CHAPITRE XI
aussi des châteaux parmi lesquels il faut citer ceux de VVillibaldsberg et de Schônfeld; une église à Eiclistadt, puis comme ingénieur, le pont des Carmes Déchaussés, imitation assez réussie, disait-on de son temps, du pont du Rialto à Venise. Mais ce grand artiste, ruiné par les guerres religieuses qui désolèrent l’Allemagne vers la lin de sa vie, mourut pauvre en 1636. Schickardt, lui, était surtout un architecte militaire; cependant on lui doit les plans de l’église et de la ville de Freudenstadt en Souabe (1558 à 1634).
À Vienne, le nombre des églises, au moment où s’ouvre le xvne siècle, est d é j à considérable; mais l’église des Capucins, celle des Augustins, celle de Saint-Charles-Borromée, de la Hofburg , de Saint-Jean-de-Népomuk, d’Altlerchenfeld, de Saint-Pierre, etc., sont élevées à partir de eette époque. On en voit bien peu aujourd’hui qui n’aient pas été restaurées, pendant les cinquante dernières années qui s’écoulent de 1650 à 1700; c’est dire que l’élément néo-grec ou néo-romain domine presque exclusivement dans l’architecture des édifices religieux de la capitale de l’Aulricbe-Hongrie. C’est un prêtre architecte, le P. Daun, qui commence le xvu' siècle, en élevant la petite église et le cloître Saint-Jérôme en 1614; puis Valentin Gilg, architecte de l’Institut anglais et de l’Hôtel de Ville de Neubourg(ce dernier achevé en 1613), qui construit dans celte ville, sur l’ordre du comte palatin Louis-Philippe, l’église des Jésuites de 1607 a 1616; puis en 1617, Jean Ospel est l’archilecte de l’église de Léopold; en 1622, c’est la vieille église Saint-Ruprecht, déjà restaurée en 1436, dont on confie la décoration à un Italien, l’architecte Bartolotti ; puis les églises Saint-Jean et Saint-Nicolas, dans la Singerstrasse , reçoivent des additions, notamment la chapelle Saint-Passerau ; architecte, en 1652, Baltram Watzom ou Watzon. L’architecte de Saint- Roch est l’Allemand Augustin Hanisch, qui construisit l’édifice en 1684.
Enfin nous arrivons à un artiste plus connu du moins que ceux dont les noms précédent : Jean-Bernard Fischer, baron d’Erlach. Né vers 1650 à Vienne, Fischer avait laissé deviner, dès son jeune âge, sa vocation artistique et cette vocation se développa surtout à la suite d’un voyage qu’il fit en Italie pendant lequel il dessina, sans trop de discernement, les monuments
qui frappaient le plus ses regards. Il ne put ainsi échapper à l’engouement des Italiens de ce temps pour l’école de Borromini, et, lorsqu'en 1716, l’empereur Charles VI, pour accomplir un vœu qu’il avait fait pendant la peste de 1713, eut chargé Fischer de l’érection de Saint-Charles-Borromée, dans le faubourg “Wieden, l’architecte donna un libre cours à son imagination faussée par les exemples de ce déplorable maître.
La façade de Saint-Charles, avec sa coupole disproportionnée, les deux tours qui l’accompagnent et les deux espèces d’arcs de triomphe surmontés de deux étages par lesquels on pénètre dans l’église, forme un ensemble bizarre et qu’on a peine à s’imaginer. Quoi qu’il en soit, le monument fut achevé en 1737 et valut à son auteur le titre d’architecte impérial. L’église de Saint-Pierre (Pelersplatz), dans la construction de laquelle Fischer se proposa de prendre Saint-Pierre de Rome pour modèle, et celle de l'Université augmentèrent encore la réputation de l’artiste. Il fut créé baron d’Erlach et fut traité dès lors plutôt en grand seigneur qu’en artiste. 11 est vrai qu’il avait déjà attaché son nom au château du prince Eugène, élevé en 1711 à Vienne, au palais Renneweg, à celui du prince Traulzen, à l’hôtel de la Chancellerie (1728), en face du palais impérial, aux écuries de la cour qui peuvent loger quatre cents chevaux et présentent une balustrade (soutenue par quarante-six colonnes de pierre ) dont la disposition permet de donner place à des carrousels militaires (1733). Après la construction de la Bibliothèque, Charles VI se proposait d’élever à Vienne un magnifique palais dont les plans avaient été confiés à Fischer; mais l’exécution en fut abandonnée. Hors de Vienne, il avait été l’architecte, eu 1696, du palais de Schônbrunn (i) dont on a dit qu’il était « un grand château d'une petite architecture », malgré les quatorze cent quarante chambres et les cent trente-neuf cuisines qu’il renferme, avec ses volets verts et ses murs badigeonnés de jaune qui le font ressembler à quelque grande hôtellerie de campagne, du palais de Clain Gallas à Prague, du palaisBatthvani, du château de Salzbourg sur la route de Friedland à Liebwerda, etc.
(1) Certains biographes attribuent le plan du château de Schônbrunn à un architecte italien nommé par eux Volmagini, en ajoutant que la construction en fut dirigée par un autre Italien, Pacassi; mais dans quelle partie de cet édifice ont-ils pu trouver les caractères de l’architecture italienne de cette époque ?
FRANCESCO BORROMINI