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CHAPITRE IX

l'Institut. Heurtier né le 6 mars 1739, premier prix d’archileciure en 176i, passa quatre années à Rome et ne trouva guère à son retour, l’occasion d’appliquer les connaissances qu’il avait acquises. Cependant, architecte du château de Versailles et de tous les bâtiments royaux, il fut reçu membre de l’Académie, le 13 mai 1776. Il ne faudrait pas reprocher à cet architecte la décision au moins singulière en vertu de laquelle la salle Favart tournait le dos au boulevard, « MM. les comédiens, paraît-il, ayant jugé que leur théâtre serait déshonoré, s’il avait sa façade sur la promenade la plus fréquentée de Paris ». L’œuvre d’Heurtier fut d’ailleurs modifiée par de Wailly en 1797, puis par Rienaimé, sans parler d’une restauration due à Hittorf et à Lecointe (1825) dont nous parlerons dans le volume suivant. Heurtier étant mort en 1823, à l’âge de quatre vingt-trois ans, un de ses élèves, Jean-Baptiste Guignet, né à Versailles en 177G, lui succéda dans la « direction des eaux de Versailles ». D’ailleurs architecte attaché à l’entretien des bâtiments universitaires, Guignet restaura le collège Saint-Louis et la Sorbonne. On ignore la date de sa mort.

Trois années après l’achèvement de la salle Favart, il fallait songer à reconstruire l’Opéra, incendié le 8 juin 1781 et un architecte s’engagea à bâtir la nouvelle salle en six semaines, sur un terrain acheté par la Ville de Paris. L’offre de cet audacieux acceptée (de notre temps même, il mériterait celte épithète), on se mit à l’œuvre et soixante-quinze jours après, toute la décoration étant terminée, l’Opéra était ouvert au public. Ce tour de force, qu’on nous passe l’expression, fut d’autant plus remarquable que cette construction, qui ne devait être que provisoire, s’est trouvée d’une parfaite solidité et que, jusqu’en 1871, l’ancien Opéra, devenu le théâtre de la Porte Saint-Marlin, a reçu des milliers de spectateurs. Celui qui donna ce prodigieux exemple d’activité, Nicolas Lenoir, était né à Paris en 1726, avait été élève de Blondel et premier prix d’archileclure. A Rome, ses camarades l’appelaient le Romain , tant était déclaré son goût pour les monuments, aux trois quarts détruits, de l’ancienne capitale de l’Empire. Lenoir employa une parlie de cette activité à construire (1772), l’aile occidentale de l’abbaye de Cîteaux, le théâtre du Vaudeville, le théâtre de la Cité, placé devant le Prado el démoli comme lui lors du percement du boulevard du

Palais; la Halle aux veaux (1774), le marché Beauveau, rue Saint-Thomas-du-Louvre, le théâtre du Panthéon qui remplaça celui du Vaux-Hall, de la Pointe-Saint-Germain, abattu en 1784, le marché Saint-Antoine et une grande partie de l’abbaye Saint- Antoine ou se trouve aujourd’hui Phôpilal de ce nom et, en 1787, les bains Chinois; enfin Vollaire, qui l’honorait de son amitié, le chargea delà construction du château de Ferney. L’exemple de ce grand génie fut suivi, car Lenoir produisit jusqu’à sa mort arrivée en 1810.

C’est en 1787 seulement, qu’on pensa à transporter les archives du royaume dans un dépôt spécial et qu’on choisi!, comme lieu de ce dépôt, l’hôtel Soubise restauré, nous l’avons dit, par l’architecte Delamaire. Un architecte de Dijon, Jacques Célérier, né dans cette ville le 11 novembre 1742, élève de Blondel, fut chargé de l’appropriation de l’hôtel. Ce n’était pas, du reste, un inconnu : nommé architecte de l’intendance de Paris et contrôleur des travaux du département de la Seine, en récompense du talent qu’il montra comme organisateur des fêtes données par la ville et par le duc de l’Infantado, il avait dressé les plans des bains Montesquieu, de l’Ambigu-Comique alors placé sur le boulevard du Temple et du théâtre des Variétés, œuvre remarquable, étant donné Je peu d’espace dont pouvait disposer l’architecte. Comme architecte d’édifices religieux, Célérier commença la construction de l’église Sainte-Genevièveau-Bois (Seine-et-Oise) ; mais l’arrivée de la Révolution interrompit les travaux qui ne furent jamais repris. En dernier lieu, il fit le projet de la fontaine monumentale à ériger, d’après l’ordre de Napoléon Ier, sur la place de la Bastille, mais dut bientôt l’abandonner, à la suite de sa nomination en qualité d’architecte de l’église abbatiale de Saint-Denis, dont il commença la restauration. A Dijon, Célérier éleva le théâtre avec la collaboration de Jacques Caumont (1 785); à Laval, la maison de chasse du duc de Laval et à Paris, où il mourut le 27 mars 1814, les hôtels Nicolaï, rue Louis-le-Grand et de Saucour, rue de l’Arcade.

Avant d’aborder les biographies des architectes d’hôtels où de maisons particulières, pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI, nous devons une mention particulière à l’architecte Ledoux, chez lequel une imagination remarquable alté-

P. Drevet. sc.

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