CHAPITRE IX
En 1722, à Amiens, l’architeclé de Montigny commence une nouvelle halle au blé pour remplacer celle qui venait d’être détruite par un incendie. Nous n’avons sur Sellier, qui l’acheva, aucun renseignement biographique, non plus que sur son prédécesseur et nous ne sommes pas plus heureux avec Riquier, qui exécuta, en 1751, le château d’eau destiné à alimenter les fontaines de la ville d’Amiens. Quant au théâtre (1773-1779), à la halle aux grains et à l’hôpital Saint-Charles (1791), ils eurent pour architecte Pierre Rousseau, né à Nantes le 31 mai 1751. Élève de Polin, Rousseau fit le voyage d’Italie ; à son retour, en 1785, nommé inspecteur du château de Fontainebleau, il éleva, à Paris, l’hôtel du prince de Salm, devenu le palais de la Légion d’honneur et un kiosque dans les jardins de l’hôlel Montmorency ; enfin, en 1791, il continua l’édification de l’église de Saint-Germain-en-Laye, commencée par Potin, devenu son beau-père. 11 est encore l’auteur, à Clermont (Puy-de-Dôme), d’un hôpital et d’une halle et, à Reims, des prisons el de la maison destinée au dépôt de mendicilé ; enfin, correspondant de l’Instilut, il mourut à Rennes le 24 septembre 1 829.
A Resançon, c’est Nicolas Nicole ou Nicolle qui, né dans cetle ville en 1701 et ancien compagnon serrurier, entre dans l’atelier de RIondel, devient lui-même architecte et élève, dans sa ville natale, l’église du Refuge ; il y commence aussi, en 1746, l’église delaMadeleine, qui ne fut jamais achevée ; puis pendant quelque temps architecte de la collégiale de Soleure (Solothurm), il revient mourir à Resançon le 22 janvier 1784.
Pour Lille, deux noms seulement à ciler : celui de Voland qui construit, à partir de 1701, le Pont-Neuf, la salle des concerts, la porle de Paris, l’hôpital général, le palais de justice et le palais des archives et celui de Thomas-François -Joseph Gombert, né à Lille le 5 janvier 1725, qui fut chargé, en 1772, de reconstruire l’hôtel des Monnaies de Lille et, en 1781, de transformer le collège des Jésuites en hôpital militaire. Gombert exécuta également de nombreux travaux qui aujourd’hui seraient confiés aux ingénieurs des ponls et chaussées et mourut à Ilaull, commune de Lestrem (Pas-de-Calais), le 9 octobre 1801.
A Lyon, outre les édifices exécutés par Soufflot, nous avons à citer, comme une œuvre de 1646 à 1655, l’hôtel de ville, qui eut pour architecte Simon Maupin. On relrouve bien dans
l’examen de l’œuvre de Maupin, les principaux caractères des constructions de cette époque : les avant-corps aux toits arrondis et les épis; le campanile et le bas-relief qui orne le fronton du pavillon central (représentant Henri IV à cheval), essaient de rappeler l’Hôtel de ville de Boccador. Du reste, on ignore les dates de naissance et de mort de Maupin qui, précédant Verniquet, avait dressé le plan de la ville de Lyon. C’est en 1659, nous l’avons dit, que La Valfenière construisit les bâtiments du cloître des religieuses nobles de Saint-Pierre (devenu depuis le Palais des Arts) et qu’en 1708 Ferdinand de Lamonce éleva la chapelle de la Vierge. Antoine Rater, né à Lyon en 1729, entreprit l’établissement des rues parallèles au Rhône, conduisant à la place des Terraux et au bastion Saint-Clair. L’archilecte avait à lutter contre le niveau du sol, toujours menacé par les inondations du Rhône; mais il ne perdit pas courage et Lyon lui doit tout un quartier conquis, pour ainsi dire, sur le fleuve ; cependant la tin de sa vie fut attrislée par les proscriptions et il mourut presque en exil, en 1794, à Miribel, près de Lyon. Rater avait eu d’ailleurs un concurrent redoutable dans Jean- Antoine Morand, né à Briançon en 1727, qui lui aussi, avait présenté un projet pour la construction des maisons du quai Saint-Clair : Morand avait étudié dans l’atelier de Servandoni et dans celui de Souftlot; sa réputation comme constructeur d’une salle de spectacle à Lyon en 1757, le lit appeler à Parme pour élever un théâtre machiné à l’occasion des noces de l’Infante avec l’archiduc Joseph et il avait profilé de son séjour en Italie pour étudier à Rome les plus belles créations de l’art antique et de l’architecture moderne. C’est à son retour qu’il conçut le projet grandiose qui devait changer la face de Lyon; mais il ne put attacher son nom qu’a une construction d’intérêt public; un pont sur le Rhône. Morand eut une fin tragique. Dénoncé comme aristocrate, il fut condamné et exécuté le 27 janvier 1794. Cyr Decrénice, qui naquit, vers 1731, cà Lyon, où il construisit le bâtiment appelé la Ménécanterie, périt aussi sur l’échafaud le 21 janvier 1794. Plus heureux que les précédents, Pierre-Gabriel Bugnet également Lyonnais, architecte de la prison de Roanne, dans laquelle il fut enfermé pendant la Terreur, dut son salut à la chute de Robespierre et mourut le 5 novembre 1806. Cette prison n’existe plus aujourd’hui.