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CHAPITRE

Les édifices civils élevés par les premiers architectes français de la Renaissance, imitateurs de i’antiquitc grecque et romaine, présentent un caractère absolu d’originalité. — Châteaux de Gaillon, d’Amboise, de Blois, de Chambord, etc. — Le château de Fontainebleau, œuvre de Renaissance italienne, est créé par des artistes italiens.

Nous consacrons le présent chapitre et une partie du suivant à l’histoire des châteaux royaux construils en France, pendant le xvf siècle, sous le souffle inspirateur de la Renaissance, par des artistes qui tinrent lous à conserver leur individualité, tout en substituant aux errements de leurs prédécesseurs en architecture les principes de l’antiquité grecque ou romaine.

Nous poursuivrons ensuite l’étude des œuvres architecturales diverses des xvf et xvne siècles : palais, châteaux, hôtels de ville, etc. Le nombre en est considérable et, naturellement, les noms de leurs auteurs ne sont pas tous connus, tant s’en faut. Donc, dans bien des cas, force nous sera de livrer à nos lecteurs une notice incomplète et de laisser à d’autres, plus heureux, le soin de combler nos lacunes involontaires.

C’est dans un édifice profane seul que l’influence de la Renaissance en architecture pouvait se montrer tout entière. L’architecte du château de Gaillon eut le bonheur de trouver dans le cardinal Georges d’Amboise, alors archevêque de Rouen, la volonté et le sentiment artistique d’un homme supérieur réunis aux moyens de se faire comprendre et obéir. « Gaillon est une petite ville, voisine de la Seine, qui possédait, sous Philippe-Auguste, une forteresse que saint Louis donna aux archevêques de Rouen à titre de seigneurie. En 1424, le château fut détruit puis relevé, de 1456 à 1463, par un architecte nommé Jean Quesnel de Rouen, mais le cardinal Georges d’Amboise, trouvant trop modeste la demeure de son prédécesseur, résolut de la réédifier sur un plan nouveau et d’en faire une des plus somptueuses rési-

dences qu’on pût voir à cette époque. La direction des travaux fut confiée probablement à Fra Giocondo (1), bien que son nom ne paraisse pas dans les comptes de Gaillon ; mais on sait que cet architecte célèbre, qui fut associé à Raphaël et à San Gallo pour continuer Saint-Pierre de Rome, jouissait à la cour de France d’une grande faveur et qu’il fut chargé de travaux importants par le roi Louis XII.

Nous connaissons du moins avec certitude les artistes français qui prirent part à la construction de ce premier spécimen, en France, de l’art de la Renaissance. C’est d’abord Pierre Delorme qui, de 1506 à 1508, construisit un des quatre côtés de la cour centrale, bâtiment qui porta longtemps le nom de cet architecte puis répara le vieux corps d’hôtel commencé sur l’ordre du cardinal d’Estourville et éleva ensuite le pavillon carré, dit le Portail Neuf qui conduisait à la grande cour. Il fit le laïus du fossé et le jeu de paume ainsi que les croisées du pavillon du jardin. La grande galerie, les « portes du pavillon, et les cabinets du jardin » sont l’œuvre de Jean Gaudars, mentionné dans les comptes de Gaillon à la date de 1507. La chapelle et les cuisines, ainsi que le grand escalier conduisant à la chapelle, sont celle de Pierre Fain (1507-1508), que Georges d’Amboise avait déjà employé aux travaux du palais archiépiscopal et à l’abbaye de Saint-Ouen. JeanFouquetet GuillaumeSenaultsontmentionnés, en 1508, comme architectes du château de Gaillon, sans indication des travaux qu’ils y exécutèrent, et enfin, à la date du 20 avril 1 509, Martin Arrault (plutôt entrepreneur qu’architecte) traite, avec le prothe notaire de l’Isle, de la taille et du polissage des dalles destinées au pavage de la grande cour du château.

L’édifice se composait alors de quatre corps de logis d’égale hauteur, entourant une cour au milieu de laquelle était placée une fontaine de marbre à vasques superposées. Le rez-de-chaussée était formé par une galerie composée d’arcades cintrées interrompues par des pendentifs; le premier étage, était éclairé par des fenêtres carrées, ornées de chaque côté de pilastres avec bases, chapiteaux et entablements à la manière italienne. Toute l’ornementation était empruntée à l’art gréco-romain et ce qui caractérisait surtout le genre décoratif nouveau était le mélange, la

(1) Voir vol. précédent.

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