CHAPITRE I
lecles même, en haine des divagations de l'école italienne, avaient enchéri sur l'espèce de culte professé par les grands maîtres de la Renaissance et réduit l'art architectural à une copie pâle et servile des produits de l'architecture gréco-romaine. Mais la Restauration qui succéda à l'Empire, vit disparaître les derniers adeptes de cette école créée par Peyre le jeune et dont Fontaine et Percier furent les représentants les plus autorisés ; à l'étranger d'abord et bientôt en France, des esprits de bonne foi s'insurgèrent contre la tyrannie de ces classiques et prétendirent créer, en dehors des règles qu'ils imposaient, des œuvres conformes à un idéal « que chaque homme porte en soi ». En littérature, quelques-uns allèrent même plus loin et nièrent la nécessité de la règle; inutile d'ajouter que ceux qui n'étaient pas soulenus par la force de leur génie tombèrent et se brisèrent dans leur chute. Les architectes, plus sages que les littérateurs, se contentèrent de remonter aux sources mêmes de l'art et résolurent de demander leurs inspirations et leurs modèles aux artistes eux-mêmes des temps passés, sans s'inquiéter ni de leur origine ni de leur esthétique, pour les appliquer ensuite au gré de leur tempérament personnel. Nous allons voir ce que celte révolution artistique a produit en architecture.
S'inspirant de ces idées répandues dans le public par une nouvelle génération d'écrivains et d'artistes, le gouvernement de 1 830 voulut se mettre à la tête de l'œuvre commencée par les collectionneurs historiques des xvn° et xvni0 siècles et ajouter aux connaissances humaines une branche nouvelle qu'on peut appeler : la philosophie de l'art. Le 31 décembre 1833, M. Guizot, ministre de l'instruction publique, proposa au roi la création d'une commission chargée de diriger « le grand travail d'une publication générale de tous les matériaux importants et encore inédits sur l'histoire de notre patrie» et, deux ans après (le 10 janvier 1835), celle d'un comité chargé de concourir, sous la présidence du ministre, à la publication des monuments inédits des sciences et des arts considérés dans leurs rapports avec l'histoire générale de la France. Or, on sait combien la France, malgré les ruines qui y ont été amoncelées par le temps ou par la main des hommes, possède encore de richesses architecturales : églises, forteresses, châteaux, hôtels de ville, etc. ; aussi comprit-on bientôt la nécessité de la création d'un comité spécial des arts
et monuments. C'est au ministre de l'instruction publique de Salvandy que revient l'honneur de l'avoir créé, à la date du 18 décembre 1837. Ce comité était chargé, aux termes de l'arrêté d'organisation, article 2 : « de publier tous les documents inédits relatifs à l'histoire des arts chez les Français ; de faire connaître tous les monuments d'art en France, dans tous les genres: monuments religieux, militaires et civils; de faire dessiner et graver, pour les conserver à l'avenir, les œuvres, remarquables d'architecture, de peinture, de sculpture en pierre, en marbre et en bois ; de donner des instructions sur la conservation matérielle des ruines, statues, tours, chapelles, cathédrales qui intéressent la religion, l'art ou l'histoire; de faire des recherches sur l'histoire de la musique à toutes les époques du moyen Age; enfin de préparer les matériaux pour une histoire complète de l'art en France ».
Les premières publications du comité frappèrent de surprise et d'admiration en même temps l'esprit des jeunes artistes de l'époque.
11 ne faut pas oublier qu'alors les chemins de fer n'existaient pas, que la gravure ou la lithographie n'avait pu reproduire qu'imparfaitement les grandes masses des cathédrales du moyen âge et des édifices de la Henaissance. Lorsque les travaux du comité eurent mis sous les yeux de nos architectes, dessinés dans toute leur vérité et leur perfection, les détails le plus souvent merveilleux de grâce et de fini des édifices religieux ou civils des siècles antérieurs au règne de Louis XIV, ce fut pour eux une révélation. Ils s'étonnèrent, ils eurent honte de l'ignorance dans laquelle ils étaient restés plongés, de tant de chefs-d'œuvre dont la vue ouvrait une nouvelle carrière à leur génie emprisonné par l'enseignement académique de l'époque. La création du « Comité des arts et monuments » porta le dernier coup à l'architecture classique, dont heaucoup de bons esprits avaient déjà compris le vide et l'insuffisance.
Une pléiade d'hommes intelligents se proposèrent de donner une nouvelle vie à ces formes qui avaient séduit nos pères, auxquels elles paraissaient être l'expression artistique la plus complète de la foi religieuse. A la tête du mouvement se mirent Lassus, Viollet-le-Duc, Gau, et ce mouvement ne s'est point encore arrêté.