CHAPITRE XIV
édifice fort bien conçu, sobre d’ornements avec des escaliers et des dégagements bien disposés. Ajoutons qu’à ses connaissances en mathématiques, Artiga joignait le goût de la poésie et écrivit même une comédie intitulée : la Conquête de Haesca et la Bataille d' Alcoraz.W mourut en 1711. Nous avons esquissé plus haut la biographie de Aldegüela, l’architecte de l'église des Jésuites de Teruel et de plusieurs autres; mais une œuvre considérable de cet architecte fut assurément l’aqueduc de Malaga, qui prend l’eau à 9 kilomètres de cette ville et nécessita une quantité de ponts, notamment celui de Ronda sur le Tage. L’Espagne doit aussi à Aldegüela l’aqueduc de Ronda et la réédification de celui deLoja.
Ingénieurs également, Francisco de Potes et Pedro de Yelasco, déjà mentionnés comme architectes de l’Alcazar de Grenade, qui élèvent le môle et les fortifications de Gilbraltar (1628); Philippe de Busignac de Bourbon, un Français, qui après la réparation du pont sur l’Èbre, près de Saragosse, proposa les travaux nécessaires pour rendre ce fleuve navigable jusqu’à la mer (1); Juan Ferrier, qui dirigea les travaux de la forteresse de Pampelune et de l’aqueduc qui amène les eaux de Morlanos à Saint-Sébastien; enfin, D. Ramon Pignatelli, chanoine de Saragosse, membre de l’Académie de San Fernando, qui en 1771, construisit le canal de Saragosse ou de l’Aragon et mourut à Saragosse en 1793.
Dans le Nouveau Monde, aux grands travaux exécutés par Bautisla Antonelli, Beurra, etc., succèdent les travaux plus modestes de Juan Bautista Antonelli, fils de Bautista, ingénieur des Indes, qui, de 1632 à 1649, date de sa mort, fortifia la Havane, Carthagène, Panama, Puerlo-Cabello, Araya, Puerto-Rico, Santiago de Cuba et Carthagène.
En Portugal, pendant le xvn° siècle, nous n’avons guère à signaler, comme œuvre importante, que le palais de Mafra, une imitation rapelissée de l’Escurial. Les grandes conceptions architecturales d’Evora et de Balalha sont terminées, quoiqu’on y fasse encore de loin en loin des additions qui les défigurent, et il nous faut attendre le tremblement de terre de 1755, dont une
(I) La pauvreté du Trésor public ne lui permit pas de réaliser ce projet.
des conséquences naturelles fut la reconstruction d’une partie des édifices qui avaient péri dans la catastrophe; un petit nombre d’entre eux seulement, il faut le dire, mérite d’être classé parmi les œuvres architecturales de premier ordre : il n’y a guère à citer, à ce titre, que le'palais d’Ajudaet le théâtre Saint-Charles. Le mouvement de reconstruction dans les provinces frappées parle sinistre se continue d’ailleurs pendant le xixe siècle dont les architectes feront l’objet d’une étude séparée.
Les premiers noms que nous rencontrons, d’après les documents portugais du xvne siècle, sont ceux d’artistes dont il nous est impossible de citer les œuvres : Francesco Fernandez, maître des travaux de la ville de Coïmbre en 1009 (peut-être le même que Hernandesde Torres auquel on doit la fontaine qui orne le « patio » du monastère de Tliomar) ; Luis de Frias, fils de Nicolas qui obtint en 1010, puis en 1620, l’emploi d’architecte des palais royaux; Francesco da Silva (mort en 1669) qui succéda à de Frias, et Juan Autunes désigné, après Silva Tinoco, comme architecte de la maison royale, à partir du 18 juillet 1669; enfin Mateo do Couto qui réunit dans un grand in-folio existant aux archives royales tous les édifices de l’Inquisition en Portugal et dans les Indes, « livre commandé par Ferdinand de Castro, évêque et grand inquisiteur ». Cet ouvrage porte la date de 1634 et il est impossible que Mateo, architecte alors de l’Inquisition, n’ait pas travaillé à quelques-uns de ces édifices. Nous serons plus heureux avec Diégo Marques qui, suivant le « Patriarche », était alors architecte du roi et lit plusieurs plans pour des couvents : entre autres pour celui de Saint-Benoît de Victoria, ainsi que les plans du collège de Coïmbre, avec frère Jean Turriano, fils de Léonard de Lissabon. Celui-ci obtint, à la mort de Felipe Terzo, la place d’architecte en chef, entra dans l’ordre des bénédictins en 1649, à l’âge de dix-huit ans, fut professeur de mathématiques à l’Université de Coïmbre et fit la construction, des chapelles principales ainsi que des cathédrales de Vizen et de Lieica. Au moment de sa mort arrivée en 1679, Turriano dirigeait les travaux du monastère d’Alcobaça et de presque toutes les fortifications du royaume de Portugal.
L’archilecte Benoît da Ravèno fut employé à for I i fier Ceuta, vers le même temps, que Emmanuel da Costa, le premier d’une nombreuse famille d’architectes portugais, était promu
WElMCESLAS COEBERGER