CHAPITRE XII
exigences de programmes imposés par l'autorité, ces artistes, quel qu'ail été, d'ailleurs, leur mérite, ne trouvèrent guère le moyen de se livrer à l'essor de leur génie personnel. Leur seul souci dut être de répondre, pour les distributions intérieures, aux besoins en vue desquels ils exécutaient leur œuvre, aussi les façades des édifices de cette période furent-elles presque toutes sacrifiées et les éléments de leur composition presque toujours empruntés au style classique qui avait été légué au gouvernement de Juillet par la Restauration, comme la Restauration ellemême l'avait reçu du gouvernement impérial.
L'arcbiteclure des édifices religieux de ces trois époques; Empire, Restauration et gouvernement de Juillet, flotta entre des slyles divers. «Au commencement du siècle, dit M. Planai (1), ce ne furent que temples et basiliques, copiés sur les modèles de l'antiquité ou des premiers âges chrétiens. La ferveur romantique nous valut nombre d'édifices élevés dans le goût gothique, copies maladroiles à l'origine, mais qui devinrent plus correctes avec le progrès des études archéologiques. Le style gothique opposait malheureusement les plus graves obstacles à l'architecte moderne qu'on chargeait d'élever un édifice religieux. Si la copie était fidèle, authentique, le pastiche était correct, mais restait un pastiche sans grand intérêt. Que l'architecte voulût, au contraire, échapper à la scrupuleuse observance des modèles du temps, faire œuvre personnnelle , il était inévitable que ses essais d'innovation passeraient pour des incorrections archéologiques. » M. Planât continue en rappelant le rôle important de la sculpture dans l'architecture des basiliques du moyen âge et il conclut en disant : « Aussi toutes les tentatives de reproductions gothiques dans l'architecture religieuse moderne et quelle que soit la conscience qu'on y ait apportée, n'onl-elles produit qu'une impression de froideur, de pauvreté désespérantes. Les lignes, les profils, les proportions peuvent être fidèlement observés et reproduits, le pastiche peut être exact, mais le charme est toujours absent. »
A cette période assez terne pendant laquelle les architectes, tant en France qu'à l'étranger, créèrent néanmoins un très grand nombre d'œuvres utiles, succéda, chez presque tous les
(1) Encyclopédie de V architecture et de la construction, Vol. Ier, fasc. 2, page 522.
peuples de l'Europe, à des dates différentes, il est vrai, une ère plus brillante et, pour ainsi dire, monumentale. En Angleterre, elle ne fut pas de longue durée : commencée avec Ch. Barry, elle se termina presque avec lui, quoiqu'on ait pu prétendre qu'il est le chef de l'école éclectique à laquelle tous les architectes anglais d'aujourd'hui se vantent d'appartenir. El, à ce propos, on a dû remarquer que si la dernière moitié de notre siècle a vu naître, en Angleterre, de rares édifices civils destinés presque à un usage public, en échange l'architecture religieuse, soutenue par le parlicularisme propre au caractère anglais, y est représentée par un nombre considérable d'églises ou de chapelles dont les auteurs ont manifesté leurs tendances éclectiques, parfois jusqu'au ridicule, et que, dans celles-ci comme dans ceux-là, il est inutile de chercher la trace absente d'une œuvre de génie.
En Autriche, la période monumentale date, nous l'avons vu, de 1873, époque à laquelle seulement commença l'exécution de tous les édifices publics qui devaient orner la Ringstrasse, à Vienne, la période précédente, de 1 857 à 1 873, ayant été presque entièrement abandonnée à la spéculation immobilière qui aboutit au krach formidable de 1873. C'est, en effet, dans l'intervalle de temps écoulé depuis cette année jusqu'à nos jours, que Vienne a vu s'élever l'Église volive, le nouvel Hôtel de Ville, le palais du Parlement Cisleithanien, le palais de l'Université, la Bourse, le Burgthealer, etc. C'est à partir de 1870 seulement que l'Allemagne du Nord, jusque-la presque pauvre, vit affluer dans les coffres de ses gouvernanls les milliards de la France, par un de ces coups de fortune qui n'arrivent pas deux fois dans la vie d'un peuple. Ces richesses inattendues permirent de renouveler un certain nombre d'édifices publics qui, certes, n'étaient plus en rapport avec les visées orgueilleuses de l'Empire allemand devenu, pour un temps, l'arbitre des destinées de l'Europe. L'église Saint-Thomas de Berlin, la nouvelle Monnaie, le palais du Parlement et hors de Berlin la synagogue de Munich, le casino des libraires à Leipsig, etc., donnent la mesure du génie des architectes allemands depuis la date sus-indiquée jusqu'au jour où nous écrivons ces lignes.
C'est à l'avènement du second Empire que l'architecture prit, en France, un nouvel essor. La simplicité des façades élevées sous la Restauration et le gouvernement de Juillet ne pouvait