CHAPITRE VI
Palais d'hiver avail été complètement détruit par un incendie, en 1837 et que l'empereur accorda seulement six mois à l'architecte ou aux architectes pour en opérer la reconstruction, alors qu'on était en pleine saison d'hiver.
Le nouvel édifice, à quatre étages, fut le produit d'une architecture bizarre, très chargée d'ornements, de moulures et de marbres, quoique la brique entre, pour la plus grande partie, dans sa construction. L'intérieur en est d'une richesse inouïe. L'entrée principale Ou « Perron des ambassadeurs », sur les bords de la Néva, conduit par un escalier de marbre blanc aux appartements d'apparat. La salle du trône, toute en marbre blanc également, celle des feld-maréchaux, la galerie Romanofï et la galerie Alexandre renfermant des toiles d'Horace Vernet, de Peter Hess, de Willwald, etc., peuvent êlre citées parmi les plus belles de l'Europe et l'on doit y ajouter les salles pompéiennes où se voient de merveilleuses mosaïques, ainsi que le jardin d'hiver de l'impératrice.
Un Français Antoine-François Mauduit, né à Paris le 10 août 1775, d'abord secrétaire et bibliothécaire de l'Académie de France à Rome, auteur d'un projet de bibliothèque ayant la forme circulaire (1835) (adoptée depuis par Labrouste), fut nommé architecte de l'empereur Alexandre et avait tracé le plan de la ville de Saint-Pétersbourg vers 1808. Après un voyage en Italie et en Grèce, pendant les années 1811, 1812 et 1813, il rentra dans la capitale de la Russie en 1814. En 1817, il restaura le Grand Théâtre brûlé en 1810, puis fut l'un des fondateurs du comité des constructions de la ville, imitation de notre conseil des bâtiments civils, et mourut le 17 décembre 1854, laissant un projet pour la réunion duLouvreaux Tuileries (Paris, Didol, 1846).
Auguste Ricard, créé comte de Montferrand par l'empereur Alexandre II, était également Français. Né à Chaillot, près Paris, le 14 janvier 1786 et élève de Percier et Fontaine, il fut d'abord inspecteur des travaux de l'église de la Madeleine à Paris, puis fut incorporé dans les gardes d'honneur de 1813 à 1814. Ayant obtenu, en 1816, du prince Wolkensky, ministre de l'empereur de Russie, des lettres de recommandation, il partit pour Saint- Pétersbourg et fut presque aussitôt chargé de quelques travaux particuliers, entre autres d'un palais pour le prince Labanoff, palais qui, plus tard, fut acquis par la Couronne pour y installer
le ministère de la guerre. Mais un concours ayant été ouvert, en 1820, pour la restauration et l'agrandissement de Sainl-Isaacle-Dalmate, le projet de Ricard de Montferrand fut adopté et on travailla sur ses plans depuis 1829 jusqu'en 1839, année de l'érection de la croix qui surmonte le dôme. Les fondements de l'édifice avaient été jetés sous Catherine II, en 1768 (peut-être sur les plans d'Amoudru qui se trouvait à cette date en Pologne), puis les travaux avaient été interrompus à diverses reprises.
L'église Saint-lsaac, longue de 94 mètres et large de 31 mètres, est en forme de croix grecque. Quatre portiques formés de douze colonnes monolithes, en granit rouge de Finlande, soutenant un fronton dont les bas-reliefs sont des sculpteurs Lemaire et Vilali, terminent les quatre bras de la croix. Le dôme, avec ses fenêtres en arcade, rappelle un peu celui de Saint- Pierre de Rome et sa base porte vingt-quatre colonnes corinthiennes de granit au-dessus desquelles règne une galerie ornée d'une balustrade en bronze que décorent vingt-quatre statues d'anges; la coupole qui s'élève à une hauteur de 118 mètres audessus du sol et la lanterne sont couvertes de lamelles en cuivre doré. A l'intérieur, on a essayé de réunir toutes les richesses que peut produire la Russie, en marbres et en métaux précieux; aussi y travaillait-on encore en 1850.
La Russie doit aussi à notre architecte la colonne commémoralive élevée par Nicolas à la gloire d'Alexandre Ier (colonne monolithe de 32 mètres de haut, érigée le 30 août 1832, devant le Palais d'hiver, mais qui ne fut inaugurée qu'en 1834), le piédestal de la statue de Nicolas dont la première pierre fut posée en 1852 et qui fut inaugurée le 25 juin 1859, et l'hôtel Demidoff, à Saint-Pétersbourg. Hors de la capitale, de Montferrand reconstruisit le palais Katerinoff sur la baie de Cronstadt et suréleva le grand clocher du Kremlin, à Moscou. Enfin, après l'incendie de 1837, il fut chargé de la restauration du Palais d'hiver, sans doute avec la collaboration de Jean Langenegger, né en 1818 à Gaïs, dans le canton d'Appenzell (Suisse), élève du professeur d'architecture Allher de Wald. Ricard de Montferrand, nommé professeur à l'Académie des beaux-arts de Saint- Pétersbourg, conseiller d'État, général-major, décoré des ordres de Saint-Wladimir, de l'Aigle rouge de Prusse, commandeur de l'ordre de Wasa de Suède et chevalier de la Légion d'hon-