‹ Les architectes par leurs œuvres (volume 2)Chapitre 14 sur 276 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

votre autorité, celui de conservateur des monuments publics.

« Si nous nous arrogeons ainsi le droit d'anéantir les monuments que nous devons au génie, à la munificence et à la piété respectable de nos anciens, quel droit pouvons-nous avoir nousmêmes à la stabilité de ceux que les événements mémorables des temps présents vont, inspirer et faire surgir?

« Je vous prie donc, Monsieur le ministre, d'interposer votre autorité pour empêcher qu'il ne soit porté aucune atteinte à la cathédrale d'Albi, qui est si digne d'être conservée par la sublimité de sa destination et par la majesté que les arts lui ont imprimée en y étalant la magnificence de leurs productions.

« J'ai l'honneur d'être — etc. »

Roland fit suspendre l'exécution de la décision prise et Sainte- Cécile d'Albi nous fut conservée.

C'est également vers cette époque que fut décidée la restauration des édifices romains appelés la « Maison Carrée » de Nîmes et l'Amphithéâlre. Celui qui futchargôde cette restitution n'élait cependant point un architecte, mais un ingénieur des ponts et chaussées en retraite, Charles-Etienne Durand, né à Montpellier le 29 novembre 1702. Auteur également des temples de Clavisson et de Vanvert, Durand mourut à Nîmes le 2Gaoût 1840, après avoir publié sous le titre de : Description des monuments antiques du midi de la France, une série de documents archéologiques de la plus haute impédance.

A Bordeaux, un seul architecte religieux à mentionner, Armand Corcelles, (ils d'un charpentier, né à Bordeaux en 1765 où il est mort le 3 avril 1843. Corcelles fut l'auteur du temple protestant rue Noire-Dame, aux Chartrons, et delà synagogue inaugurée le 14 mai 1812, édifice singulier, d'une construction bizarre, incendié en 1873. A côté de ces deux édifices religieux, Corcelles a laissé le château (?) de la Bégorce à Margaux, ainsi que l'ancien établissement des Monlagnes russes de Bordeaux (1833) ; c'est tout ce que nous en pouvons dire.

Dans l'est, c'est Maximilien Painchaux, né à Besançon en 1796, qui restaure l'église de Sainte-Madeleine dans celte ville et en achève le portail. 11 construit également, de 1824 à 1829, quelques églises communales du département du Doubs, entre autres celle de Fresne, restaure en 1829 la métropole de Besançon et en 1830 le palais épiscopal.

Ce fut un fécond constructeur que l'architecte Joseph- Théodore Oudet, né à Taris en 1794, élève de Convers, qui nommé, en 1825, architecte du département de la Meuse, éleva en douze années: le grand séminaire de Verdun, un hôpital militaire à Saint-Michel, la chapelle de la prison départementale, 8 églises, 7 presbytères, 2 cimetières, 4 mairies, 1 pressoir communal, G fontaines, 8 lavoirs publics, 2 abreuvoirs, 11 ponts, 1 colonne commémoralive, à Rupt, 3 portails, parmi lesquels celui de Mur vaux, etc. Du reste, contrôleur des bâtiments de la Couronne et ancien architecte-ingénieur du duc d'Orléans, membre correspondant de la Commission des monuments historiques, ancien inspecteur du dépôt de mendicité de Villers- Cotterets, Oudet trouva encore le temps de publier des articles remarqués sur l'architecture, et les beaux-arts en général. L'église Saint-Vincent de Metz, église des xmc et xive siècles, qui, après l'incendie de 1711, avait subi déjà de nombreuses vicissitudes, convertie en étable pendant la Terreur et en hôpital en 1814, avait perdu son portail depuis 1756, lorsque les architectes Louis Barletet Lhuillier, chargés, sous la Restauration, de le relever, eurent l'idée étrange d'accoler à cet édifice de pur style ogival un portail composite àtrois étages à l'imitation, prétendirent-ils, de celui de l'église Saint-Gervais à Paris. Celte méprise architecturale, qui a sauvé leurs noms de l'oubli, ne les a point signalés comme hommes de génie à la postérité.

Nous en dirons autant du palais épiscopal de Metz élevé en 1 8 1 G par l'architecte Dérobe père, dont nous ne connaissons que le nom.

Mais nous sommes arrivés à l'époque où. s'accomplit la révolution littéraire et artistique qu'on a baptisée du nom de Romantisme. Deux mots sur cette révolution. C'est par l'imitation des modèles grecs et romains que les grands écrivains du xvne siècle, comme les grands architectes du xvic, avaient créé une littérature et une architecture nationales. C'était comme une sorte de tradition de famille que la France de race latine avait perdue pendant plusieurs siècles et qu'avait su retrouver le génie de ces écrivains ou de ces artistes; et, non seulement la France, mais l'Europe presque tout entière avait accepté leurs œuvres comme des types d'une perfection qui devait être immuable. Vers la fin du xviii* siècle, certains archi-

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