‹ Les architectes par leurs œuvres (volume 2)Chapitre 4 sur 276 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

formé de boucliers antiques. La décoration des pilastres de l'altique et de l'imposte du grand arc est aussi de Blouet. Nous terminerons l'historique de ce monument en signalant seulement au lecteur l'auteur de l'un des nombreux projets exposés, Jacques Thierry, né à Paris en 1750, où il mourut en 1832, professeur pendant quarante-six ans à l'école gratuite de dessin. Elève de Blondel et de Radel, il a formé lui-même plusieurs artistes distingués, mais n'a point laissé à Paris d'édifice susceptible d'être mentionné. Nous savons seulement qu'il apporta une grande intelligence à la restauration du palais d'Arcy à Bagneux et au dessin de la fontaine de la place Gaillon qui fut exécutée plus tard sur les plans de Visconti.

Nous avons dit que dans tous les temps et dans tous les pays les négociants, agents du commerce et spéculateurs avaient créé des lieux de réunion, et nous avons décrit sommairement, dans le cours de cet ouvrage, les Bourses de Londres, d'Anvers, etc. « Les négociants de Paris, à l'origine, se réunissaient au Palais de Justice, au-dessous de la galerie Dauphine, près de la Conciergerie, dans un lieu qu'on appelait Place du Change. Un arrêt du 24 septembre 1724 établit « une Bourse » rue Vivienne, dansl'ancien hôtel deNevers, qui touchait à l'hôtel Mazarin. Celte Bourse fut successivement transférée dans l'église des Petits- Pères en 1795, au Palais-Royal (galerie de Virginie), en 1809, dans un bâtiment situé sur le terrain des filles Saint-Thomas en 1818 et elle le fut, en 1826, au lieu où elle est actuellement. » Napoléon ordonna la construction^ la nouvelle Bourse, dont la première pierre fut posée en 1808; l'architecle choisi était Alexandre-Théodore Brongniart, né à Paris en 1739, un vétéran de l'architecture, architecte du roi et du duc d'Orléans et membre de l'ancienne Académie. Les principaux travaux de Brongniart avaient été, avant la Bourse, la salle du théâtre Louvois détruite en 1815, le petit palais du duc d'Orléans, une quantité d'hôtels, parmi lesquels nous nous contenterons de citer celui des Archives de l'ordre de Saint-Lazare, rue de Provence, de Mademoiselle de Condé, abbesse de Remiremont, rue Monsieur, et de Madame de Monlesson, rue de la Chausséed'Antin, l'hôtel de Monaco ou de Matignon, pour la princesse Adélaïde, rue de Varennes, les écuries du comte de Provence, le nouveau couvent des Capucins (aujourd'hui Lycée Bonaparte).

Brongniart avait été également chargé de l'installation du cimetière de l'Est, dit du Père-Lachaise, et mourut le 16 juin 1813, alors que les travaux de construction de la Bourse étaient encore fort peu avancés. 11 s'agit de lui donner un successeur, qui fut Éloi La Barre, né à Ourscamp (Oise), le 17 avril 1766. Elève de Raymond, La Barre ne se gêna pas pour modifier le plan de son prédécesseur, autorisé, du reste, à ces changements par les exigences de l'institution qu'il dotait d'un palais; c'est ainsi qu'il donna plus d'élévation à l'édifice, et qu'il remplaça par le style corinthien le style ionien adopté par l'auteur du projet. La Bourse put être enfin livrée aux spéculations en 1827, sous réserve du premier étage destiné aux audiences du tribunal de commerce. Les autres travaux de La Barre sont une salle de spectacle, à Boulogne-sur-Mer, incendiée en 1854, et la colonne monumentale qui devait consacrer le souvenir de la fameuse descente en Angleterre; les travaux, interrompus plusieurs fois, ne purent être terminés qu'en 1841, huit ans après la mort de La Barre, arrivée le 20 mai 1833; l'architecte était alors chevalier de la Légion d'honneur, membre du Conseil des bâtiments civils et de l'Institut.

Deux autres admirateurs de l'antiquité païenne suivirent les inspirations de David, qui d'ailleurs les avait présentés à la femme du futur César, Percier et Fontaine, élèves de Peyre.

C'est dans l'atelier de ce maître que Pierre-François-Léonard Fontaine, né à Pontoise le 20 septembre 1762, fit la connaissance de Charles Percier, plus jeune que lui de deux ans, puisqu'il naquit à Paris le 22 août 1764. Fontaine, second grand prix d'architecture en 1785, alors que Percier avait obtenu le premier grand prix en 1786, obtint la faveur de rejoindre son ami à Borne comme pensionnaire de l'Académie ; mais à leur retour à Paris, dans le courant de l'année 1792, ils trouvèrent la France en pleine révolution et Fontaine dut prendre le parti d'émigrer à Londres. Là, il utilisa son talent en faisant des dessins de meubles et de papiers peints et la décoration de quelques appartements, en donnant à toutes ses œuvres le cachet gréco-romain que nous retrouverons plus lard imprimé aux édifices importants dont il fut l'architecte avec la collaboration de Percier. Le bonheur voulut pourtant qu'il ne tardât pas à être rappelé à Paris pour remplacer Paris, directeur des décorations

Page 1