorables, 11 émet des tiges droites et élancées de # à 6 mètres de hauteur et il ressemble alorsà un jeune Mélèze, mais sa cime reste toutefois dans des limites beaucoup plus étroites.
À l'exception du Mélèze, tous nos Conifères forestiers conservent leur verdure en hiver, bien qu'elle prenne toutefois pendant cette saison une teinte plus sombre que de coutume. Les rameaux feuillés des Epiceas et des Sapins supportent la neige pendant longtemps, mais 1ls cèdent parfois sous un poids trop considérable, au grand pré- Judice de leur végétation future.
Une plantation touffue de beaux et vieux Hêtres (Fagus silvatca) se trouve derrière le château de Schwarzburg. Leurs troncs ressemblent à des colonnes gigantesques et élancées ; ils sont lisses jusqu'à une hauteur de 45 à 20 mètres, puis ils s’amincissent en flèche ou bien se divisent en plusieurs fortes branches qui divergent également dans tous les sens et qui supportent une cime ogivale ; sous leur ombrage épais, on croitse promener sous des galeries gothiques ; le terrain y est humide et un épais tapis de mousse est étendu sur un terreau noir et fertile ; dans les ravins et les bas-fonds, le vent amoncèle une litière de feuilles desséchées de plus d’un pied d'épaisseur. L'écorce est lisse et blanche ; dans des conditions favorables de santé elle reste, comme celle du Sapin, à l'abri des souillures des mousses et des lichens. Il existe des Hêtres encore plus forts, mais dont le tronc est moins élevé, à l'ouest du Schlossberg; ces arbres ont poussé librement, aussi leurs branches se sont-elles étalées comme de grands bras et leur cîme couvre une large surface, tandis que dans la plantation de Schwarzburg beaucoup plus touffue la ramification du tronc s'élève à peu
près verticalement pour se diriger vers la lumière. Presque tous ces arbres portent des loupes arrondies provenant de chicots de branches recouverts d'un bois d’une beauté particulière. Enfin j'ai encore vu de fort belles plantations de Hêtres près de Leutenberg et aux environs d'Eisenach, entre Altenstein et Ruhla, parmi lesquelles la plus renommée est celle de Spessart.
Le Chêne (Quercus pedunculata et Q. sessihflora) ne constitue pas dans le Thuringer-Wald de plantation homogène, mais on l'y trouve associé au Hêtre ou plus rarement aux Conifères. Il ne convient pas pour faire des plantations serrées ; à cause de l'inégalité de sa vie, soumise à une foule d'influences variables, il se produirait beaucoup de vides par la mort de certains arbres, qu'il faudrait alors s'empresser de remplir avec de Jeunes plants. Les côtes du Schleswig sont couvertes de belles chênaies. L'Angleterre possède aussi quelques forêts très-curieuses de Chênes et de vieux Frênes, entre autres la New-Forest, près de Southampton, à l'ombre de laquelle reposent les magnifiques ruines de l'abbaye de Nedly. Pline dit des forêts de l'Allemagne (1) : «La majestueuse grandeur du Chêne, dans cette forêt, surpasse toutes les croyances imaginables ; cet arbre n’y a jamais été frappé par la cognée, il est contemporain de la création du monde et il semble être le symbole de l'immortalité. Je veux passer sous silence des choses extraordinaires qui seraient considérées comme fabuleuses, mails ce qui est incontestable c'est que là où les racines se rencontrent, elles élèvent la terre en un monticule, et si le sol ne cède pas, ces racines se pressent l’une contre l’autre et forment de hautes montagnes qui s'élèvent jusqu'aux branches ; elles s'entrelacent les unes dans les autres de manière à former de véritables arcades sous lesquelles peuvent chevaucher des escadrons entiers. » Ces anciennes forêts étaient hantées par l'Elan, l’Auroch et le Renne, dont les noms se retrouvent dans le chant des Mebelungen, mais qui ont disparu de nos forêts avec les énormes Chênes, leurs contemporains.
On trouve des plantations homogènes de Bouleaux dans l'Ukermark et de plus belles encore en Russie (2). Chez nous, le Bouleau ne pousse pas en plantations serrées, mais il exige, au contraire, comme le prouve assez la nature de son feuillage, beaucoup de lumière. Lorsqu'il est libre dans ses allures, il se transforme en un arbre élevé et
(1) C.-E. Schmid, Deutschlands Geschichte vor der Geschichte. (2) Blasius, Reise in Innere von Russland.
1 LA FORET ET SA VIE. 59 puissant, dont l'écorce, blanche comme du papier et sillonnée de crevasses noires, le distingue de toutes les autres espèces.
Je vis les flexibles Bouleaux
Etaler, sur de blancs rameaux,
Leur riche parure argentée ;
En cette nuit calme, étoilée, :
De Phébé le disque radieux
Semblait y suspendre ses feux.
Lexau. (Traduction.)
« Dans le Nord, l'aspect d'une forêt de Bouleaux, à pour le visiteur étranger quelque chose de féérique. Leurs tiges élancées, éblouissantes de blancheur, sont si étroitement serrées les unes contre les autres qu'elles couvrent et limitent l'horizon à une distance de cinquante pas. Elles montrent à peine la trace d'un bourgeon latéral jusqu’à une hauteur de 18 mètres; au contraire ces tiges sont pures et lisses depuis leur base, sans que leur écorce soit nulle part rude et crevassée. La cîme consiste en une légère frondescense, dontles rameaux flexibles et pendants ressemblent à des filets d’eau vive qui jailliraient d’une source en s'éparpillant en gouttelettes. Un moëlleux tapis de mousses et de lichens est étendu sur le sol de cette forêt et partout où la lumière peut pénétrer jusqu'à lui, il est brodé de Gnaphanium dioicum. » Le Bouleau noir (Betula nana), est un très-petit arbrisseau qui se montre sur les montagnes boréales près de la limite de la végétation.
L'Orme, l'Erable, le Mérisier, le Peuplier noir, le Tremble, le Frêne et le Tilleul et beaucoup d’autres espèces encore, se rencontrent mélangés à d’autres essences et il est rare de les trouver seuls dans un bois. L'Aune et la plupart des Saules se plaisent dans les vallées humides. On remarque notamment sur lesrives de la Schwarza et de ses affluents une réunion extraordinairement variée d'arbres d'espèces différentes qui se séparent ensuite les unes des autres, d'après leur mode propre de vie, à mesure que l’on gravit les côtes avoisinantes.
Le sol d'une forêt, indépendamment de sa nature primitive, est : d'une valeur fort variable suivant que l'humidité est plus où moins grande etsurtout d’après l'extension plus ou moins étendue qu'ont prises certaines espèces. Ainsi, tantôt la terre est couverte d’un tapis de mousse moite et épais, tantôt le terrain est nu et aride, ou bien 1l peut disparaître sous une couche profonde de vieilles feuilles. La nature des arbres exerce d’ailléurs sous ce rapport une grande influence : tôus
ceux qui donnent beaucoup d'ombrage, maintiennent l'humidité dans le sol en le protégeant de l’action directe des rayons solaires. Ceux dont le feuillage est plus clair-semé, comme le Bouleau et les Pins, donnent fort peu d'ombre à la terre, laquelle est ainsi privée de son humidité. Tandis que sous les Epiceas, les Sapins, les Hôtres et les Chênes, on marche presque toujours sur une couche excellente de terreau humide, on ne trouve le plus souvent sous les Pins et les Bouleaux qu'une surface desséchée, jonchée d’aiguilles ou de feuilles mortes. Les arbres ombreux bonifient le terrain, parce qu’ils y retiennentl'humidité qui est nécessaire pour les phénomènes de décomposition des matières organiques qui s'y trouvent, et parce qu'ils l’engraissent par la chute de leur feuillage. La couche moussue qui se développe à l'ombre entretient également l'humidité ; à mesure que la mousse meurt à la partie inférieure et se décompose, elle se renouvelle sans cesse à la superficie. L'épaisseur de la couche d’humus augmente d'année en année dans les forêts par la décomposition des cryptogames et des feuilles mortes, qui doivent, par conséquent, y être sévèrement conservées puisqu'elles fournissent en définitive les matériaux dontles arbres s'alimentent.
Les forêts séculaires étant rares en Allemagne, celles qui subsistent encore acquièrent d'autant plus d'intérêt. La forêt qui se trouve au sommet de Wurzelberg, près de Katzhütte, dans le Thuringer-Wald, est à ce pointde vue l’une des plus intéressantes: ce sont les débris d'une antique forêt dont les arbres ont crû comme la nature les avait créés. C'est la plantation (1) la plus sauvage et l'association végétale la plus riche que nous ayons Jamais vue, d'Epiceas, de Sapins et de Hêtres.
Nous avons visité deux fois le Wurzelberg, le 6 août 1852 et le 145
juillet 1854. Haut de 1266 mètres (2600 pieds de France), il surpasse peu les montagnes voisines; le Farmdenkopf, qui n'en est pas fort éloigné, est même un peu plus élevé. Il appartient aux formations siluriennes du Grauwacke et l'on y rencontre un fort beau coticule. Plusieurs chemins y conduisent de Katzhütte, mais il est nécessaire de se mettre sous la conduite d'un guide expérimenté; on s'élève doucement en suivant de belles promenadesd'Epiceas et l'on arrive en
(1) Nous devons faire remarquer au lecteur que dans le sens où nous l’employons, le mot plantation n'implique aucune idée de plantation artificielle : il exprime dans notre pensée, une réunion de plantes et nous n'avons su traduire autrement le mot allemand Bestand.
| (Note du traducteur.)
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