‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 132 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Carosale, qui le bâtit en deux cent quatre-vingt-dix jours, enfin, Giacomo Pregliasco, le Portugais da Costa probablement Emmanuele, que nous relrouverons (1747) et Don Antonio Joly (F rançais d’origine, sans doute) (1785), en dirigèrent l’achèvement ou les restaurations jusqu’au jour de l’incendie qui le consuma (18J5). Pregliasco, nè à Turin en 1757, mort en 1825, restaura également le grand Ihéâlre de la Cour à Monza et le théâlre d’Angermes.

En parlant de la restauration des Nouvelles Procuraties à Venise, par Scamozzi, nous avons cité le nom de Langhena, né à Maroggia, sur le lac de Lugano, en 1631, mort en 1682. Les œuvres de Baldassare Langhena, œuvres de décadence, atteintes malheureusement par le mauvais goût qui régnait en Italie au moment où vivait cet archilecle, ont cependant un vrai caractère. Le séminaire des Patriarches, qui date de 1670, l’église des Scalzi , qui date de 1680, l’autel de l’église San Pielro da Castello, l’autel de Santa Maria de Frari et l’église Santa Maria délia Salule, élevée de 1681 à 1682, font honneur à l’artiste qui en a donné les plans. De celle dernière, Du Pays a fait l’éloge dans ces termes :

« Les grandes volutes qui renforcent les angles du tambour octogone, les statues (au nombre de cent vingt-cinq) et les ornements sont d’un style lourd, mais malgré celle surcharge d’un •goût incorrect, cette église, avec sa double coupole élancée, ne forme pas moins, à l’entrée du Grand Canal, une des plus splendides perspectives de Venise. » Nous en dirons autant du mausolée du doge Giovanni Pesaro et du grand escalier du couvent des Bénédictins attenant à Saint-Georges.

Parmi les palais de Venise dus à Langhena, on doit citer ceux de Pesaro, de Batlagia, de Bezzonico, Giustiniani, la façade du palais Lospedalctto, un petit hôpital; enfin l’église paroissiale de Chioggia, où notre peintre Léopold Robert alla plus d’une fois chercher scs inspirations. Cette église fut bâtie par Langhena de 1635 à 1674. Langhena eut d’ailleurs un collaborateur, Giorgio Masare qui acheva la façade des palais Batlagia et Bezzonico, mais fit seul celle de l’Académie des Beaux-Arts, celle du palais Grassi (aujourd’hui l’hôtel de ville) et celle des deux églises Santa. Maria délia Pie/à et des Jésuites (Notre-Damedu-Rosairc).

A côté de Langhena, faut-il nommer Giuseppe Sardi, mort en 1699, architecte restaurateur de Xoire-Dame des Carmes déchaussés, de Santa Maria Bobegrino et du clocher des Carmélites? Tullo, auteur de la façade de San Salvatore? Francesco Contini, élève de Bernini, auteur de Santa Anna et de Sanl’ Agostino? Laurenti Pozzo, architecte des Carmélites, pour lesquelles il bâtit, vers 1675, une église ainsi que l’église paroissiale de Botzen? Faut-il mentionner aussi, uniquement pour ne pas être accusé d’en ignorer l’existence : le dôme de l’église San Simone de 1730, la ’nef de l’église San Bocco, commencée en 1495 par Buono et dont l’architecte fut Giovanni Scalfarotto, mort en 1764, ainsi que la restauration de la façade de l’église San Giorgio Maggiore, exécutée par Andrea Tiralli, mort en 1737, auteur du monument du doge Valieri, dans l’église des Saints Jean-et-Paul?

Mais Venise compte aussi comme datant des xvir et xvme siècles, le palais Morolin par Mazzoni, la façade extérieure du palais ducal par Manopola Alessandro (1602 à 1615), le bâtiment de la douane de mer (la Dogana) par Giuseppe Benoni ou Belloni (1676), auteur du tombeau de Moncenigo dans l’église Saint-Laurent; le théâtre de la Forluna par Jacopo Torelli, né à Fano, en 1608, mort en 1678, qui fut appelé en France comme décorateur et contribua beaucoup, dit-on, au succès de l’Andromèile de Corneille par sa décoration du théâtre du Petit- Bourbon.

C’est depuis le xviii' siècle seulement que le Piémont occupe en Italie une place dont l’importance s’est accrue jusqu’à faire de cette petite contrée et de son roi l’arbitre des destinées de l’Italie moderne.

On sait que François-Eugène de Savoie-Carignan, né à Paris, entré au service de l’Autriche, après avoir vainement sollicité un emploi de Louis XIV, entraîna le duc de Savoie, Viclor- Amédée II, dans la coalition organisée en 1690 par l’Empereur et reçut bientôt de ce dernier le commandement en chef de ses armées. La défaite du duc d’Orléans et de Marsin, sous les murs mêmes de Turin qu’il avait fortifiés (1706), décida de la retraite des Français qui abandonnèrent l’Italie et lorsque, par lettres patentes de 1736 et de 1755, Charles-Emmanuel III eut accordé

CHAPITBE X.

la facullé d’établir des majorais à tous les bourgeois qui bâti* raient des maisons dans les rues Itoiregrosse, de Suse et d'Italie, le règne des architectes commença dans la capilale du Piémont. Nous verrons s’ils y ont laissé des œuvres considérables ; mais nous allons auparavant donner un coup d’œil aux édifices religieux et civils qui ont précédé celte grande manifestation architecturale.

C’est le P. Guarini, déjà connu du lecteur comme architecte à Paris, de Sainte-Anne la Royale , qui, le premier, continua l’œuvre commencée à Turin par Ascanio Vittozzi, Yalperger et Pacciotlo d’Urbino; malheureusement il prouva une fois de plus que l’étude et le savoir, lorsqu’ils ne sont pas dirigés par le goût, ne peuvent, en archilecture, enfanter que des productions imparfaites, indignes d’être mises au rang de ces exemples achevés, si peu nombreux d’ailleurs, qu’ont laissés les maîtres de tous les âges. Ce n’est pourtant pas l’occasion qui manqua à Guarini de donner les preuves de ses aptitudes : on en peut juger par la nomenclalure qui suit, de ses travaux; à Turin d’abord : la chapelle du Saint-Suaire (1648), «un prodige de stéréotomie», disent les guides, avec sa coupole formée de voûtes en marbre, superposées, percées à jour et disposées de façon à laisser voir au sommet une couronne en forme d’étoile suspendue dans les airs; Saint-Laurent des Théalins, un prodige d’équilibre architectural (1656); » le couvent attenant à cette église, Saint-Philippe-de-Néri, de dimensions colossales, mais dont la voûte s’écroula après quinze jours de pluie; l’église des Missionnaires, le palais du prince Philibert de Savoie, le palais du prince Carignano, le palais de l’Académie des Sciences, l’hôtel Colligno, le palais Raconnigi, la porte du Pô et le collège des Nobles. Hors de Turin, Guarini construisit le couvent des Théalins à Modène, l’église des Pères Somasques à Messine, l’église San Gaétan et la maison du comte Triginalice à Vicence, et le tabernacle de l’église Saint-Nicolas à Vérone.

A l’étranger, il avait laissé des œuvres, à Prague, l’église Sainte-Marie d’Etting, à Lisbonne, Sainte-Marie de la Providence. Comme ingénieur, le P. Guarini a donné le plan des citadelles de Turin et de Modène et écrit un ouvrage sur les fortifications, édité à Turin en 1674. Nommé architecte du duc de Savoie, Guarini mourut à Turin en 1683.

Jusqu’à Juvara, qui naissait à peu près au moment où dispa-

raissait Guarini, les architectes d’édifices religieux sont rares et de peu de valeur, en Savoie ; citons pourtant : Luigi Barberis, auteur de la chapelle de la Vierge dans l’église Saint-Dominique, une des plus anciennes de Turin architecte aussi de l’hôtel de Vallesa et de l’hôtel Canelli bât i par le baron Valperga ; Buttarino, architecte du corps décurional, auteur, en 1717, de la façade de l’église de l’hôpital dit « hospice de la Charité »; Ferdinand Bonsignori, né à Turin en 1767, professeur d’architecture à l’Académie de Saint-Luc; architecte de l’iiôtcl Ormea; qui prétendit rappeler le Panthéon de Rome, lorsqu’il donna le dessin de l’église Gran Madré de Dio, dontla première pierre fut posée en 1818, Lanfranchi II et Tomaso Beria qui ont construit : le premier, en 1663, l’église Saint-Roch, sur un plan octogonal, et l’hôtel de ville restauré par un architecte de la famille des Lom i hardi, auquel on attribue également la basilique de la rue d’Italie, Laurenti Lombardi; la façade de ce dernier édifice, composée de deux ordres étagés et d’un attique, est ornée de têtes de taureaux, première application du symbole qu’on trouve aujourd’hui dans les armes de la ville de Turin (Taurini, de Taurus , taureau, MM. les antiquaires du cru qui ont trouvé cette étymologie du nom de la capitale de l’ancien Piémont, n’ont pas fait là, selon nous, une merveilleuse trouvaille). Nommons encore François Martinez, architecte de la Santissima Annunziata , à l’extrémité du faubourg du Pô, et dont les autres travaux consistent dans la décoration du couvent de la Superga (1776), et du palais Verna sur la rue Doiregrosse; le P. Guitani, qui avait entrepris l’élévation de la coupole destinée au couronnement de Saint-Philippe-de-Néri, mais avait mal pris, sans doute, ses mesures, puisqu’elle tomba peu après son exécution, le30mars 1713, entraînant avec elle la chute de tout l’édifice; Alberti qui, en 1764, ajouta un portail de sa façon à l’église Santa Teresa; le comte Nicolas Robilant, major général d’infanterie et chef du corps des édiles, mort en 1773, qui, restaurateur du palais Rensasco, fut chargé de la reconstruction de Sainte-Marie-Madeleine de la Miséricorde, en 1731 , et, en 1 770, de la construction du couvent et de l’église de Saint-Pélage ; Antonio Bernardo Vittone, architecte de Sainte-Marie délia Piazza en 1751, une église qui fait le milieu des deux bâtiments de l’hôpital et dont la façade est de Buttarino, ainsi que nous l’avons dit ; Vittone fut

d'après une photographie de la Bibliothèque royale de Turin.

FILIPPO JUVARA

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