‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 133 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

également l’auteur du maître-autel de la Sanlissima Annunziata et du maître-autel de Saint-François-d’Assise à Milan; Bonvicini Pierre, restaurateur, en 1784, des églises Saint-Charles- Borromée et du Vrai-Nom-de-Jésus. L’architecte de ce dernier édifice était Charles de Castelmonte, architecte aussi de l’église Saint-Michel dont la construction avait motivé la destruction d’un nombre considérable de maisons. Ce fut également Bonvicini qui restaura les deux hôtels Carpenetto et Salvatori, puis la maison du sénateur Yacca, place Madame et, pour terminer, Aliberti, auteur de la façade de l’église Sainte-Thérèse (1 764).

Nous en arrivons enfin à un véritable artiste dont l’œuvre principale, malgré ses nombreux défauts, mérite d’être rangée au nombre de celles qui assurent à leur auteur l’immortalité. Ivara ou Juvara Filippo était né à Messine en 1685; destiné d’abord à l’état ecclésiastique, il entra dans les ordres, mais son goût pour les arls s’étant développé à la vue des monuments de la ville éternelle, Juvara alla prier Carlo Fontana de vouloir bien lui enseigner son art. En fort peu de temps, il fit des progrès remarquables, et comme il était protégé par le cardinal Ottoboni, qui, lui-même, se piquait de pratiquer l’architecture, il se trouva tout d’abord recommandé au duc de Savoie; celui-ci, qui était en même temps roi de Sicile, chargea Juvara de la construction d’un palais sur le port de Messine; dès lors, pourvu du titre d’architecte du roi et d’une abbaye, l’architecte put se livrer sans contrainte aux inspirations de son génie. Il faut noter que d’ailleurs, doué d’un goût très sûr, il lutta courageusement contre les défauts de l’école qu’il combattait ainsi par ses œuvres; si l’église Sainte-Christine de la place Saint-Charles et la chapelle Saint-Joseph, dans l’église Sainte-Thérèse, reproduisent malheureusement les erreurs considérées alors comme des manifestations de l’originalité, dans la reconstruction de l’église Saint-Philippe-de-Néri, écroulée en 1715, dans les additions qu’il fit au palais du roi et notamment dans la reconstruction du grand escalier, comme dans le campanile de l’église Saint- Jean et dans l’architecture des palais Birago, Bergaro, dal Pozzo, Cigala et Bagnosca, il triompha, le plus souvent, du mauvais goût de ceux qui lui confiaient leurs projets de construction. On peut en dire autant de l’architeclure du Palais de justice de Turin, du bâtiment des Archives et de la Vénerie

près Turin; mais ce qui suffit assurément à la gloire de Juvara,

c’est la Superga.

La Superga, nécropole royale de l’Italie (de super terga montium , d’après l’étymologie fournie par les mêmes savants qui ont trouvé l’étymologie du mot Turin dans Taurini ), est, en effet, au sommet d’une colline assez élevée et il est certain qu’il faut grimper quelque peu pour pouvoir considérer de près l’œuvre de Juvara. Toujours est-il qu’on dépensa trois millions de livres (anciennes) à faire monter l'eau du Pô et les matériaux nécessaires à sa construction. De forme circulaire, l’édifice principal est accompagné de six chapelles rayonnantes, flanqué d’un péristyle corinthien et surmonté d’une coupole; à droite et à gauche, sont deux bâtiments se reliant à l’église et servant de logement aux chanoines chargés de la garde des tombeaux. Ce ne fut, d’ailleurs, qu’en 1730 quela Superga fut appropriée à sa destination de nécropole par Martinez Havelli et Dana, professeur à l’Ecole d’artillerie (1).

La construction de la Superga mit le comble à la réputation de l’architecte et on le demanda dans toute l’Italie. A Mantoue, où Juvara élève la coupole de l’église Saint-Sébastien ; à Milan, où il dessine une façade nouvelle pour Saint-Ambroise; en Portugal, à Côme, dont la cathédrale lui doit sa coupole; à Lisbonne, où il donne le plan de l’église patriarcale et du palais royal; à Madrid, où il est appelé par Philippe Y, dans le but de reconstruire, sur de nouveaux plans, le palais qu’un incendie vient de détruire ; mais à peine a-t-il commencé son projet que la mort vient le frapper alors qu’il n’avait que cinquante-quatre ans (1735). Il laissait d’ailleurs de nombreux projets : celui de l’église Sainte-Croix, pour le séminaire, qui fut exécuté par Antonio Cerutti ; celui de la façade du palais Madame (toujours à Turin), qu’exécuta Vittozzi, et deux projets pour la sacristie de Saint-Pierre de Home et celle de la Trinité du Mont auxquels il ne fut pas donné suite.

Presque contemporain de Juvara (puisqu’il est né à Home en 1700), le comte Bénédict-Innocent Alfieri, d’abord avocat, devint architecte par vocation et, tout jeune, éleva le clocher de

(1) A citer, parmi les monuments funéraires qui occupent te Podridero de la Superga, ceux de Yictor-Amédée II, de Charles-Emmanuel III et de Victor-Emmanuel.

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