‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 29 sur 232 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

Cerceau, avaient un grand caractère; mais la reine mère recula devant les dépenses de la construction et chargea de l’Orme seul de faire le pavillon qui avait vue sur le jardin. L’édifice entier devait se composer d’un vaste quadrilatère coupé par des galeries entre lesquelles se trouvaient les cours d’honneur et flanqué à ses angles de pavillons carrés. Quant à la partie centrale (le pavillon de l’Horloge), il formait un dôme sphérique flanqué de quatre tourelles ou échaugueltes; au centre se trouvait un escalier tournant à jour, auquel se reliaient, du côté du jardin, deux galeries s’ouvrant par des arcades cintrées qu’une ordonnance ionique décorait. Une terrasse surmontait la galerie avec un étage en mansardes en arrière-corps. Les colonnes du rez-de-chaussée, divisées par assises, aux joints dissimulés par des ornements particuliers, sont une innovation de de l’Orme. Il fit même l’application de son système aux deux pavillons qui terminaient les galeries percées de trois fenêtres et décorés de deux ordres architecturaux : l’un ionique, l’autre corinthien. Moins gêné dans l’exécution de ses conceptions architecturales, de l’Orme aurait probablement construit un édifice remarquable par sa grandeur, sa noblesse et son ornementation. « Mais tel est le caractère de ce xvie siècle brillant, actif, agité, qui voit commencer une foule de constructions, sous l’influence de cette fièvre de la Renaissance et laisse incomplètes les plus belles conceptions de ses artistes, donnant au siècle suivant la lâche de les terminer. »

Avant de rappeler l’œuvre de Philibert de l’Orme, disons qu’il étaitné à Lyon vers 1518 et que son éducation artistique avait été dirigée par Marcel Aroino, cardinal de Sainte Croix, plus tard pape sous le nom de Marcel IL Ce protecteur éclairé lui avait facilité le voyage en Italie; de l’Orme revint dans sa ville natale en 1536 et commença, en 1542, le portail de l’église Saint-Nizier qu’il n’acheva pas, car appelé à Paris par le cardinal du Bellay, c’est à ce moment qu’il exécuta à Fontainebleau le grand escalier en fer à cheval qui lui valut la situation de surintendant des bâtiments royaux. Architecte préféré de Henri II et de Diane de Poitiers, il fut nommé conseiller et aumônier (?) ordinaire du roi qui lui donna en commende les abbayes de Gevéton en Bretagne, de Saint-Serge-lez-Angers et d’Ivry, et le nomma chanoine de Notre-Dame; mais toutes ces faveurs lui

firent des envieux et il fut dépossédé de sa charge d’inspecteur des bâtiments royaux au profit de Primatice, son plus grand ennemi. Disons enfin que de l’Orme acheva à Paris la chapelle Saint-Éloi (au coin delà rue des Orfèvres), commencée en 1650, travailla aux châteaux de Saint-Germain, de Meudon, de Madrid, de la Muette (1) et de Monceau dont il n’existe plus même des ruines. Il construisit en outre des hôtels particuliers à Paris. Son œuvre écrite consiste dans un petit ouvrage publié à Paris en 1561 et qui avait pour titre : Nouvelles inventions pour bien bas tir et à pettits fraiz, trouvées n'aguères par Philibert De l'Orme , Lyonnais, architecte ; 2° dans un grand ouvrage en neuf livres intitulé : De l' architecture, qui contient d’excellents conseils sur la partie morale de l’art de l’architecture et la conduite des constructions. 11 préparait un dernier ouvrage sur la coupe des pierres et une théorie générale sur les proportions des pierres, la science du trait, la théorie des proportions des différents ordres, etc. lorsque la mort le surprit à Paris en 1570.

On doit aussi à de l’Orme la chapelle funéraire des Valois qui joignait l’église de Saint-Denis et qui fut détruite au siècle dernier à cause du mauvais état de sa construction; mais l’œuvre principale de cet architecte fut certainement le château d’Anet (Eure-et-Loir), terminé en 1554. C’est en 1548 que fut commencé cet édifice dans lequel de l’Orme fut obligé de conserver quelqueparlies d’un ancien château qui existait déjà. Quoi qu’il en soit, le plan d’ensemble présentait, après l’achèvement des constructions dues à notre architecte, une cour carrée suivie de deux autres cours pour les services et derrière elles un vaste parterre entouré de galeries ouvertes du côté du jardin. A l’extrémité du parterre, la galerie donnait sur un bassin circulaire dans lequel l’eau retombait en cascade.

Le grand portail d’entrée fait partie des fragments sauvés de la destruction par A. Lenoir et on peut le voir dans la cour de l’École des beaux-arts, nous n’en ferons donc pas la description.

(1) C'est au château de la Muette que de l’Orme fit le premier essai de ses charpentes économiques qui consistaient à substituer aux fermes des courbes en planches de bois blanc planées de champ et jointes bout à bout au moyen d’un assemblage serré par des coins, système que Legrand etMolinos ont adopté lors de la construclion de la première coupole de la balle au blé.

Jacopo Bernardi. sc

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