‹ Les architectes par leurs œuvres (volume 2)Chapitre 16 sur 276 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Jean-Baptiste-Antoine Lassus était né à Paris le 19 mars 1807. Élève de Lebas d'abord et plus lard de H. Labrouste, il était entré en 1828 à l'École des beaux-arts ; mais renseignement qu'on y donnait ne pouvait satisfaire son esprit chercheur et curieux de nouveautés; aussi l'abandonna-t-il bientôt pour se livrer à l'étude de l'archéologie monumentale et, en 1833, il offrait au public le premier résultat de cette étude en exposant au Salon une restitution du pavillon central des Tuileries, d'après les plans connus de Philibert de l'Orme. Un projet de restauration de la Sainte-Chapelle, exposé au Salon de 1835, était récompensé par une médaille de seconde classe, et bientôt suivi d'un projet de restauration du réfectoire de Sainl-Marlindes-Champs. Aussi Lassus était-il nommé, en 1837, avec Gréterin pour collaborateur, architecte de l'église Saint-Séverin, sur la façade de laquelle il appliquait comme preuve de son intelligence et de son savoir la porte de l'église Saint-Pierre-aux-Bœufs qu'on venait de démolir. Inspecteur, en 1838, des travaux de restauration de Sainl-Germain-l'Auxerrois et, en 1845, de celle de Notre-Dame de Paris, il dut laisser à Viollet-le-Duc, son collaborateur, l'honneur d'achever les travaux. La restauration de la Sainte-Chapelle, commencée dès 1839 par Duban dont il était l'inspecteur, est, du moins, l'œuvre de Lassus qui fut appelé à lui succéder en 1849. C'est à lui, en effet, qu'on doit l'isolement de l'édifice du côté sud et la construction de la flèche centrale, une merveille d'orfèvrerie. En province, Lassus employa sa profonde connaissance de l'architecture du moyen âge à la restauration des cathédrales de Chartres et du Mans, et à la reconstruction de la nef de la cathédrale de Moulins dont le chœur seul existait. Successeur, en 1843, de Piel, architecte de l'église Saint- Nicolas de Nantes, il fut également, dix ans après, celui de l'église Saint-Pierre de Dijon. La restauration de Notre-Dame de Châlons- sur-Marne et celle de l'église Saint- Aignan (Loir-et-Cher), la construction de l'église Saint-Jean-Baptiste de Belleville, de 1854 à 1859, le dôme de la chapelle du couvent de la Visitation à Paris, des travaux dans le couvent de la Visitation h Montereau et dans le couvent des Oiseaux à Paris, n'empêchèrent pas Lassus d'être l'architecte de quelques constructions particulières, parmi lesquelles nous citerons l'hôtel Soltykoff, avenue Montaigne (1848). Il avait préparé avec un soin jaloux une monogra-

phie de la cathédrale de Chartres et une restitution de l'album de Villars de Itonnecourt, mais il ne put les achever et mourut à Vichy le 15 juillet 1857.

Dans des proportions plus modestes, un contemporain de Lassus fut un des initiateurs du mouvement artistique qui remit en honneur en France l'architecture ogivale; il s'appelait Louis- Alexandre Piel cl était né à Lisieux le 20 août 1802. Religieux de l'ordre des Dominicains, il avait étudié avec passion les églises du moyen âge cl obtenu, par ses relations, l'autorisation de construire une église sous le vocable de Saint-Nicolas, à Nantes; mais il eut à lutter longtemps conlre les préjugés de l'école avant de faire triompher ses idées, et Saint-Nicolas était à peine commencée lorsqu'il mourut à Bosco (Piémont) le 29 décembre 1841, laissant des annotations de l'ouvrage de Vilruve et une relation fort intéressante de ses recherches sur l'architecture allemande. Ce fut Lassus, comme nous venons de le dire, qui se montra le fidèle exécuteur testamentaire de Piel.

L'archilecle de Sainle-Clolilde ne dut lui-même qu'à la volonté formelle du chef de l'Etat opposée à la mauvaise volonté du Conseil des bâtiments civils cl de l'Académie des beaux-arls (1), de pouvoir réaliser le projet qu'il avait conçu d'élever, au xix' siècle, à côté de Notre-Dame, un édifice religieux de slylc ogival. Cet architecte, originaire de Cologne où il élail né le 15 juin 1700, mais naturalisé Français, s'appelait Frantz-Christian Gau et avait travaillé dans l'atelier de Debret el Lcbas au projet du mausolée impérial de Saint-Denis que les événements de 1815 ne permirent pas de réaliser. En 1815, il se rendit en Italie, où il releva cl publia les plans du Vatican ; puis, séduit par les propositions que lui fil un certain baron de Sack, il passa la mer et arriva en Egypte avec l'intention de continuer le travail commencé par la commission qui avait accompagné Bonaparte lors de son expédition dans ce pays ; mais, à peine arrivé à Alexandrie, il se vit abandonné à ses propres ressources el, de plus, en butte aux persécutions du consul anglais, alors résidant en Égyple. Gau triompha pourtant de tous les obstacles, grâce au consul de France, M. Drovetti, el à la munificence d'un médecin allemand, .M. Dankacrt. 11 dessina tous les monumenls com-

(1) L'Académie soutenait le projet de temple grec présenté par Huyot.

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