‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 102 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nue, dans une certaine mesure, les bizarreries souvent trop fréquentes des conceptions architecturales. Claude-Nicolas Ledoux, né en 1730, à Dormans (Marne) fut grand prix d’architecture, et membre de l’Académie d’architecture. Nommé architecte de Louis XV en 1773, il fut chargé de la construction, à Louveciennes, d’un château que la mort du roi interrompit, puis, à Paris, d’un hôtel destiné à Mme Dubarry. Comment Ledoux, élève de Blondel, devint-il partisan de l’école borrominienne? Ce qui est certain, c’est qu’il a laissé un ouvrage in-folio qu’il est très curieux de consulter pour se faire une idée des extravagances auxquelles peuvent se laisser entraîner « les esprits faux et présomptueux qui, méprisant toutes les traditions, ne tiennent aucun compte des erreurs de leurs devanciers et ont la prétention de créer à eux seuls un art nouveau ». L’auteur des lignes qui précèdent visait assurément les barrières que Ledoux fut chargé de construire, en 1782, lorsque les fermiers généraux voulurent entourer Paris d’une muraille fiscale. Ces monuments étaient « à quelques exceptions près, d’une architecture recherchée, bizarre, dénotant chez leur auteur une imagination déréglée, dévorée du besoin de se montrer originale à tout prix. Si l’on considère que ces constructions ne devaient être que des bâtiments d’octroi, on est effrayé des dépenses exagérées auxquelles Ledoux fut entraîné avec ses rotondes, ses temples, ses colonnades, si peu en rapport avec leur destination ».

Architecte du palais de justice d’Aix, Ledoux n’avait élevé les constructions au moment de sa mort, qu’à un mètre au-dessus du sol; on crut devoir les arrêter et elles ne furent reprises qu’en 1822 par Penchaud (voir le volume suivant). Presque fabuleux est le nombre des hôtels que Ledoux a élevés à Paris : citons l’hôtel d’Uzès, l’hôtel de Thelusson d’Harleville, rue de Provence (1770); la maison de l’actrice Guimard (même année), l’hôtel de Montmorency, rue Basse-du-Rempart et de M. le président Hocquart, rue delà Chaussée-d’Antin ; la maison de MUo de Saint-Germain, rue des Porcherons; la maison de Julie Carreau, femme Talma, rue Chantereine, où le général Bonaparte, qui en était devenu propriétaire, prépara le coup d’État du 18 Brumaire (1), l’hôtel de Hatwill, rueMichel-le-Comte,

(1) Cette maison rue de la Chaussée-d’Antin a été démolie en 1860.

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