CHAPITRE XIII
en 16G3, grand bâtiment carré qui n’a de vraiment remarquable qu’un escalier extérieur à double révolution, « ce qui permettait au magistrat liégeois et au magistrat brabançon de ne pas se rencontrer »; l’ouvrage auquel nous empruntons ce détail ne nous donne, au reste, aucune explication de cette disposition bizarre dictée sans doute à l’architecte.
Mais le xvnf siècle arrivé, la génération des grands artistes des siècles précédents semble épuisée et les Pays-Bas vont emprunter à l’étranger l’architecture de leurs principaux édifices. Ainsi la façade du palais des Princes-évêques de Liège, aujourd’hui cour d’appel et tribunal de première instance et hôtel du gouvernement provincial sur la place Saint-Lambert, est de 1737 et a pour architecte J. -A. Anessens de Bruxelles. Cette façade entièrement revêtue de pierres bleues est d’un assez bel effet par ses grandes dimensions et la simplicité de son architecture. Elle se compose de deux étages éclairés par de grandes fenêtres à chambranle et d’un étage en attique surmonté d’un entablement et d’une balustrade ; le centre est décoré d’un riche avant-corps de denx étages de colonnes et de pilastres accouplés, corinthiens et composites, terminé par un grand fronton cintré danslelympan duquel étaient autrefois sculptées les armes des évêques de Liège remplacées aujourd’hui par un cadran. Anessens donna aussi le dessin des deux fontaines de la cour de l’hôtel de ville de Bruxelles et mourut à une date que nous ne saurions fixer.
De 1774 est le petit hôtel de Verviers dont l’architecte était Renoz de Liège. 11 ne reste plus rien aujourd’hui de l’ancienne Cour des Ducs, résidence du gouvernement; à la suite de plusieurs incendies successifs qui avaient presque réduit en cendres la modeste demeure habitée par Charles-Quint, on renonça à une restauration et on confia à Barnabé Guimard, que certaines raisons nous permettent de croire Français, mais qui habita Bruxelles de 1765 à 1791, le soin de tracer sur ces ruines la Place-Royale. Les deux portiques construits sur cette place près la rue de Namur et les grilles du Parc, ainsi que de plusieurs hôtels particuliers, entre autres celui du comte de Vellham, sont l’œuvre de Guimard, comme aussi l’église de Saint-Jacques sur Caudenberg dont le plan fut approuvé par Montoyer, alors architecte de la Cour. Cet édifice construit de
1773 à 1783 est pauvre de style, malgré sa façade composée d’un portique formé de deux colonnes corinthiennes surmontées d’un fronton triangulaire et d’une petite tour simulant un dôme.
L’église de l’abbaye de Vlerbeck, à Louvain date de 1790 et est due au talent de Laurent-Benoît De Wez, né en 1731, au Petit Rechain, près Verviers. Après avoir parcouru non seulement la France, l'Italie, l’Allemagne, mais encore la Syrie et l’Egypte, De Wez rentra en Flandre en 1 T00 et fut nommé architecte du prince Charles de Lorraine, pour lequel il construisit, à Bruxelles, la rotonde du palais. Auteur, en 1760, de la nouvelle façade de la bibliothèque de l’Université, rue du Vieux- Marché à Louvain (faisant suite aux bâtiments de l’ancien hôtel du cardinal Granvelle, élevé au xvie siècle par l’architecte Van Noyé), il donna les plans du phare d’Ostende(1772)et de la prison de Wilvordc en 1777 ; mais un différend qu’il eut avec les étals de Brabant à propos de la construction de cette prison, rompit ses attaches officielles et il fut, dès lors, occupé par le haut clergé, les abbayes et la noblesse. « Ses constructions furent irréprochables, mais une sorte de fatalité semble s'être attachée à ses œuvres, qui pour la plupart, ont disparu... » De Wez fut le plus grand architecte des Pays-Bas au xviiie siècle; il réagit d’une façon décisive contre l’abus des rocailles et fut l’un des précurseurs de la seconde Renaissance (improprement appelée style Louis XVI). Il compta pour élèves Payen (l’aîné), Montoyer, Carpentier, Nivois, Malgan, Van de Kerckhove (Barthélemy), Jazaret Loquifer, et mourut à Grand-Bigard (Brabant) en 1812.
La ville de Gand éprouva, vers le même temps, le besoin d’édifier une maison de détention conforme aux idées de l’époque et chargeaT’Kindtd’endresser les planset d’ensuivrelaconstruction (1772), mais nous ne connaissons pas les autres œuvres de cet architecte, surtout décorateur, comme Noter Metsys et Baurscheidt qui fut cependant l’architecte du Palais du Roi à Anvers.
Très peu d’édifices civils de cette époque sont à signaler à Bruxelles. On refait, après l’incendie du 4 février 1731, la chapelle du nouveau palais bâti sur l’emplacement de l’ancien hôtel de Nassau (1760) qui servit longtemps de musée ; architecte : Johann Folte ou Faulte de Vienne, architecte de la Cour du prince Charles en 1766, dont la vie nous est inconnue et l’hôtel d’Arenberg, édifice du xvf siècle, qui eut à cette époque