‹ Les architectes par leurs œuvres (volume 2)Chapitre 18 sur 276 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la même époque. Viollet-le-Duc publia encore, pendant les dix années qui suivirent, deux volumes sous le titre : Entretiens sur l'architecture, et voulut bien écrire le texte du mémoire ébauché par F. Denis et le docteur Charnay sur les Cités et les Ruines américaines, ainsi qu'un grand nombre d'articles recueillis par diverses revues.

Cet infatigable travailleur, grand architecte et littérateur remarquable, n'arriva jamais à l'Institut. Professeur depuis 1863 à l'École des beaux-arts et commandeur de la Légion d'honneur depuis 1869, il s'éteignit à Lausanne le 17 septembre 1879.

Les architectes de province suivirent de loin le mouvement anti-académique qui avait k sa tête les architectes parisiens. Pierre-Joseph Caloine, né à Lille le 14 septembre 1818, restaure, en 1845, la tour de l'église de Carvin et l'église Saint- Druon et construit celle de Wa/emmes-lès-Lille, consacrée à saint Pierre et saint Paul, remarquable par sa décoration empruntée au style byzantin, une chapelle des maristos à Beaucamps et le casino de Lille. Auteur d'une brochure intitulée De rinflucnce de la photographie sur ï avenir du dessin (Lille, 1853), il décéda le 10 février 1859.

A Arras (Pas-de-Calais), Joseph Traxler, né à Amiens le 1" nivôse an IV, membre de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, couvrit Arras de constructions jusqu'à sa mort arrivée à Paris en 1856; mais la restauration du beffroi de l'hôtel de ville d'Arras et la construction de l'église paroissiale de Saint-Nicolas-en-Cité ainsi que de la chapelle de la Vierge, dans la cathédrale, lui assignent un rang honorable parmi les artistes qui ont provoqué la résurrection de l'architecture ogivale en France. Arras lui doit, d'ailleurs, une salle de concerts, l'amphithéâtre de l'école de médecine, une école primaire, la halle aux poissons et le nouveau quartier autour de celte halle, plus un grand nombre de maisons, d'usines, etc.

En Normandie, trois architectes, Boutigny, Barthelemi et Lenormand sont aussi désignés comme des restaurateurs d'églises; Boutigny, né au Crand-Quevilly (Seine-Inférieure), architecte de la ville d'Elbeuf et membre de la commission des bâtiments civils de ce même département, fut chargé, en 1851 , de la restauration complète de l'église et du presbytère de Saint-Patrice à Rouen. Dans la même ville, c'est à un Rouennais, Eugène-Jacques ni. 3

Barthelemi, né le 13 octobre J 799, qu'est due la construction de la nouvelle flèche de Saint-Maclou (i). Architecte diocésain, Barthelemi construisit dans le déparlement de la Seine-Inférieure un grand nomhre d'édifices religieux, notamment l'église Nolre-Dame-de-Bon-Secours, dans le style ogival primitif à lancelles, — commencé en 1840, l'édifice fut terminé en 1842, — les églises de Solteville-lès-Bouen, de l'Immaculée-Conceplion d'Elbeuf, de Goderville, de Saiut-Jacques-sur-Darnetal, de Maromine, d'Oissel, de Sainl-Aubin-jouxtc-Boulleng, l'église du monastère de la Providence à Bouen, la chapelle du pelit séminaire et celle de la Délivrande près Caen, elc. Barthelemi mourut à Rouen le 16 mai 1882, laissant un (ils archilecle comme lui, que nous retrouverons en temps et lieu.

Louis Lenormand, élève d'Huvé, était né à Versailles en 1801. Après avoir exposé en 1841, au musée du Louvre, un projet de reslauralion de l'église Saint-Jacques de Dieppe et en 1855, au priais des Champs-Elysées, l'église de Saint-Amand-Montrond (Cher) pour les archives des monuments historiques, il fut chargé de construire, de 1844 à 1849, au Pollet, près de Dieppe, l'église paroissiale cl , en 1851, une au Ire église dans le Morvan. 11 est mort le li janvier 1802.

A Cherbourg, Louis-Pierre-Charles Le Sauvage, né à Coutances (Manche) en 1775 et mort à Cherbourg le 9 juin 1858, donne les dessins du portail et de la tour carrée de la cathédrale; on lui doit aussi la grande halle inaugurée en 1833.

Dans l'est, c'esl Jean Charles-Léon Danjoy qui propage le mouvement architectural commencé parLassus cl Viollel-le-Duc. Né à Avensac (Gers) le 31 mai 1800, et élève de Huyot, il était attaché à la Commission des jnouuments historiques dès 1 8 40 cl exécutait de nombreux travaux théoriques, parmi lesquels un projet de reslauralion de la « Basse œuvre <• de Béarnais, qui fui fort remarqué. Chargé, en 1843, de la reslauralion de la cathédrale de Meaux, il la poursuivit sans interruption jusqu'à sa mort; on lui confia ensuite celle des cathédrales de Bordeaux et de Metz, de la collégiale de Braine, de l'église Saint-Pierre à Toucques, de la cathédrale de Lisieux ; enfin, nommé, en 1852, archilecle du

(1) l.a place formée devant l'église Saint-Maclou porte, depuis 1888, le nom de place Barthelemi.

CHAPIÏME I.

diocèse de Coutances, il y commença la conslructiori du grand séminaire, que la mort ne lui permit pas d'achever. Le tombeau du prince Dcmidofî au cimetière du Père-Lacliaise eut aussi pour architecte Danjoy et mérite une mention. Auleur de nombreux projets, parmi lesquels nous citerons ceux de la restauration de Notre-Dame de Paris, du tombeau de Napoléon 1er et d'un château d'eau à Marseille, Danjoy mourut à Paris le 4 septembre 1862.

Marchant sur les traces de Danjoy, l'arcbitecte Deny, dont nous regrettons de ne connaître que le nom, se fit remarquer, dès 1841, dans la restauration du portail de l'église ogivale Sainte-Ségolène à Metz. Architecte de l'église de Decazeville dans l'Àvcyron, Antoine-Martin Garnaud, né à Paris le 30 novembre 1796, élève de Le Père et de Yaudoyer, avait remporté le premier grand prix en 1817, âgé de vingt-un ans seulement; mais les occasions lui manquèrent de laisser une œuvre digne de lui, quoique pourlant, en 1820, il eût obtenu le premier prix au concours ouvert pour l'érection d'un théâtre à Lyon et fût classé le troisième parmi les artistes qui présentèrent les plans du nouvel Opéra à Paris, en 1860. — Inspecteur des travaux de l'église Saint-Vincent-de-Paul dont nous avons dit que Le Père avait été l'architecte, Garnaud mourut dans la ville où il était né, le 19 décembre 1861, après avoir signé seulement le tombeau de l'ex-roi de Hollande, Louis Bonaparte, dans l'église de Saint-Leu, un tombeau pour la famille Héricavit de Thurg, ceux du statuaire Pradier et de la princesse Bibesco au Père- Lachaise et les quatre piédestaux de fontedu pont du Carrousel à Paris. Mais on trouva dans ses carions de nombreux projets, parmi lesquels nous citerons un projet de fontaine à Moïse qui devait être alimentée par le puits de Grenelle, un projet d'achèvement du Louvre, et un projet de fontaine à Clémence Isaure. 11 a publié en 1857 un ouvrage ayant pour litre : Études J architecture chrétienne. Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1858, il fut l'un des fondateurs de la Société centrale des architectes en 1 841 .

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