‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 27 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

qui est de la « Cour ovale » dont nous attribuons la construction à des architectes français luttant avec énergie et souvent avec bonheur contre la pression de l’architecture italienne), on ne trouve plus rien qui rappelle l’architecture française des premières années du xvie siècle; représentant des idées nouvelles qu’il avait épousées avec enthousiasme, absorbé dans le culte de la Renaissance et méconnaissant l’originalité de l’ancien art français qui eut dû servir au moins de contrepoids à la pression ultramontaine, François Ier fit venir d’Italie des architectes et surtout des peintres, des sculpteurs, des ciseleurs, comme si tout eût été à créer en France ».

Déjà, au retour de sa première campagne dans le Milanais (1516-1520), il avait amené d’Ralie Léonardo da Vinci, Andrea del Sarte et les comblait d’honneurs et de richesses; en 1528, il appelait Sebasliano Serlio qui trouva à peu près édifiées les constructions de la « Cour ovale ». « L’application des ordres qui en caractérisent le style n’est pas une pure imitation, soit de * l’antiquité, soit du style italien et l’on y remarque, au contraire, un sentiment d’originalité plein d’élégance et de bon goût qui fait regretter que celte direction n’ait pu être suivie dans tous ses développements par suite de l’influence toujours croissante de l’Italie et l’arrivée des artistes italiens en France. Il était permis d’entrevoir, dans ces parties du château de Fontainebleau exécutées par des artistes français, avant l’arrivée des Italiens en France, les germes d’un style original qui eussent pu donner naissance à une architecture vraiment nationale. » Est-ce à l’architecte Gilles Lebreton que doivent revenir les éloges qui précèdent? Nous ne saurions l’affirmer; ce qui est certain, c’est qu’il commença, en 1527, la transformation demandée par François Ier et mourut en 1552, après avoir travaillé probablement au château de Fontainebleau pendant un quart de siècle. Du reste, Benvenuto Cellini, à son arrivée en France, en 1540, avait trouvé fort avancées sinon terminées la « Cour ovale » ainsi que la « Porte dorée », qui se compose, comme on sait, d’un pavillon élevé avec deux étages largement ouverts ; c’est ce qui résulte clairement des Mémoires de cet artiste. Quant à Serlio, on lui attribue la façade du corps de bâtiment de la Cour des Fontaines adossé au vieux château. Cette œuvre de l’arch il ecte italien, remarquable d’ailleurs par la grandeur et l’har-

monie des proportions et l’emploi des ordres dont elle était décorée avait un caractère monumental inconnu jusqu’alors et servit de type et de modèle aux bâtiments, surtout à la façade principale de la Cour du Cheval blanc , moins anciennement construits.

Toujours est-il qu’en 1530 toute une colonie d’artistes étrangers succéda à Serlio. Il s’agissait de décorer l’intérieur du palais. Le Floreniin Rosso « maître Roux » fut mis à la tête de ces artistes et fit concourir à des effets vraiment originaux, la peinture, la statuaire et la sculpture ornementale. Le Rosso, dont le génie pourtant était un génie de décadence, régna sur nos arts de 1534 à 1541, époque à laquelle il fut remplacé par le peintre bolonais Primaticcio, élève de Jules Romain. Le Primatice, pour l’appeler par son nom francisé, prit comme collaborateurs Bagnacavello, Ruggieri, Prosper Fontana, Damiano del Barbiéri et Nicolo del Abbate, et fut, dans les derniers temps du règne de François Ier, intendant des bâtiments royaux ; mais il serait aussi difficile de dire s’il fit une œuvre architecturale que d’estimer l’influence qu’il exerça sur l’architecture de son temps. Ce que nous savons, c’est que Primatice conserva les fonctions d’intendant sous les règnes de Henri II, de François II et de Charles IX, et mourut en 1570. Ajoutons que le grand mouvement artistique qui avait pris naissance sous le règne de François Ier se continua en France sous ses successeurs; tous les monuments qu’il avait laissés inachevés furent terminés.

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