CHAPITRE IY
La chapelle existe également; elle a la forme d’une croix grecque et est remarquable par la perfection de sa construction tout en pierre. La voûte de sa coupole est terminée par une lanterne couronnée d’un petit dôme.
Mais le château d’Anet était surtout remarquable par la richesse de sa décoration intérieure à laquelle avaient travaillé Jean Goujon et Jean Cousin, deux maîtres de la sculpture et de la peinture françaises. Un parc de 24 hectares dans lequel on entretenait le gibier, les viviers, les volières, les héronnières, l’orangerie complétaient cette résidence délicieuse. Diane de Poitiers, pour laquelle de l’Orme avait dépensé les trésors de son génie, voulut fonder, près de sa propriété, « un refuge » pour les pauvres; mais la Révolution emporia l’hôpital comme elle emporia le château et quelques pierres seulement marquent la place où les deux édifices, si différents par leur but, devaient s’élever l’un à côté de l’autre, par les soins de ce grand architecte.
Une année après que Jean Bullant eut jeté les fondations du la château d’Écouen, Pierre Lescot de Lissy, seigneur du fief de la Grange du Martroy, et aussi seigneur de Chagny, commençait les travaux d’un nouveau Louvre (1541).
François Ier avait déjà exprimé plusieurs fois l’intention de reconstruire ce château dont les incommodes distributions ne permettaient guère les réunions royales rêvées par ce monarque ami de l’éclat et du plaisir. Il avait demandé à Serlio plusieurs projets; mais cet arliste, peu satisfai t de ses conceptions, les avait retirés et l’idée de rebâtir le Louvre semblait abandonnée lorsque la construction de la fastueuse résidence du connétable de Montmorency à Écouen, réveilla le désir primitif du roi. A ce moment même, Pierre Lescot revenait d’Italie, où il avait étudié plusieurs années ; il en rapportait des dessins que Serlio approuva et c’est ainsi qu’un jeune architecte (il était à peine âgé de trente ans) aborda cette œuvre considérable, après s’être assuré d’ailleurs le concours de son ami Jean Goujon dont le génie décoratif lui était bien connu. D’après le projet de Lescot, l’entrée du palais, qui était du côté delà Seine, fut transportée du côté de Saint-Germain-l’Auxerrois. Les bâtiments nouveaux se composaient de deux ailes, l’une à l’ouest, l’autre au sud parallèlement à la rivière. L’aile de l’ouest se prolongeait jusqu’au
pavillon élévé depuis sous le nom de pavillon de l’Horloge et celle du sud se terminait à peu près au milieu de l’avant-corps dans lequel est percée la sortie sur le pont des Arts. Les tours étaient remplacés par des pavillons carrés. L’extérieur de la construction était très simple ; il n’en était pas de même des façades intérieures sur lesquelles Lescol avait cru devoir déployer un grand luxe. C’est donc la cour du Louvre qui précède celle construite sous le règne de Napoléon III qui fut l’œuvre de Pierre Lescot. Au rez-de chaussée, une large disposition de portiqires soutenant, sur des faisceaux de colonnes d’ordre dorique, l’immense voûte de la salle des Cariatides ou Musée des Antiques. Au premier étage, une suite de salles spacieuses destinées au logement du roi, au-dessus encore une allique. Les trois étages sont reliés entre eux par un escalier où la sculpture tient la place dominante. La façade du rez-de-chaussée est formée d’arcades en saillie sur le mur des salles et chacune des piles qui les soutiennent est un véritable contrefort dissimulé par l’art de l’architecte. L’étage principal se distingue surtout par la saillie des avant-corps qui motive dans l’attique une suite de frontons curvilignes, rompant heureusement la monotonie de la ligne droite des corniches. D’ordre corinthien au rez-de-chaussée, d’un somptueux composite au premier étage, l’architecture de Lescot présente, lorsqu’elle arrive à l’atlique, l’élégance jointe à une certaine noblesse que semblait exclure la petite dimension des fenêtres de cet étage. C’est par une prodigalité inouïe de l’ornementation des chêneaux, des cheminées et des faîtes que l’artiste arriva à faire oublier la présence de ces ouvertures mesquines qui autrement, sans doute, auraient été critiquées. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que Lescot vivait à une époque où le luxe s’étalait partout et sous toutes les formes et que le style ogival fleuri qui régnait encore à cette époque avait dû influencer ses conceptions architecturales. « Le Louvre de Pierre Lescot est, ce nous semble (1) la dernière expression de la Renaissance dans notre pays; il est bien en harmonie par son architecture avec cette époque où la France prend une physionomie qui lui est propre, où les lumières se répandent, où son langage se forme et s’épure, où ses mœurs se
(1) L. Château, Histoire et caractère de V architecture en France, p. 488.