‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 24 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

superposés séparent les loges et quatre balcons de pierre à pans, soutenus par des encorbellements, sont espacés le long de la façade, à la hauteur du deuxième étage. Entre l’entablement et la couverture, règne une galerie ouverte avec balustrade de pierre d’un goût très simple. Des lucarnes devaient s’élever derrière cette galerie, mais il n’a pas été donné suite au projet et le toit amené jusqu’au-dessous de la balustrade est soutenu par de courtes colonnettes appuyées sur des balustres formant ainsi une espèce de solarium dans le goût italien. Leonardo da Vinci fut-il l’architecte du palais restauré ou mieux rebâti par les ordres de François I"? L’histoire est muette à cet égard. Il est probable que les plans du château de Blois lui furent au moins soumis; mais que l’architecte auquel on doit l’œuvre de Blois, a péri étouffé sous le bruit des gloires de l’école italienne et grâce à cette coupable insouciance qui a fait longtemps négliger l’histoire des arts dans notre pays.

Nous sommes plus heureux avec celui de l’artiste de génie qui éleva le château de Chambord et que les recherches de M. Cartier (d’Amboise) ont depuis peu révélées. Pierre Nepveu, dit Trinqueau, naquit à Blois et coopéra certainement d’abord aux travaux d’Amboise, sous Charles VIII et de Blois, sous Louis XII, puis fut l’architecte de Chambord peudant les années 1536 et 1537. Jacques Coqueau (qui probablement était d’Amboise) figure également comme architecte de Chambord à partir de 1538; Jean Gabreau, inscrit aussi dans les comptes de Chambord, n’était peut-être qu’un surveillant des travaux, mais nous avons cru néanmoins devoir le citer à celte place. Chambord est purement français et son créateur resta sous l’influence des habitudes et du goût régnant encore en 1521, époque à laquelle il fut commencé; ce qui caractérise en effet l’œuvre de Pierre Nepveu est justement le style mixte de son architecture. C’est, selon l’expression heureuse de M. Albert Lenoir, citée par M. Chateau, auquel nous faisons ici de larges emprunts, « un ancien château habillé à la Benaissance ».

« Chambord se compose d’un vaste terre-plein quadrangulaire, entouré de constructions de trois côtés, reliées par des ailes au corps de bâtiment principal qui occupe le centre de l’une des faces. C’est une vaste enceinte flanquée de tours, au milieu de laquelle s’élève le donjon qui est la tour principale, une imita-

lion inoffensive, pour l’époque, de l’ancienne architecture féodale, mais qui prouve bien que l’artiste resta, dans la conception de son œuvre, sous l’influence des traditions du passé. »

Elevé en pierres qui acquièrent à l’air une certaine dureté, l’édifice a un aspect massif qui n’est pas sans noblesse. « Le corps du bâtiment est composé de trois ordres de pilastres qui lui prêtent au premier aspect un grand caractère de simplicité ; mais cette ordonnance fine et délicate appliquée sur des masses lourdes, a ceci de caractéristique que plus elle s’élève, plus elle multiplie les détails de son architecture ; » de sorte que l’œil ne tarde pas à se perdre au milieu de cet assemblage de cheminées, de lucarnes, de tourelles et de clochetons décorés de dentelles et de sculptures de toute espèce qui se découpent sur le bleu du ciel ou le gris sombre des toitures. « Mais la plus merveilleuse partie de Chambord, c’est l’escalier et la lanterne qui le surmonte. » La cage de cet escalier tout à jour présente une ordonnance de pilastres d’une hardiesse et d’une légèreté étonnantes et la lanterne en est le digne couronnement; c’est une conception neuve et originale, une merveille qui arrache le plus souvent au visiteur un cri d’admiration. François Ier fil travailler à Chambord douze années, mais le château ne fut pas achevé sous son règne. Son fils Henri II et les successeurs de ce prince continuèrent les travaux sur le plan primitif jusqu’au jour où Louis XIV en reconstruisit une partie sur un plan nouveau. Nous aurons l’occasion, en rappelant l’œuvre de l’architecte Mansard, d’analyser celte « restauration » duxviC siècle.

Avant de parler tlu château de Fontainebleau, dont les constructions marquent nettement l’influence de la Renaissance italienne, disons quelques mots de deux autres édifices du règne de François Ier dont l’un n’existe plus, dont l’autre a été assez violemment transformé par un des successeurs de ce roi, nous voulons parler des châteaux de Madrid et de Saint-Germain en-Laye.

C’est dans cette dernière demeure royale que fut célébré, en 1514, le mariage de François Ier d’Angoulême avec Claude de France et François, devenu roi, résolut de la réédifier. Le plan de la construction est un pentagone irrégulier fait de briques et de moellons entouré de fossés, garni de tours et de meurtrières auquel on accédait par trois portes précédées de ponts-levis.

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