CHAPITRE III
de la porte principale, sous un dais admirablement travaillé, une niche contient une statue équestre de Louis XII en pierre. A l’intérieur de la cour, l’aile élevée par le monarque est composée d’un portique à rez-de-chaussée formé d’arcades à cintres surbaissés, supportées par des colonnes cylindriques et à pans, couverts d’arabesques; puis, au-dessus, un premier étage à fenêtres carrées divisées en croix par des meneaux. Un second étage composé de lucarnes, se détachant sur un comble très aigu, termine l’ordonnance de ce bâtiment. A son extrémité s’élève un pavillon contenant le grand escalier. Le noyau du grand escalier, très riche de décoration, est surmonté d’une couronne royale d’où s’élancent des nervures qui viennent retomber sur des colonnes à fût brisé d’un effet disgracieux. » Disons cntin que la chapelle et plusieurs parties de la Salle des Etats, telles que les voûtes en bois et la porte du grand escalier présentent également des traces manifestes du style élégant et de la décoration délicate qui signalent toutes les œuvres architecturales du règne de Louis XII. Les points nombreux de ressemblance qu’on rencontre entre le caractère des constructions du château de Blois à celte époque et celui du château de Gaillon les ont fait attribuer également à Fra Giocondo; mais les comptes de Gaillon nous apprennent que ces travaux de Blois ordonnés par Louis XII furent dirigés au moins en partie par Colin Briard l’architecte de la Tour Neuve, à Bourges.
Louis XII mort, François Ier continua l’œuvre commencée à Blois. « L’ordonnance de l’aile de François Ier, du côté de la cour, paraît avoir inspiré le château de Chambord; la façade se compose de trois ordres : le premier en soubassement, d’un goût simple et sévère, fait ressortir merveilleusement la richesse de ceux qui le surmontent et dont les fenêtres à double croix sont décorées de pilastres brodés de fines arabesques et séparées par des trumeaux ornés de salamandres colossales (1). La corniche, à coquilles, très chargée d’ornements, supporte une terrasse étroite bordée de balustres qui sont formés des lettres F et G couronnées, entrelacées de la cordelière de Bretagne et séparés de distance en distance par des candélabres dans le goût antique.
(I) On sait que la salamandre vomissant des flammes, emblème favori de François Ier et qui se trouve sur toutes les constructions de son règne, était accompagnée de la devise : Nulrio et exslinguo.
Les lucarnes qui prennent jour sur la galerie sonl aussi riches comme décoration et d’un goût bien plus relevé qu’à Chambord. Leurs pinacles, accostés de petites figures d’enfant tenant des guirlandes, offrent des niches où l’on a posé des statuettes allégoriques représentant les Saisons, l’Amour, etc. Les cheminées participent de l’élégance de style répandue sur tout l’édifice, composées de briques posées en épi et d’arêtes de pierre; des salamandres grimpent le long des tuyaux couronnés d’une espèce de crénelure, quelques-uns flanqués de fuseaux de pierres, en forme de candélabres. A l’ancien milieu de la façade, dont l’étendue a été diminuée par les constructions de Gaston d’Orléans, se lève un escalier à jour, magnifique dépensée et d’exécution »... Ne pourrait-on conclure de cette description, empruntée par nous à l’un de nos architectes les plus érudits, que Blois est la pièce capitale de l’architecture de la Renaissance française?
L’ordonnance de la façade du nord de l’aile de François I“r est toute différente et plus dans le goût de la Renaissance italienne. Il est aise de voir qu’elle a été construite plus tard que la façade du midi, mais avant 1525 cependant, puisqu’on y remarque encore les emblèmes de la reine Claude employés dans la décoration. En effet, cette façade est plaquée contre une autre qui était dans le même style que celle de la cour et dont on mura les ouvertures du côté du nord. Ce qui doublait ainsi l’épaisseur de l’aile et permettait de faire un lieu de résidence d’un corps de logis qui n’avait dû être d’abord qu’une galerie destinée à réunir la façade de l’ouest à celle de l’est, à peu près comme sont, à Chambord, les ailes qui joignent le donjon à l’enceinte principale. La façade du nord, dans laquelle on reconnaît facilement deux mains différentes est toute de pierre de taille comme celle de la cour, et composée de trois étages, à partir de la salle des États jusqu’à la moitié à peu près de sa longueur. Elle n’en compte ensuite que deux parce que l’architecte qui construisit celte seconde moitié, la première peut-être dans l’ordre des dates, l’a assise sur la crête de l’ancien fossé de la forteresse et sur les fondations mêmes, en sorte que le soubassement de son édifice se trouve à la hauteur du premier étage de l’autre. Les fenêtres des deux étages supérieurs sont ouvertes sur des arcades, formant des espèces de loges prises dans l’épaisseur des murs et revêtues de peintures de couleurs vives et tranchées. Des pilastres