CHAPITRE XII
convenir à un gouvernement qui voulait vivre surtout de manifestations extérieures. Aussi tous les édifices publics ou privés de la période impériale sont-ils surchargés d'une ornementation fort riche, souvent exagérée et de mauvais goût. Il est vrai de dire que l'architecture française cherchait sa voie (qu'elle n'a pas encore trouvée) et les créations architecturales jusqu'à la fin du siècle ne seront, probablement, que ce qu'elles sont aujourd'hui, des composés de tous les membres des architectures précédentes sans distinction d'origine. On a trouvé un mot pour baptiser l'école où l'on enseigne la pratique de ce mélange quelque peu étrange au premier abord ; on l'a appelée Y école éclectique. Au demeurant, de grandes œuvres ont été exécutées qui fonthonneur aux artistes qui les ont conçues : le Louvre, les églises de la Trinité, delà Croix, de Saint-Ambroise, de Saint-François-Xavier, de Saint-Augustin, le Palais de Justice, la Sorbonne, l'Opéra, et plusieurs théâtres, l'Hôtel de Ville, des musées, etc., à Paris; la cathédrale et le Palais de Longchamp, à Marseille, etc. Mais il faut dire aussi qu'un élément nouveau est venu s'ajouter aux matériaux qui étaient entrés jusque-là dans la construction de nos grands édifices : le fer qui permet aujourd'hui de couvrir des espaces énormes sans point d'appui intermédiaire. Utilisé dans l'édification de la coupole de la Halle au blé, puis dans celle de la bibliothèque Sainte-Geneviève et de la Bibliothèque nationale, le fer devient le principal élément de la construction des Halles centrales, de l'église Saint-Augustin, de l'église Saint- Eugène et plus récemment des bâtiments destinés aux expositions universelles de 1878 et de 1889. Si, des édificespublics, nous descendions aux constructions privées et à l'architecture domestique, nous nous trouverions en face d'une transformation complète de l'ancien programme : la maison à loyer où chaque étage présente un ou plusieurs logements complets va succéder à l'ancien hôtel où une seule famille pouvait vivre à l'aise. Mais restant fidèle à notre programme, nous négligerons ce côté, fort important d'ailleurs, de l'architecture contemporaine, pour nous en tenir à l'énumération des édifices publics élevés en France depuis l'avènement du second Empire ainsi que de leurs auteurs. Nous adopterons, comme au chapitre Ier de ce troisième volume, la division entre Paris et les départements, avertissant le lecteur qu'il retrouvera plus d'une fois dans notre
seconde partie, des noms d'architectes déjà connus de lui.
Le grand souci des rois Louis XVIII et Louis-Philippe avait été la réunion du Louvre aux Tuileries. C'est qu'en effet, le vaste espace (occupé aujourd'hui par la cour du Carrousel et un square entouré de grilles) qui séparait le château des Tuileries des bâtiments entourant la cour du Louvre était resté, sous leur règne, un immonde cloaque au milieu duquel se dressaient des échafaudages tombant en pourriture et un embryon de constructions depuis longtemps abandonnées. Auparavant déjà, en 1802, Napoléon avait songé à cette réunion du Louvre aux Tuileries et Fontaine et Percierlui avaient soumis un projet qui, conformément à la volonté du souverain, devait comprendre deux arcs de triomphe «à chaque extrémité de l'espace du milieu, l'un à la Paix, l'autre à la Gloire » et ils en commencèrent l'exécution par l'arc de triomphe « à la gloire de "la grande armée », celui qu'on voit aujourd'hui sur la place du Carrousel. En 1808, on reprit le projet de réunion et on discuta l'opportunité d'une galerie transversale (faisant face aux Tuileries) qui, élevée à la hauteur d'un premier étage seulement, aurait été couverte en terrasse. Mais il rencontra de nombreuses oppositions à la Cour et l'empereur finit par dire: « Ce qui est grand est beau et je ne saurais me décider à partager en deux un espace dontle principal avantageest la grandeur. » Le projet de Percier et Fonlaine pour l'instant abandonné, d'autres lui succédèrent, en très grand nombre (Voir chapitre Ier de ce volume) pendant la Restauration et le gouvernement de Juillet, mais il était réservé à Napoléon III de voir l'achèvement de cet énorme travail dont trois souverains avaient, avant lui, rêvé inutilement l'exécution. Les architectes (car ils sont deux) qui ont attaché leur nom à cette œuvre considérable sont Visconti et Lefuel. Louis Tullius Joachim Visconti, fils d'un savant archéologue italien, Ennio Quirino, qui était venu se réfugier en France avec sa famille en 1 798, à lasuite d'événements politiques, naquit à Rome le 1 1 février 1791. Naturalisé Français en 1799, il entra dans l'atelier de Percier d'abord, puis, en 1808, à l'Ecole des beaux-arts de laquelle il sortit en 1817 après avoir remporté cinq médailles, le prix départemental el, en 1814, le second grand prix d'architecture. Malgré ses excellentes études, Visconti dut débuter dans la carrière qu'il allait parcourir (1820) par les fonctions modestes de conducteur de travaux à l'entrepôt