CHAPITRE IX
après une représentation d’ Orphée. C’est alors que Lenoir se chargea, ainsi qu’on l’a dit plus haut, de construire le théâtre qui reçut provisoirement la troupe de l’Opéra. Moreau reçut aussi mission d’élever, sur l’emplacement de l’hôtel de Condé, une salle pour les représentions des comédiens français; mais les Ira vaux exécutés avec lenteur étaient très peu avancés, en 1777, lorsque Louis XVI les fit arrêter; et l’emplacement de l’édifice fut changé (1). Après avoir dit que Moreau continua le portail de Saint-Euslache, commencé si malheureusement en 1752 sur les dessins de Mansart de Jouy, il nous reste à citer de lui l’hôtel de Chavannes, rue des Fossés-du-Temple (1775) et la fontaine du Chaume, rue des Haudrieftes dont les sculptures étaient de Mignot et à dire que le malheureux Moreau, convaincu de royalisme, fut décapité en 1 793.
Pierre-Théodore Bienaimé, néà Amiens, le 11 janvier 1765, et grand prix d’architecture au moment où toutes les académies allaient être supprimées (1793), dut se contenter, malgré sa réelle valeur comme architecte, de travaux bien modestes : la disposition et la décoration intérieure du théâtre Favart (1799) occupé alors par des chanteurs italiens. 11 y faut pourtant ajouter une fontaine publique et une manufacture de faïence au Valsous-Meudon; à Carrières-sous-Bois la plantation d’un parc avec pavillons, glacières, fontaines; à Jouy, l’agrandissement du château; à Neuilly, un canal de 250 mètres de longueur. Il mourut, le 14 décembre 1826, après avoir été pendant deux ans l’architecte de la princesse Elisa Bonaparte, princesse de Lucques et de Piombino, et fait des projets sans nombre pour le Palais de justice de Montpellier, la restauration des Thermes de Julien, la création de l’un des grands cimetières parisiens, etc. Damesme, architecte de Voltaire à Ferney, fut aussi architecte d’une salle de spectacle, décorée d’un péristyle unique, qu’on destinait à servir de loge maçonnique ; c’est tout ce que nous savons de lui. A citer, enfin, le théâtre des Petits-Comédiens, avenue de Boulogne, occupé, en 1783, par la troupe d’Audinot : architecte, Labruyère dont nous ne connaissons que le nom.
(1) C’est alors que deux architectes dont nous avons rappelé les noms et les œuvres : J. Peyre et de Wailly entreprirent d’édifier le théâtre appelé aujourd’hui l’Odéon.
La Halle pour la marée, quartier des « Petits Carreaux », avec entrée sur la rue de Bourbon-Villeneuve et la Halle aux cuirs, avec entrée rue Mauconseil, eurent pour architecte Dumas dont nous ne connaissons ni la vie, ni les autres œuvres ; enfin Jacques Delajoue fut celui du nouveau grenier à sel, rue Saint-Germain-l’Auxerrois et du château de la Chapelle près Nogent-sur-Seine.
Les architectes d’hôtels particuliers sont plus nombreux encore que ceux des édifices publics que nous venons d’énumérer et tout aussi inconnus, pour la plupart, de beaucoup d’entre nous.
Ce sont : Champlain, architecte de l’hôtel d’Aumonl « remarquable par son jardin chinois avec îles, kiosques, statues, etc. » ; Claude Guillot-Aubry, né à Chevillon en Champagne en 1703, mort en 1 771, auteur d’une nouvelle édition du cours de d’Aviler et des planches de l’ouvrage de d’Argenville, qui fit avec Leroux les plans des hôtels Yilleroi, rue de Beaune (construit primitivement pour l’actrice Mlle Desmares) de Conti, de Rohan, de Montbazon et de Lussay (plus tard enclavé dans les terrains etles constructions du Palais-Bourbon). Guillot-Aubry éleva aussi deux fontaines publiques : l’une à Arnouville, l’autre à Gonesse, et mourut en 1771, membre de l’Académie depuis 1737, avec le titre d’architecte du roi et de « contrôleur général du pavé de Paris » ; Boursier, qui construit l’hôtel du prince Xavier de Saxe près du palais de l’Élysée et l’hôlel de Périgord, rue de f Université; Barré que Grimod de la Reynière désigna comme architecte de sa maison de la rue des Champs-Elysées; Liégeois, l’architecte de l’hôlel Balincourt, rue Saint-Charles ; Toussaint Vergier qui fit le plan du grand escalier de l’hôtel élevé par Ducerceau pour le duc de Bellegarde.
A ces hôtels ajoutons encore l’hôtel de Bellinaye, d’ordre ionique, par De Londre ; l’hôtel de Rohan-Chabot, rue de Varennes, par Le Roux, mort en 1740; les hôtels de Noirmoutiers, ruede Grenelle Saint-Germain, et de Matignon, construits en 1720 et 1721 ; l’hôtel de la Vaupalière, faubourg Saint-Honoré par Colignon; l’hôtel de Bouliers rue de Choiseul, par Bonnet; l’hôtel de Madame, rue Neuve-des-Petits-Champs et l’hôtel Tessé, quai des Théatins, par Rousset; l’hôtel du Houssaye par Rougevin, etc., etc.