‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 22 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

combinaison fantaisiste des êtres animés et des végétaux avec les créations de l’imagination pure des artistes, sans autre règle que leur caprice. Raphaël et Michel-Ange, dans la peinture et dans la sculpture, n’avaient pas hésité à consacrer ce mode de décoration inconnu jusqu’alors; il n’v arien d’élonnant à ce qu’il se trouvât, en France, des imitateurs de ces grands génies. Mais, à côté de ces emprunts faits à la Renaissance, nos architectes n’en conservèrent pas moins, à Gaillon, les colonnettes effilées et les pendentifs refouillés de l’art ogival, caractérisant ainsi celle époque de transition entre les deux architectures qui commença avec le règne de Louis XII. Un des portiques, œuvre de Pierre Fain, a été sauvé de la démolition du château de Gaillon, accomplie en 1796 : il nous permet de juger l’œuvre de Pierre Delorme et de ses collaborateurs. Nous reconnaissons d’ailleurs, dans la partie de l’hôtel de Cluny bâtie au commencement du xvic siècle par Jacques d’Amboise, frère du cardinal, les mêmes emprunts à l’art de la Renaissance, quoique beaucoup moins accusés; nous les retrouvons également dans le château du Verger, commune de Leiches, sur la rive gauche du Loir et dans l’hôtel d’Anjou, à Angers, construit, vers 1533, par Jean de Lespine, élève de Philibert De l’Orme dont nous parlerons tout à l’heure. C’est De Lespine qui construisit, en 1554, la coupole ou plutôt la tour Saint-Maurice, élevée entre les deux flèches de la cathédrale d’Angers, le clocher de la Trinité et l’un des côtés de l’hopilal Saint-Jean. La maison du Pontd’Amour, à Reauvais, œuvre de l’architecte Petit, en 1562, accuse également le progrès, en France, dès cette époque, de l’art de la Renaissance.

Pendant que Georges d’Amboise faisait bâtir le château de Gaillon, Charles VIH, qui affectionnait particulièrement Amboise, décidait la reconstruction de l’ancienne demeure royale et appelait en France, disent les auteurs, les artistes italiens qui devaient réaliser son projet. Il avait aussi donné ordre de lui envoyer tout ce que le sol de l’Italie renfermait de marbres précieux pour embellir sa résidence, mais la mort vint l’y surprendre alors que l’exécution en était à peine commencée. On peut se former une idée du plan qu’avait conçu l’architecte, en voyant la chapelle et les deux grosses tours qui conduisaient, suivant une pente savamment calculée, à la grande cour du châ-

teau, au moyen d’une voûte de belles proportions qui appuie ses arceaux sur des têtes humaines réunies en groupe; mais on peut aussi comprendre, à cette vue, quelle influence exerçaient sur lui les traditions de l’art ogival qu’il voulait combattre avec l’appui du roi lui-même. La porte principale du château, dans la décoration de laquelle a mis son empreinte l’art de la Renaissance, est ogivale et la chapelle est un gracieux spécimen du gothique fleuri; enfin les souterrains percés dans le roc et formant un labyrinthe inextricable ainsi que les fossés et les murs crénelés qui défendent les approches du château complétaient l’ensemble de cette demeure, réminiscence des châteaux du moyen âge. Louis XII avait une prédilection marquée pour le château de Blois où il était né, et, peu de temps après son avènement, il entreprit de le faire reconstruire tout de neuf et tant somptueux que bien sembla œuvre de roy, dit Jean d’Aulon. Le palais « carré » fut conservé et on commença les travaux par la partie orientale; cette portion, qui subsiste encore, forme l’entrée principale du château. Nous ne pouvons mieux faire que d’emprunter la description des constructions élevées à Blois, par Louis XII, aux Archives des monuments historiques. « Les premières assises sont de pierre dure, le reste est de briques, à l’exception des chaînes, des pilastres, des chambranles, des croisées, de l’entablement et des grandes lucarnes qui sont en pierre de taille. L’entablement est surmonté d’un balcon de pierre travaillée à jour. Deux des fenêtres qui regardent l’avantcour du château sont renfoncées en manière de niches et ornées d’un balcon de pierre sculptée; des semis de fleurs de lis de France sur champ d’azur et des mouchetures d’hermines de Bretagne sur champ d’argent sont sculptés et peints sur les embrasures de ces fenêtres... Les retombées de l’encadrement supérieur des fenêtres sont supportées par de petites figures délicatement ciselées. Les chiffres et les armes de Louis XII et d’Anne de Bretagne sont sculptés aux pignons des lucarnes sur des écussons soutenus par des anges. La porte principale du château est décorée de deux colonnes engagées dont les fûts sont ornés de meneaux quadrillés renfermant des rosaces (qui furent effacées en 1 793 à titre de fleurs de lis). A côté de la grande porte est une ouverture plus petite, au fronton de laquelle on a replacé le porc-épic, emblème de la famille d’Orléans. Au-dessus

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