CHAPITRE XV
L’édifice occupe le côté nord d’un vaste quadrangle et domine la Jumna, dans les eaux de laquelle il se mire. Un mur de grès rouge, très êjevé, ferme les trois autres côtés. On pénètre dans cette enceinte par une porle magnifique, placée au sud, juste en face de la tombe. A l’est et à l’ouest, on voit d’admirables mosquées, identiquement semblables, dont la façade est tournée vers le centre du quadrangle. Celle de gauche est la seule dont on puisse faire usage comme temple, parce qu’il faut que les personnes qui composent l’assemblée aient pendant leurs prières, de môme que tous les mahométans, les regards dirigés vers la tombe de leur Prophète, c’est-à-dire vers l’ouest. La mosquée qu’on remarque à l’est n’a donc été érigée que pour la symétrie et pour correspondre à l’autre. L’arène entière est divisée en parterres carrés, au milieu desquels s’élèvent quelques arbrisseaux qu’entourent des fleurs, tandis que des cyprès forment des avenues de presque tous les sentiers. Ces allées sont pavées en dalles de pierre de taille, et sont divisées par un canal, au centre duquel jaillissent des rangées de jets d’eau, qui les parcourent d’un bout à l’autre. Le quadrangle a 964 pieds de l’est à l’ouest et 329 du nord au sud. Quant au mausolée, il est, ainsi que le piédestal sur lequel il est placé, la terrasse et les minarets, du marbre blanc le plus pur, incrusté de pierres précieuses. Les murs, de grès rouge, sont surmontés de coupoles et ornés de pilastres également en marbre blanc ou d’une composition pierreuse qui imite le marbre... »
Un palais non moins célèbre est celui d’Amber. Dans un vaste pavillon formant avant-corps s’ouvre la grande porte du palais réservé au roi. Cette porte est accompagnée de deux arcades beaucoup plus pelites au-dessus desquelles s’ouvrent deux larges baies. Un second étage, partie en « loggia », partie formée de légers tchatris , couronné de trois coupoles surbaissées, terminé cet avant-corps. Nous pensons qu’il est impossible de faire comprendre autrement que par le dessin, la richesse d’orneè mentation de cette façade de marbres précieux, taillée, ciselée, fouillée et couverte de mosaïques à ce point qu’on ne saurait y appliquer la main sans rencontrer un ornement ou une fleur. Les grillages de marbre qui ferment les fenêtres sont exécutés avec une telle délicatesse qu’ils simulent, à une petite distance, des rideaux de dentelle. On arrive à la porte monumentale
par un vaste perron de sept marches. L’ornementation, du reste, de la façade du palais rappelle celle du pavillon d’entrée. La grande salle du Dewakhan , recouverte d’une haute voûte supportée par un double rang de colonnes en grès rouge, est fermée du côté du lac qui baigne les murs du palais; sur les chapiteaux des colonnes sont sculptés des éléphants qui soutiennent avec leur trompe l’auvent en pierre qui descend de la corniche. Dans tout le palais, se rencontrent des voûtes qui rappellent par leurs dentelures ruchées les plus beaux pendentifs arabes. Les autres pavillons qui servent de résidence au rajah sont également tapissés, du plancher à la voûte, d’incrustations dorées et de mosaïques tapissées de pierres polies: agates, turquoises, etc., qui étincellent comme des diamants sous les rayons du soleil de l’Inde.
Après cette description si imparfaite, nous nous contenterons de citer le mausolée du rajah Buktawur à Ulwur, véritable mosquée à laquelle manquent seulement des minarets et les temples du roi, assemblage féerique de pavillons de marbre blanc entourés de galeries, dont l’intérieur est orné, non seulement d’incrustations en verre étamé, mais aussi de fresques très curieuses représentant des scènes de la mythologie hindoue.
Mentionnons encore le pavillon du Dewani Khan, à Digh, avec son double portique formé d’arcades ogivales dentelées, supportées par des colonnes sculptées, cannelées, ornées de perles et de feuillage et d’une forme particulière que le génie hindou pouvait seul inventer et le palais de Birsing-Deo couronnant superbement une terre couverte de maisons et de jardins.
Nous avons parlé un peu plus haut du « Tàdj-Mahal » d’Agra, élevé sur les dessins du Français Austin de Bordeuse; le palais de Dourjun-Sal à Rhuripore, voisin d’Agra, le palais de la sultane et les tombeaux des grands du pays, semblent misérables à côté des splendeurs de cet édifice. La mosquée de la Dourgah, à Futtebpore, avec sa porte monumentale accompagnée de galeries extérieures déroge aux traditions musulmanes; quant au palais des rois de Gwalior, il n’est à mentionner que parce qu’on y retrouve une partie de l’ancien palais des rois Vaïchnavas aux épaisses murailles percées d’ouvertures triangulaires dont le plan rappelle les corridors des temples mexicains. Dans le royaume de Chutterpore, le palais royal ou Rajmahal, malgré ses cou-
Rosmâster. ge
FRIED. WIL. von ERDMANNSDORFF