CHAPITRE XIV
Les architectes italiens du xixe siècle abandonnent les fantaisies de l'école borrominienne pour les rigidités du style classique. — La réalisation de l'unité de l'Italie provoque un mouvement architectural relativement assez prononcé dans le sens de l'éclectisme. — L'Espagne moderne, sans besoin d'édifices nonveaux, se contente de remplacer les anciens, civils ou religieux, hors de service; mais ses architectes n'ont pas produit d'œuvres jusqu'ici.
Succédant aux architectes de la Renaissance qui furent sa gloire et son orgueil, l'Italie avait vu naître une autre pléiade d'artistes qui ne voulurent pas se contenter d'être les élèves et les imitateurs de ces grands génies; toutefois, s'ils se trompèrent dans leur recherche de formes architecturales nouvelles et de procédés nouveaux de construction, on ne doit pas moins leur savoir gré des convictions ardentes qu'ils mirent au service d'une cause condamnée d'avance. Les critiques, compalriotes de Borromini, n'ont point épargné son extravagante originalité; mais ils n'ont pu nier cette originalité même, et il leur faut bien avouer aujourd'hui qu'il fut le dernier représentant, en Italie, de cette race d'architectes de génie que les autres nations lui envièrent pendant tout un siècle.
L'école de Borromini ayant exagéré jusqu'à l'absurde l'originalité du maître, la fin du xvin0 siècle vit se produire dans ce pays une réaction qui devait fatalement se produire en cette circonstance. Déjà, vers 1 720, apparaissait une archileclure nouvelle, fondée sur des règles sévères et ennemie déclarée de la fantaisie qui avait été pendant cinquante années la règle des architectes ilaliens. Fuga, Piermarini, Luigi Cagnola furent de vrais classiques et l'ont bien prouvé par leurs œuvres (voir volume H); mais nous croyons pouvoir dire que l'introduction, à la suite des conquêtes de la République française et de l'Empire, dans la péninsule italique, des idées françaises (qui étaient alors en architecture la passion de l'art romain et grec, dont Peyre le jeune,
Percier et Fontaine avaient rêvé la résurrection), a contribué à la persistance de la préférence qu'accordèrent les architectes italiens au classique, pendant les premières années du siècle, et c'est depuis peu de temps seulement qu'ils se sont enhardis à bien faire, sans être les serviles imitateurs de Vitruve, de Vignola et de Palladio.
C'est par un architecte au nom bien français, quoiqu'il soit né à Rome en 1760, que nous commencerons l'histoire monumentale de l'Italie, pendant le présent siècle. Giuseppe Valadier, qui était fils d'un fondeur statuaire assez connu de ses contemporains pour que le Pape, en personne, intervint entre le père et le fils qui discutaient sur l'opportunité de laisser le jeune Valadier embrasser la carrière de l'architecture, remporta en 1773 le grand prix de l'académie de Saint-Luc. Auteur de la façade de l'église des Saints-Apôtres (1827), construite par Fontana, des deux horloges placées aux deux extrémités de la façade de Saint-Pierre de Home et de la décoralion de la place en avant de la Porta delPopolo, hors de laquelle il construisit une villa pour le prince Poniatowski, ce fut lui qui exécuta les plans qu'avait conçus Napoléon, en enlevant du Campo Vaccino les ruines des Thermes de ïilus et du Colysée. Il restaura les colonnes du temple de Jupiter, l'arc de triomphe de Titus, puis établit la promenade sur le monte Pincio (1820); il restaura également à Rome, à la même époque, l'église S. Lorenzo in Damaso; il dessina la façade de l'église S. Pantaleon et fit la coupole de l'église d'Urbino. Décoré de la Légion d'honneur par Louis XVIII, et membre des académies de Home, de Turin, etc., Valadier, créé chevalier, mourut à Home en 1839, laissant un ouvrage publié dans cette ville en 1810, sous le titre de : Raccolta de le pin insigne fabriche di Borna. Un autre Valadier, prénommé Louis, fut membre de l'académie de Naples, architecte de la cour de Naples, donna des inspirations pour la construction de Saint- François-de-Paul.
M. Suvée était directeur de l'Académie française à Home lorsqu'on dut y installer les élèves de l'Ecole française, qui occupaient précédemment le palais de Nevers (1803). Auguste-Victor Grandjean, alors pensionnaire (il avait obtenu un premier grand prix en 1799), dressa les plans des travaux à effectuer et ce fut l'architecte italien Ottaviani qui les exécuta, de sorte que l'installa-