CHAPITRE XV
La mosquée de MossouJ, petite ville au pied des montagnes des Kurdes, est loin d'avoir l’élégance des édifices que nous venons de citer. Lourdes et tristes sont les murailles qui l’entourent, crénelées comme celles d’une forteresse, et les coupoles qui la couronnent; seuls les trois minarels de la mosquée rappellent un peu ceux de Bagdad.
Au nord duDekkan, que nos explorateurs européens ont souvent visité, la région bornée par l’Hymalaya, le Bramapoutre et l’Indus est restée (sauf le Bengale conquis par l’Angleterre) le lieu d’élection des derniers représentants des races hindoues et, malgré les envahissements successifs de cette région par les Grecs, les Mongols et les Tartares, elle renferme encore un grand nombre d’édifices de style hindou suffisamment conservés pour qu’il soit possible d’en apprécier le caractère architectural : tels sont les temples souterrains d’Ellora que nous avons décrits dans le volume précédent et les grottes de la vallée d’Adjuntah. Voici maintenant quelques édifices dont l’architecture est constituée par le mélange de l’ancien style hindou avec le sytle des Arabes, vainqueurs de la région.
La grande mosquée de Sirldiej, dans le Guzarate, est entourée d’un mur épais, percé de loin en loin par des fenêtres ayant l’apparence de meurtrières. Dans une première cour, précédée d’un porche d’entrée assis sur des piliers carrés et surmonté d’une « loggia » dans le goût chinois, sont rangées des chapelles funéraires entourées de grilles de pierre ciselée à jour; la seconde est la mosquée dont le centre est occupé par un lourd édifice musulman surmonté d’un dôme doré.
Le palais du Maha Bana d’Oudeypour, bien que construit suivant les traditions observées par les architectes des rajahs, c’est-à-dire sur une terrasse soutenue par un mur épais sans autres ouvertures que la porte d’entrée principale et celles qui sont réservées à la nombreuse suite du prince, n’en offre pas moins un ensemble merveilleux en même temps que majestueux. Il nous serait difficile de décrire celte architecture dont ni l’Europe, ni l’Afrique ne possèdent de spécimen. Nous oserons dire pourtant à nos lecteurs que la silhouette extérieure de l’un de nos premiers châteaux de la Benaissance, leur rappellerait (de fort loin sans doute), l’aspect du palais d’Oudeypour.
Substituez le marbre à la pierre, doublez ou triplez le nombre des pavillons et lerminez-les par de gracieuses coupoles étincelant au soleil, festonnez les arcades des fenêtres et des portes, couvrez les chambranles, les bandeaux et les corniches d’arabesques et de ces ornements que seul peut rêver le génie capricieux de l’Hindou, vous pourrez peut être alors vous faire une idée de l’impression que vous ressentiriez à la vue de ce palais du plus vénéré des rajahs. L’intérieur répond à l’extérieur. Des galeries, formées de trois rangs superposés d’arcades fouillées et ciselées comme des objets d’orfèvrerie, régnent le long des façades donnant sur la cour d’honneur. La porte d’entrée intérieure rappelle par sa forme et son ornementation la magnifique porte du palais d’ispaban; une pente très adoucie conduit du sol de la cour à cette porte dont l’entrée est interdite, d’ailleurs, à tous autres qu’aux domestiques et aux officiers du rajah.
Le palais du Grand Mogol à Delhi ou fort Shah Jehan, est un édifice bien postérieur en date à ceux que nous venons de citer, puisqu’il ne fut terminé qu’en 1648 : il présente cependant tous les caractères des constructions arabes des xne et xme siècles et les ouvriers qui y ont travaillé, avaient certainement l’habileté de main de ceux des khalifes. Mais on ne saurait le considérer, précisément à raison de sa date d’origine, que comme un pastiche des grandes œuvres architecturales créées par les premiers successeurs de Mahomet.
Le célèbre mausolée Tdclj Mahal , à Agra, pour la construction duquel, d’après le docteur Gustave Le Bon, un concours fut ouvert, en 1631, entre tous les architectes de l’Orient, est l’œuvre d’un Français, l’architecte Austin de Bordeuse, dont nous ne pouvons donner que le nom. Dans son ouvrage sur l’Inde, M. Stockler en donne la description suivante que nous demandons la permission de reproduire ici :
« Le plus beau monument de l’Hindouslan est sans contredit le Tadj Mahal, superbe mansolée élevé près d’Agra et construit par les ordres de l’empereur du Mogol Djihangire, à la mémoire de sa reine de beauté, Noor Jehan, qu’on appelait « la lumière du monde ». Le dessin fut tracé par Austin de Bordeuse, Français de talent, au mérite duquel l’empereur accordait la plus entière confiance. Il coûla 3 174 805 livres sterling et occupa 20 000 ouvriers et architectes pendant un espace de vingt-deux ans.