CHAPITRE XI
L’architecture dite Colossale fait son apparition en Allemagne, mais l’élément néo-romain domine dans toutes les constructions religieuses de l’Allemagne catholique; l’Allemagne protestante se contente, le plus souvent, d’approprier les anciennes cathédrales aux besoins du culte nouveau. — En Autriche et en Saxe, les idées borrominiennes triomphent sans combat. — L’Allemagne du Nord accepte volontiers les idées françaises, malgré la présence, dans la contrée, de très nombreux architectes italiens.
C’esi fort lentement, nous l’avons dit dans un des chapitres précédents, que la Renaissance prit possession de l’Allemagne, malgré les tendances révolutionnaires de quelques grands peintres comme Iïolbein, Burgkmair, etc. Aussi est-ce en 1555. seulement, au lendemain de la paix d’Augsbourg, que l’on peut constater en Allemagne l’emploi du style néo-romain dans la décoration de certaines parties de la construction : portails, fenêtres, vis d’escalier, etc.
L’architecte allemand apporta toujours à l’exécution de ces détails une grande conscience et une naïveté vraiment charmante; pourtant il gâta le plus souvent les bonnes qualités de son œuvre par son maniérisme et sa recherche de l’imprévu. Et lorsque, vers la tin de ce siècle, il adopta les grandes lignes de l’ordonnance antique, il les noya sous un déluge de volutes, d’obélisques, de cartouches, etc.
Mais la guerre de Trente Ans arrête brusquement l’essor de l’architecture allemande et couvre de ruines le pays d’oulre- Rliin. Que de chefs-d’œuvre périrent pendant ces trente années! Et lorsque la paix lui est enfin rendue, c’est à l’Italie et à la France que l’Allemagne dut demander les architectes de ses temples et de ses palais. Dans les régions restées soumises à la religion catholique, l’architecture religieuse procéda de cette détestable école borrominienne que nos architectes français ont eu l’honneur de combattre et le bonheur de vaincre. Quant aux
édifices civils allemands du Nord élevés pendant les xvii* et xvme siècles, ils rappellent, tous, en exagérant toutefois leurs défauts, les édifices construits en France pendant les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Du reste, l’architecture colossale de Louis XIV y fit à peine une apparition, pour être immédiatement remplacée par celle du siècle suivant qui ne tarde pas à envahir l’Allemagne, protégée, comme elle le fut en Angleterre, par les souverains et les grands seigneurs du pays.
L’architecte considéré par les Allemands comme le premier du xvie siècle, auquel il appartient par sa naissance, est certainement Elias Holl. Né à Augsbourg en 1573 et fils d’un maître maçon qui lui apprit la pratique de la construction, il sentit en lui un immense désir de visiter les chefs-d’œuvre qu’avaient créés les architectes italiens, et, sans fortune, il n’hésita pas à aller chercher en Italie tous les documents précieux susceptibles d’éclairer son esprit avide de connaître. Développé par ses voyages et de sérieuses études, son goût était formé lorsqu’il revint en Allemagne, et c’est sans hésiter qu’il accepta la mission d’élever à Augshourg cet hôtel de ville qui est son chefd’œuvre. La façade de l’édifice a 46 mètres de hauteur et 45 mètres de largeur. Au faîte du fronton sont les armes de la ville, hautes de 4 mètres. L’entrée principale, formée par deux colonnes en marbre blanc, a 6 mètres de hauteur et 4 mètres de largeur. Elle donne accès dans le vorhalle (vestibule), long de 33 mètres et large de 19 mètres, pavé de marbre blanc et dont le plafond est supporté par huit colonnes, d’ordre dorique, de marbre rouge. Au-dessus s’élève un étage mitoyen avec plafond en bois, puis on arrive à la salle d'Or, qui présente 33 mètres de long, 17 mètres de large et une hauteur de 16 mètres, est éclairée par cinquante-deux fenêtres et est pavée en marbres blanc, rouge et bleu. Quatre salles plus petites, décorées de beaux plafonds en bois, de magnifiques poêles en terre cuite et de tableaux de Cranach, d’Ilolbein, etc., s’ouvrent sur la salle d’Or. Mais l’œuvre d’Elias Holl ne s’est point bornée à cet édifice, modèle de l’architecture civile en Allemagne au temps de la Renaissance; il fut aussi l’architecte de l’église de Mariahilf, de l’Arsenal, de la tour de Perlach, de la maison de la corporation des bouchers et de celle des boulangers d’Augsbourg. Il a construit