CHAPITRE XV
Les Anglais, premiers maîtres de l'Amérique du Nord, y introduisent les principes de l'architecture anglaise; mais la reconnaissance du gouvernement des États-Unis d'Amérique, par les nations européennes marque, dans ce pays, le commencement d'une évolution vers le style classique. — La forme classique est, en effet, celle des édifices les plus importants des États-Unis élevés aussitôt après la Déclaration d'indépendance. — Œuvres gigantesques des architectes américains depuis cette époque. — Leurs tendances vers Y éclectisme. — Les artistes américains à l'Exposition de Chicago.
Si on ne trouve guère dans les régions centrale et occidentale de celle nation si puissante, malgré sa jeunesse, qui a pris le nom de République des Étals-Unis d'Amérique, que quelques vestiges informes des conslructions dues à des races depuis longtemps disparues, on rencontre du moins en Floride, au Texas, dans le Nouveau-Mexique et en Californie, un certain nombre d'édifices, en assez bon état de conservation, qui furent élevés par les Espagnols. Plusieurs de ces chapelles ou églises de « mission », ont une valeur architecturale réelle; mais il n'a pas été possible d'en connaître les auteurs, sans doute moines ou prêtres, compagnons des conquérants. Au nord des Etats- Unis, au Canada, çà et là, le long des frontières septentrionales de la République américaine, ou en descendant la vallée du Mississipi, il subsiste encore des traces de constructions élevées par les premiers pionniers français, qui, bien qu'intéressantes au point de vue archéologique et historique, ne peuvent être considérées comme des œuvres d'architecture. Dans le reste du pays, surtout sur le littoral oriental, existent, en assez grand nombre, des constructions de genre très simple, sans aucun caractère, purement maisons d'habitation, élevées par les premiers pionniers venus d'Angleterre.
Lorsque les Anglais, en quête de nouvelles sources de richesses, eurent acquis la certitude que l'Amérique (du Nord) était pour eux une véritable mine d'or à exploiter, ils ne se
contentèrent plus d'y arriver seuls, en aventuriers; ils amenèrent avec eux leurs familles habituées au confort anglais. Mais tout était à faire dans cette nouvelle Angleterre : églises, édifices nécessaires aux réunions politiques des émigrés et à l'administration des cités qui s'élevaient comme par enchantement, habitations privées aussi, pour ceux qui désiraient autre chose que la masure du paysan ou de l'ouvrier. Naturellement, ils s'adressèrent aux architectes de leur pays et, comme il ne leur était pas possible de se procurer immédiatement, surles lieux mêmes, les matériaux nécessaires aux constructions qu'ils avaient projetées, c'est la mère patrie qui, dans l'origine, leur expédia à la fois architectes, plans, matériaux, décorations, etc., et les rares ouvriers du pays n'eurent qu'à mettre en place les éléments de ces constructions. 11 en résulte que l'art architectural des États- Unis, pendant celte première période, est exactement le reflet de l'architecture anglaise pendant la période correspondante ; puis, comme, à une certaine époque, des rapports de commerce et d'amitié vinrent à s'établir entre la France et la grande colonie anglaise, on commença à faire des emprunts à l'architecture française, et c'est ainsi qu'on retrouve des traces évidentes des styles Louis XIV et Louis XV dans la structure de certaines maisons importantes de la Virginie. L'appui donné par Louis XVI et le gouvernement de la République française aux colons américains décidés à se soustraire au joug de l'Angleterre leur permit de se constituer en nation indépendante et la « Déclaration d'indépendance » des Étals-Unis brisa les liens artistiques, aussi bien que les liens politiques, qui rattachaient la colonie américaine à son ancienne métropole.
Les chefs de famille qui avaient transporté d'Angleterre en Amérique leur luxe et leurs coutumes étant morts et leurs successeurs n'ayant plus que de rares relations avec leur pays d'origine d'où ils avaient tiré, ainsi que nous venons de le dire, tous les éléments des constructions élevées jusque-là en Amérique, celles qui durent y être établies, à partir de ce moment, pendant une assez longue période de temps, furent les œuvres d'entrepreneurs bâtissant au mépris de tous les principes de l'art architectural et rarement d'architectes véritablement dignes de ce nom. La création de relations postales et de transports rapides par bateaux à vapeur vint peu à peu modifier cet état de