CHAPITRE II
que présenlenl la plupart des édifices de la fin du xve siècle.
« Le porlail de l’église de la Trinité produit un effet de charme pour l’œil et presque d’impatience pour l’esprit. C’est beau, mais ce n’est pas à sa place; c’est élégant mais ce n’est pas original: c’est curieusement travaillé mais sans inspiration. On concevrait celte entrée aussi bien et même mieux au château de Chambord ou de Fontainebleau qu’à une église et quand on songe que l’église est gothique, le manque d’à-propos est encore plus frappant. Assurément, les architectes constructeurs des édifices religieux que nous avons déjà mentionnés, ont subi, dans une plus ou moins large mesure, l’influence des idées nouvelles et n’eurent pas toujours ce sentiment de convenance qui manque si complètement à l’auteur du portail de l’église de la Trinité à Falaise; mais le plus souvent ils furent retenus par le respect de l’œuvre dont ils n’étaient que les restaurateurs ou les continuateurs. » Complétons cette critique en ajoutant que, même alors qu’ils la commencèrent, comme les architectes de l’église Saint-Eustache de Paris, ainsi que nous le verrons tout à l’heure, ils essayèrent d’un compromis entre l’architecture ogivale, l’expression la plus parfaite de la foi religieuse qui avait animé les esprits au moyen âge, et celle de la Renaissance.
Dans le nord de la France, pendant les premières années du xvie siècle, on s’occupe surtout de fortifier la frontière. C’est ainsi que nous voyons les échevins de Béthune appelant à la construction des remparts, des ponts-levis, des portes, etc., Antoine Bélin en 1509, Yserman Guérard en 1510, Jean Baire en 1517, Jean Carré en 1539. De même à Cambrai où, cependant, s’élève sous la direction de Jean Mariage et de Jacques Pelletier (1510-1524) le nouvel Hôtel de ville. A Arras, nous n’avons à mentionner comme travaux du xvi° siècle que la porte de l’Hôtel de ville (voisine de la rue Vinocq) qui eut pour architecte Mathias ou Nicolas Tesson, en 1572 et le jubé de l’église abbatiale de Saint-Berlin achevé en 1619 par Guillaume Tabaget.
Les livres « Capitulaires » nous donnent en 1507 le nom de Jean Le Texier comme architecte du clocher neuf de Notre-Dame de Chartres (voir le volume précédent). En 1514, le même Le Texier commençait les bas-reliefs qui couronnent la clôture du chœur de la cathédrale de Chartres ainsi que le jubé dont les magnifiques fragments, retrouvés sous le dallage, font regretter l’inepte
destruction ; le nom de Jean Bussière, architecte du couvent et de l’église des Minimes de Plessis-lez-Tours (1), à la même époque; celui de Florac chargé en 1519, par les chanoines de la collégiale de Yillefranche-de-Rouergue (Aveyron), de l’agrandissement de la sacristie de cette église; puis celui de Pierre Palangier, architecte, de 1514 à 1524, de l’église et du clocher de l’église de Belmonten Vabrois (aussi dans l’Aveyron) aujourd’hui classée parmi les monuments historiques.
Sont également à mentionner Michel Mayum qui élève, en 1511, la façade de l’église de Malaville, dans la Charente et Guillaume Masgante ou Masgantier et Georges Prince qui reconstruisent, la même année l’église de Laplunde près Condom.
Plus au sud, à Auch, on travaille ardemment à la construction de la cathédrale (dédiée à sainte Marie) dont la première pierre fut posée seulement en 1483. L’édifice commencé à une époque où régnait encore le style ogival est en forme de croix latine, à trois nefs et un transept et se termine par une grande ahside semi-circulaire. Il a 105m,90 de longueur, 22m,74 de largeur, et 2Gm,64 de hauteur sous voûte. Toute la construction est en grès, sauf les quarante piliers en pierre calcaire qui soutiennent les voûtes. Imposante par sa masse, mais d’un style lourd et froid, la cathédrale d’Auch présente une façade à trois porches, dans le style de la Renaissance, séparés par des colonnes corinthiennes accouplées. Les portes latérales sont flanquées de tours carrées terminées en dôme. Nous ne connaissons pas le nom de l’architecte qui a donné les plans de l’édifice; nous savons seulement que Jean Cheneau de f Ile-Bouchard, près Tours, y travailla pendant seize ans (probablement à partir de l’année 1514, époque à laquelle il avait abandonné les travaux de réfection de la tour du Nord à la cathédrale de Bourges); mais l’auteur de la façade est bien probablement Méric ou Médéric Boldoytre que nous trouvons dirigeant les travaux de la cathédrale à Auch en 153G. Les renseignements sur la vie et les travaux de cet artiste nous manquent d’ailleurs absolument. Plus heureux avec son successeur Jean de Beaujeu, nous pouvons dire qu’il était Lyonnais et éleva, de 1530 à 1567, jusqu’à
(1) Il n’en reste rien aujourd’hui. A-t-on du moins conservé dans quelque musée le tombeau de saint François de Paule qui s’y trouvait?
VINCENZO SCAMOZZï