CHAPITRE IV
Le style de la Renaissance prend définitivement, en France, la place du style ogival. — Les châteaux de Blois, d’Écouen, des Tuileries, d’Anet, le Louvre et les grands architectes de la Renaissance. — Essais malheureux de fusion du style nouveau avec les styles précédents.
La protection accordée aux artistes de son temps par Catherine de Médicis est aussi incontestable que l’existence des artistes qui, sous les derniers Valois, ont créé les édifices qui marquent les limites de la Renaissance dans notre pays.
Parmi ces édifices, il y a lieu de citer, tout d’abord, le château d’Écouen, élevé de 1540 à 1547 pour le connétable Anne de Montmorency. Il se composait de quatre corps de bâtiments entourés de fossés. Quatre pavillons carrés dominant le reste de la construction flanquent extérieurement chaque angle : aux angles rentrants des pavillons sont des tourelles terminées en cône dans leur partie inférieure. Le corps de bâtiment dans lequel est percée l’entrée principale présente simplement l’aspect d’une galerie avec un étage; mais, à son milieu, s’élève un portail à trois étages d’une décoration différente : les colonnes sont doriques à l’étage inférieur et ioniques au premier étage, tandis qu’à l’étage supérieur des cariatides sont accouplées de chaque côté du tympan dans lequel figurait la statue équestre du connétable. Quant à l’architecture intérieure, elle offre un spécimen de toutes celles que pratiquaient les architectes de l'antiquité, sans aucune symétrie et la nouveauté de l’impression produite par cet amalgame de toutes les ordonnances, s’accroît encore de la vue de la chapelle construite, comme celle de Rlois, en style ogival. A l’intérieur toutefois, le grand autel est bien dans le style de la Renaissance.
Le principal architecte du château d’Écouen fut Jean Huilant, dont la date de naissance et le pays d’origine nous sont
malheureusement inconnus. Ce que nous savons, c’est que le 25 octobre 1551, il fut nommé « contrôleur des bâtiments du roi » en remplacement de Pierre des Hostels, charge qu’il occupa jusqu’en 1559, époque à laquelle il fut lui-même remplacé par François Sonnât. Il devint architecte de Catherine de Médicis et conduisit, à partir du 7 janvier 1571, les travaux des Tuileries. C’est en 1572, qu’il éleva pour la reine mère, sur l’emplacement du couvent des Filles-Repenties, rue du Four, l’Hôtel de la Reine, plus tard hôtel de Soissons (1).
Nous retrouvons Jean Rullant dirigeant les travaux du château de Fontainebleau, alors qu’il était contrôleur des bâtiments royaux (1575), de la sépulture des Valois dans l’église abbatiale de Saint-Denis, sur l’ordre de Henri II et ceux du château de Sainl-Maur-les-Fossés. Il commença aussi pour le président des Ligneries l’hôtel Carnavalet, aujourd’hui Musée des antiquités de la ville de Paris, dans lequel il eut pour collaborateur Jean Goujon. Rullant mourut à Écouen, le 10 octobre 1578. On a attribué à cet artiste, sans preuves toutefois, la maison de Diane de Poitiers à Orléans; mais ce qu’on ne peut lui contester c’est l'érudition remarquable dont il a fait preuve dans les divers traités qu’il écrivit sur son art. Le plus ancien de ces ouvrages se compose de deux parties, dont la première a pour titre : Recueil d'horlogiographie et la deuxième : Petit traité de géométrie et d'horlogiograhie pratiques. L’impression du second ouvrage de Rullant fut achevée en 1564 et en 1568 il en parut une seconde édition sous ce litre : Règle générale d' architecture des cinq manières de colonnes à savoir : toscane , dorique , ionique , corinthe et composite, et enrichi de plusieurs autres à l'usage de l antique.
Surintendant des bâtiments royaux, Rullant avait été chargé par la reine mère, en 1564, de faire, concurremment avec Philibert de l’Orme, les plans et dessins du château des Tuileries, ainsi appelé de la tuilerie de Sainl-Nicolas-Neuville qui se trouvait alors hors l’enceinte de la ville et sur l’emplacement de laquelle il fut construit. Les plans, tels qu’ils avaient été conçus par Bullant et de l’Orme et qui nous ont été conservés par Du
(1) Il n’en subsiste qu’une colonne monumentale engagée dans les bâtiments de la Bourse du commerce (ancienne halle au blé). Cette colonne servait à Marie de Médicis pour ses observations astrologiques.