‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 18 sur 232 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

architectes Biard et Chêneau; mais en 1514, alors qu’elle ne s’élevait encore qu’à la corniche supérieure du portail, les deux artistes se retiraient et étaient remplacés par Guillaume Pellevoisin, né en 1477, leur aide , qui devint alors le « maître maçon » en titre de la cathédrale. L’œuvre de ces trois architectes ne se borna pas d’ailleurs à la reconstruction de la Tour de beurre ; Biard, en 1499, organisait la réfection du pont Notre- Dame à Paris et surveillait la construction des châteaux de Vertpré, de Blois, d’Amboise et de Gaillon que faisait élever alors le cardinal d’Amboise. Chêneau était l’architecte de la cathédrale d’Aucli, comme nous venons de le dire et Pellevoisin était déjà connu comme architecte de l’Hôtel-Dieu et de l’église Notre-Dame de Bourges, autrefois Saint-Pierre-du-Marché. On adjoignit bientôt à Pellevoisin Jacques Beaufils qui était déjà inspecteur (avec Jean Belyveau, né en 1497), des travaux de la cathédrale et les livres de la fabrique leur donnent pour successeur, en 1550, Eugène Bernard. C’est vers cette époque que fut achevée l’œuvre de Biard et de Chêneau, atteignant une hauteur de 73 mètres et c’est quelques années après, en 1504, que Belyveau reconstruisait la Maison des Pestiférés de Bourges et, commençait l’Hôtel de ville. L’autre tour de la cathédrale de Bourges dite Vieille tour ou Tour sourde n’a que 53 mètres de hauteur et fut construite en même temps que le corps de l’édifice, c’est-à-dire pendant les xme et xive siècles.

La cathédrale de Bourges, dont nous ne connaissons malheureusement pas l’architecte, ne fut point bâtie en croix comme la plupart des édifices religieux du moyen âge. Son plan est celui de la basilique terminée par une abside semi-circulaire. Elle présente cinq nefs, sans transept, une longueur de 116 mètres, une largeur de 41 mètresjavec 37m,50 sous clef de voûte dans sa plus grande hauteur. Chacune des cinq nefs a des combles, des voûtes et des fenêtres qui lui sont propres. « Tout l’édifice repose sur 60 piliers formés chacun d’un faisceau de colonnettes dont la hauteur, de la base au chapiteau, est de 18 mètres. L’extérieur de l’édifice est d’une extrême simplicité : murs lisses et sans ornements; une galerie bordée d’une balustrade à jour règne seule autour du grand comble. Le portail du côté ouest présentant une masse de 55 mètres de largeur est percé de cinq portes correspondant aux cinq nefs; les parois latérales de ces

cinq portes disparaissent d’ailleurs sous les dais, les niches et les statues et la rosace qui a 9 mètres de diamètre est d’une délicatesse de sculpture remarquable. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit des deux tours qui accompagnent la façade principale ; ce qu’on peut reprocher à l’édifice même, c’est que les piles de la grande nef paraissent démesurément longues, les fenêtres courtes, les galeries du triforium écrasées et le premier collatéral hors de proportion avec le second. Les chapelles du chevet, au nombre de cinq, semblent n’être pas entrées dans le plan de l’architecte primitif ; elles sont petites, assises en encorbellement sur les contreforts qui séparent les fenêtres des cryptes et couronnées extérieurement d’un toit octogone et pyramidal en pierre affectant la forme d’un clocheton. » Ne quittons pas Bourges sans parler d’un autre édifice, élevé au commencement du xvie siècle (de 1527 à 1528), l’École des lois et décrets dont l’architecte a été François Mellynon ou Mérignon ainsi que des travaux exécutés à l’Hôtel de ville par Gargault et Lejuge, de 1622 à 1623, c’est-à-dire une galerie et un étage à la tour.

La cathédrale de Sens subit aussi quelques modifications ou augmentations vers cette même époque. C’étaient Cardin Guérard et son successeur Gaudinet ou Godinet qui, en 1537, construisaient les basses voûtes vers la chapelle de Sainte Croix et achevaient la Tour de pierre avec sa lanterne; puis, en 1551, Estienne qui allongeait la chapelle Saint-Jean et y faisait poser trois grandes verrières. On attribue aussi à Gaudinet, le bâtiment archiépiscopal de Sens.

En Normandie, c’est Nicolas Duchemin(l) qui est chargé, en 1574, de la construction de l’église Notre-Dame du Havre. La part de Duchemin dans la construction de l’édifice ne nous est pas révélée par les documents du temps ; il n’en est pas de même en ce qui concerne celle d’Étienne Hallingues qui éleva les basses nefs, les chapelles et les portails latéraux. Les successeurs de ces deux architectes ont été : Pierre Legenepvois de Rouen, Lucas Gueronnel qui succéda à ce dernier en 1619 et Marc Robelin, architecte de Paris, qui vint achever

(1) Sur l'un des piliers est cette épitaphe : « Ci-git le corps d'honnête homme Nicolas Duchemin maître maçon qui commença le batiment de ce temple en 1 57 4 ET CONTINUA ICELY JUSQü’a SON DÉCÈS ARRIVÉ LE MARDI 5 MAI DE L’ANNÉE \ 598. »

Page 1