CHAPITRE I
pris entre la première et la seconde cataracte et publia le résultat de ses recherches sous le litre de : Antiquités de la Nubie ou Monuments inédits des bords du Nil entre la première et la seconde cataracte (Paris, Didot, 1821). Gau revint en France par la Syrie, où il fit de nombreux dessins qui n'ont pas, duresle, été publiés, mais qui figurèrent au Salon de 1824, et par l'Italie, où les ruines de Pompéi lui offrirent l'occasion de nombreux travaux. Ce sont eux qui sont venus augmenter de près de moitié le recueil commencé par Mazois.
A son retour en France, Gau, dont la réputation était établie, fut chargé de la restauration de Saint-Julien-le-Pauvre (1821), de la construction du presbytère de Saint-Séverin (1827), de celle du corps de garde de la Bastille, de la prison de la Roquette (1835), de la chapelle protestante de la rue Chauchal, ancien bâtiment de la douane, etc. Mais la construction la plus importante de Gau et qui occupa les dernières années de sa vie, fut certainement celle de l'église de Sainte-Clotilde, dont les travaux commencèrent en novembre 184G. Malheureusement, il n'en put exécuter que le gros œuvre, une maladie grave qui se déclara presque aussitôt l'obligeant à prendre un adjoint d'abord et bientôt un successeur, Th. Ballu. Gau mourut à Paris le 31 décembre 1853, chevalier de la Légion d'honneur et membre de plusieurs académies.
Un sous-inspecteur de l'église de Sainte-Clolilde, Max Berthelin, né à, ïroyes le 18 juin 181 1, fut attaché par la Compagnie du chemin de fer de l'Est à la direction de ses travaux d'art. Élève de Labrouste, mais plus particulièrement dessinateur et décorateur, Berthclin a exposé de très nombreux dessins, notamment ceux de plusieurs églises du département de l'Aube et de la tour Sainl-Jacques-la-Boucherie avant sa restauration. 11 fil aussi de nombreux projets qui ne semblent pas avoir été exécutés. Nous ignorons la date de sa mort.
Tous les arlisles dont nous venons de donner les biographies, à partir de Lassus, consacrèrent leur talent et leur vie à la résurrection de l'architecture ogivale oubliée en France depuis deux siècles; mais l'homme qui affirma par ses écrits le culte de ses contemporains pour les souvenirs laissés par les artistes du moyen âge et qui résuma, pour ainsi dire, en un corps de doctrines, l'histoire des procédés de construction et les règles
observés par les architectes de cette grande époque, fut certainement Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc , « dit l'Aîné», pour ne pas le confondre avec son frère Etienne, peintre de talent. Viollet-le-Duc naquit à Paris le 27 janvier 181 i. Élève de Leclère, de 1831 à 1839, il parcourut l'Italie et la Sicile, étudiant l'antiquité romaine, comme tout bon élève architecte devait le faire à cette époque, pour mériter les faveurs de l'administration. A son retour, nomme auditeur au conseil des bâtiments civils, il fut choisi par Lassus comme inspecteur des travaux qu'il exécutait alors à la Sainte-Chapelle. En 18i0, la Commission des monuments historiques le chargea de la restauration de l'église abbatiale de Vé/.elay; puis, devenu architecte diocésain des déparlements de l'Aude, des Ardennes, de la Marne (arrondissement de Reims), de la Seine et de la Somme, il exécuta d'importants travaux dans les églises de Montréal (Aude), de Semur, de Saint-Pierre, de Sainl-Na/.aire, de Carcassonne, d'Amiens et de Reims, ainsi que la construction des mairies de Saint-Anlonin et de Narbonne. En JSi3, il déposa un projet tendant à la restauration de Notre-Dame de Paris; cette restauration fut, en effet, confiée à Lassus, son aîné, mais on lui donna celle de l'église abbatiale de Saint-Dénis qui lui lit le plus grand honneur et à la suite de laquelle il fut nommé, en 1853, inspecteur général des édifices diocésains.
Après la mort do Lassus arrivée en I8.'i7, Yiollel-le-Duc fut naturellement désigné pour continuer l'œuvre de restauration de la métropole de Paris, et c'esl lui qui fut l'architecte de la flèche qui couronne le transept de Notre-Dame. En 1858, sur l'ordre de Napoléon III, il se livra à une restauration complète du château de Pierrefonds, qui était bien duc à l'auteur de VJEssai sur l'architecture militaire du moyen âge (publié en 1854). On peut citer enfin de Viollet-le-Duc le tombeau du duc de Morny élevé en 18(17 au Père-Lachaise. Les nombreux travaux qu'il exécuta comme architecte ne l'empêchèrent pas de composer, tant était grande son activité, celle œuvre considérable connue sous le litre de : Dictionnaire raisonné de V architecture française du xi* au xvic siècle (publié de 1853 à 1858) et qui ne comprend pas moins de dix volumes, et cette autre, le : Dictionnaire du mobilier français de l'époque erniovingienne à la Renaissance, paru en dix volumes également, à
Ingres pinx.
J. B. LEPÉRE