CHAPITRE XIII
Dussieux dit avec raison, pour expliquer la rareté des édifices élevés en Suisse de i 500 à 1700 : « Le calvinisme détruisit à Genève l’étude et le goût des beaux-arts qui disparurent promptement devant des lois somptuaires 1res rigoureuses, destinées à maintenir la simplicité des mœurs républicaines et devant un culte qui avait rompu avec toutes les traditions du catholicisme
si favorable aux arts du dessin » Jusqu’au xvm' siècle, les
mœurs et la législation de la République contrarièrent également le développement des beaux-arts, car de 1704, année
pendant laquelle on proposa l’établissement d’une école de dessin linéaire jusqu’en 1750 que cette école fut établie, les conseils s’opposèrent à toute création de ce genre ».
Aussi est-ce à des architectes étrangers que les Suisses durent s’adresser, pendant la première moitié du xvm0 siècle, lorsqu’ils voulurent établir, dans leur pays, un édifice ou même simplement une maison présentant les conditions ordinaires de confort et d’élégance. Parmi eux, nous citerons en premier lieu l’architecte français Venues qui construisit, de 1707 à 1712, l’hôpital général à Genève, dont la façade principale est dans le style de Mansart : L’hôtel de ville de Genève et le temple de la Fusterie, inauguré en 1715, qui sont aussi de Vennes, n’ont rien de monumental. Au contraire, la maison Buisson (de Genève) dont il fut l’architecte est fort supérieure à toutes celles qu’on avait vues en Suisse jusqu’alors. La maison Lullin (demeure de Saussure ou présentée comme telle par Dussieux) est également l’œuvre d’un architecte français, Abeille, déjà connu du lecteur comme s’étant distingué parles travaux d’agrandissement du port de Celle et par une étude curieuse de la construction des voûtes plates en maçonnerie, qui ne semble pas être passée dans la pratique. Nous n’avons d’ailleurs aucun document sur la naissance et la mort d’ Abeille.
C’est sur les dessins de l’architecte français Antoine que la Monnaie, l’orphelinat et la bibliothèque de Berne ont été construits; pourtant Berne doit à des architectes suisses la plupart de ses édifices publics élevés pendant les xvif et xvm0 siècles. Nous citerons Nicolas Schildknecht qui jeta, en 1722, les fondements de l’église protestante du Saint-Esprit ou de l’Hôpital, dans la rue de ce nom. L’édifice, inauguré le 6 novembre 1 729, d’excellentes proportions, est orné d’une façade à trois ouvertures séparées
LES ARCHITECTES PAll LEURS ŒUVRES.
par des chambranles de marbre noir veiné et de quatre colonnes monolithes d’ordre corinthien surmontées d’un fronton et d’une tour carrée. Les quatorze colonnes qui supportent la voûte de la nef sont aussi d’ordre corinthien. Le grand hôpital commencé en 1734 et achevé en 1742, sur les dessins de l’architecte français Abeille, fut également élevé par Schildknecht et son collaborateur appelé Lutz. L’hôpital de bile avait été construit sur l’emplacement d’un ancien couvent incendié en 1405 ; atleinl une seconde fois par le feu en 1 713 il a été rebâti, de 1718 à 1724, sur les plans de l’architecte Bar de Breyenz assisté de Abram Düntz, tous deux architectes aussi, de 1711 à 1716, du « grand grenier » (. Kernhaus ) alors dépendance de l’hôpital. L’hôtel de Stif où sont les bureaux du trésorier et des Avoyers du canton de Berne est surtout remarquable par la bonne disposition des appartements. Il eut pour architecte Stürler, auquel on doit également la barrière de Morat et, pour constructeurs, Lutz et Zehender, de 1745 à 1748.
L’architecte Osterrieth, qui dirigea la construction de la Monnaie, sur les [dans d’Antoine, éleva la barrière d’Aarberg qui remplaçait une œuvre de maçonnerie très ancienne; l’hôtel de la Monnaie, à Berne, comprend une façade flanquée de deux pavillons dont l’un renferme les aleliers de la Monnaie. De Osterrieth est aussi la prison des forçais, élevée d’après le plan (d’abord rejeté) d’Abeille vers 1725. Auprès de celle des hôpitaux que nous avons cités, il est juste de meniionner la construction, de 1783 à 1786, par les architectes Imhof père et fils, sous la direction de Zehender, de la « Maison des orphelins » siluée à l’extrémité septentrionale de la place de l’Arsenal.
L’hôtel de l’Ambassade de France, adossé à une terrasse spacieuse de laquelle on a un magnifique point de vue sur l’Obeland et la chaîne des Alpes, date de 1752 et fut construit par un des avoyers d’Erlach, mais ce ne fut cependant qu’en 1800 que les administrateurs de la ville de Berne, reconnaissant la nécessité de fournir à leurs élèves des modèles d’une grande pureté de style, ont adopté le projet d’un Musée où seraient mis à leur disposition les moulages des plus beaux morceaux de la sculpture antique et l’architecte Haller a élé chargé d’en élever la conslruction vers le commencement du xvnr siècle.