CHAPITRE XI
Fischer mourut en 1740, laissant un Essai d' architecture historique en cinq livres, édité en français et en allemand à Vienne, en 1721, et un fils, Joseph-Emmanuel, qui continua les travaux que la mort de son père avait laissés inachevés. Malheureusement, il dépassa encore la bizarrerie de ses compositions architecturales; voir pour s’en convaincre, les palais Auesperg, Bathyani, Stratmann, Tautson, la chancellerie impériale, l’écurie impériale d’hiver et la bibliothèque de la Cour, à Vienne. Il est encore connu, comme architecte, par le Castrum doloris élevé en 1740, par Marie-Thérèse à la mémoire de Charles VI, son père et par la fontaine du Hohe Markt (1732), sorte de temple sous la voûte duquel l’artiste a placé les statues de Marie et de Joseph dues au ciseau de Corradini ; mais plutôt ingénieur, Joseph-Emmanuel se livra d’ailleurs à de nombreux travaux hydrauliques de valeur.
La salle de spectacle du château de Schônbrunn dont nous venons de parler eut, en 1703, pour architecte le Viennois Johann Hetzendorf de Hohenberg, architecte également des jardins du palais qui sont, du reste, une imitation évidente du parc du château de Versailles. On mentionne spécialement, parmi les constructions de cet architecte, un portique décoré de colonnes en manière d’arc de triomphe placé sur une colline en face du palais et qu’on a nommé, nous ne savons pourquoi, la Gloriette. Hetzendorf mourut directeur de la classe d’architecture à l’Académie de Vienne, à une date qu’il nous est impossible de préciser. Mais les principales restaurations de la résidence impériale et surtout la construction des serres et l’aménagement des jardins sontdus à Johann Aman, né en 1765, dans la principauté ecclésiastique de Saint-Blasien (aujourd’hui comprise dans le grand-duché de Bade). L’érection, en 1784, dans son pays natal et sur le plan du Panthéon de Borne, d’une grande église abbatiale de Bénédictins, lui fournit une heureuse occasion de suivre les travaux d’un grand édifice et d’en étudier les procédés de construction aussi bien que les proportions architectoniques. Le prince-abbé Gerbert profita alors de la présence de plusieurs artistes distingués réunis auprès de lui pour prendre leurs conseils sur la direction à donner aux éludes du jeune homme, qui, sur leur avis, fut envoyé, aux frais du prince, continuer son éducation à Fribourg en Brisgau.
En 1788, Aman fit, pour son bienfaiteur, la reproduction des vitraux peints de douze fenêtres de la nouvelle église, des vues perspectives et d intérieur, ainsi que des détails d’ornementation de cet édifice, en même temps qu’il dessinait l’écusson des armes du prince de Ivaunitz, qui fut envoyé à la grande chancellerie de l’empire d’Allemagne. Alors l’intérêt du prince-abbé pour son protégé s’accrut à ce point qu’il lui concilia la protection de deux puissants personnages : l’homme d’État Morilz Ribbele et le professeur Berlold Rolller, qui firent entrer, en 1789, Johann Aman à l’Académie des beaux-arts de Vienne pour y achever ses éludes. Deux ans après, notre artiste y ayant obtenu l’un des premiers prix, put revenir dans son pays natal, accompagné des meilleures et des plus brillantes recommandations.
Pendant les années 1791 et 1792, Aman eut occasion de faire ériger à Fribourg de grandes constructions, parmi lesquelles une église et son presbylère. On eût pu craindre que la mort de son protecteur, l’abbé Gerbert, arrivée en 1792, serait préjudiciable à Aman, pour qui le bon vouloir de son successeur, le nouveau prince-abbé Morilz Ribbele, ne fil que s’accroîlre; car ce dernier l’envoya, en 1793, en Italie, où Aman put visiter avec grand fruit les monuments et les musées de Rome, dont il s’inspira plus lard dans ses œuvres. En 1794, il fit présent au cardinal Galeppi de son essai de Restauration du temple de Vesta, el s’acquit bientôt une telle notoriété à Rome qu’il fut, la même année, nommé membre honoraire de l’Académie de Saint-Luc. Aman visita également les autres villes de l’Italie, et, dans ce voyage où il travailla dans les bibliothèques et dans les églises el releva les édifices anciens et modernes, il se fit un magnifique portefeuille de dessins qu’il rapporta en 1795 en Allemagne.
L’invasion française força, l’année suivante, Johann Aman à se réfugier à Vienne où il fut bien accueilli par ses anciens condisciples et se lia promptement avec le fameux antiquaire Muller qui lui demanda un projet de bâtiment d’Exposition des Beaux- Arts conçu dans le goût italien, exécuté en 1797, et dont notre artiste se tira si bien qu’il reçut à cette occasion les félicitations de l’empereur d’Allemagne. L’église des Auguslins de Vienne était alors en cours de reconstruction et Aman eut, pendant quelques années, la direction des travaux de cet édifice où