CHAPITRE XII
Les renseignements biographiques nous font défaut sur M. Paul Sédille, auquel fut confiée l'ornementation des pavillons réservés aux beaux-arts et qui mérite aussi d'avoir sa place dans cet article. On ne doit pas oublier non plus la rue des Nations, qui offrait un spécimen des palais ou habitations d'une architecture conforme au type adopté pour la majeure parlie des constructions civiles et domestiques de chaque pays; mais nous avons d'ailleurs nommé, lorsque nous avons pu le faire, les architectes étrangers auteurs de ces remarquables spécimens.
L'expérience de la conslruction tout en fer avait élé fournie par l'Exposition de 1 878 ; dans celle de 1 889 on essaya d'un compromis grâce auquel la rigidité du fer serait atténuée par l'emploi d'une matière se prêtant, sans difficulté, aux exigences de la décoralion peinte et de la statuaire. Ainsi, on a pu substituer au caractère utilitaire des constructions élevées jusque-là pour recevoir les produits du génie humain et de la science humaine, une œuvre véritablement architecturale obtenue par une réunion d'éléments à laquelle n'avaient jamais songé les architectes du passé. Mais laissons la parole à un artiste de talent, critique autorisé et homme d'esprit, M. Rivoalen, qui a effleuré, sinon abordé de front, cette grave question de l'architecture de fer dans son étude sur l'Exposition de 1889 : « Ce n'est pas une évolution, c'est une révolution. En 1867 et 1878, on était déjà entré dans la voie indépendante ; mais les ingénieurs seuls s'étaient aventurés. En comparant les palais du Champ-de-Mars à la Madeleine, à la Sainte-Chapelle, à Versailles, à l'Opéra, on ne découvrira aucune similitude entre ces constructions et l'Exposition. La colonne et le pilastre ont disparu. Leur entablement est remplacé par un couronnement à silhouette mouvementée, les fenêtres, aux proportions despoliquement disposées, sont, devenues des verrières aussi larges que cela est nécessaire. Les portes se sont transformées en vastes baies; l'extérieur laisse deviner la destination de l'intérieur, le plâtre ni la brique ne dissimulent plus, sous un décormensonger, le métal qui, vainqueur d'un préjugé imbécile, reçoit la consécration officielle de l'art monumental. Les remplissages ne sont plus alourdis par des enduits, mais décorés par des terres cuites, laissant suivre de l'œil les lignes de l'ossature générale, tout en rompant l'uniformité des surfaces métalliques et coupant la rigidité de la perspective.
« La galerie des machines avec sa fantastique portée de 11 5 mètres, sans tirants, son envolement audacieux, ses proportions grandioses, n'est pas une œuvre d'art; mais elle montre la voie à suivre dans les constructions qui exigeront un vaisseau de grande proportion excédant celle de la maison d'habitation, elc. »
On se rappelle les pavillons les plus saillants de cette merveilleuse Exposition. Les architectes en furent M. Bouvard (voir sa biographie ci-dessus) auquel on devait la galerie centrale avec son dôme hardi et sa porte monumentale, M. Charles-Louis- Ferdinand Dutert, né à Dreux le 21 octobre 1845, premier grand prix d'architecture en 1869, architecte du «palais des beauxarts », et M. Jean Formigé, né au Bouscat (Gironde), le 24 juillet 1845, architecte du «palais des arts libéraux ». Élève de M. Lainé et de l'Ecole des beaux-arts, il a obtenu le prix Duc en 1876, a restauré plusieurs monuments historiques dans le Poitou, l'Anjou, etc. M. Formigé, lauréat de plusieurs concours publics, est officier d'académie et officier de la Légion d'honneur.
Avant de clore, qu'on nous permette de mentionner les noms de deux Français, celui de M. Sallé, architecte du pavillon de Nice à l'Exposition de 1889, et celui de M. Paul Lorain, qui a construit le pavillon d'honneur de la commission française à l'Exposition d'Amsterdam en 1883. Nous avons d'ailleurs fait connaître les noms des architectes belges et hollandais qui ont pris part à celle dernière exposition, ainsi qu'aux expositions de Londres, de Vienne et de Turin (25 avril 1880). On trouvera également au chapitre concernant les architectes des États-Unis d'Amérique les noms de tous ceux qui ont élevé les différents pavillons de l'Exposition qui vient de s'ouvrir à Chicago ; mais nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement sur les architectes des Expositions de Sydney, de Melbourne et de Buenos-Ayres (1881).