CHAPITRE IY
Il y a assez peu de cas à faire des travaux d’architecture proprement dits dûs réellement à ce premier des du Cerceau, auquel, pendant si longtemps, on attribua la construction de tant d’ouvrages dirigés par ses descendants; cependant il nous apprend lui-même qu’il a travaillé au château de Montargis, et on ne peut douter que le dessin du chœur de l’église de celle ville ne soit de cet artiste.
En outre, sans attacher plus d’imporlance qu’il ne convient à un litre peut-être plus honorifique que réel à cette époque, mais pour lequel Jacques Androuet touchait une pension, il est irrécusable que cet architecte, que nous savons avoir, dès 1551, dirigé les préparatifs des fêtes données en l’honneur du roi Henri II, était, en 1560, « architecte du roy Charles IX et de Madame la duchesse de Ferrare, » et que, de plus, il jouissait d’une telle réputation parmi ses contemporains, que, outre les éloges que lui donnent Guillaume Morin et le duc de Nevers, un étranger, Jean Yrédeman, dans son Architectura (traité imprimé à Anvers en 1577), mentionne simultanément le « très renommé Vitruvius Sébastian Serlio et l’expert Jacobus Androuelius Cerseau ».
Mais ce qui assure une véritable place à Jacques Androuet du Cerceau parmi les grands architectes de la Renaissance française, c’est l’admirable fécondité et la vigueur de son burin appliqué à la composition et à la reproduction d’un grand nombre d’œuvres d’architecture, pour lesquelles il dut fréquemment jouer un rôle bien supérieur à celui de simple graveur, si habile qu’on le suppose. Aussi nous croyons que, en se reportant à cette époque où, suivant Berty, le mot architecte « désignait d’une manière plus spéciale l’artiste distingué du constructeur auquel on continuait à donner le nom de maçon et quand, vraisemblablement, plusieurs des architectes célèbres avant le règne de Louis XIII ont seulement été des dessinateurs d’architecture, composant habilement les projets des édifices et laissant aux hommes du métier le soin de les exécuter », il serait injuste de ne voir, dans l’artiste qui nous occupe, qu’un fort remarquable graveur d’architecture et non un des maîtres de notre art français, dont les nombreuses productions, comme graveur, ont singulièrement facilité l’heureux développement.
Il ne peut entrer dans notre cadre de tenter de donner le
catalogue complet des gravures attribuées à du Cerceau, catalogue dans lequel on comprend de nombreuses pièces souvent sans nom d’auteur, sans date et relatives à tout ce qui constitue aujourd’hui le domaine si vaste des arts dits industriels ; mais nous devons indiquer brièvement ici, après une mention de son livre des Grotesques (une des plus ravissantes suites imitées de l’antique), les principales de ses publications qui sont du domaine de l’architecture : arcs de triomphe, temples, fragments antiques, vues d’optique, modèle de villas; sans compter le premier et le second livre d 'Architecture, « contenant les plans et dessaings de cinquante bastiments tout différents pour instruire ceux qui désirent bastir, etc. », ainsi que le livre d’architecture particulièrement destiné à des compositions de bâtiments ruraux et basses-cours avec jardins et vergers.
On voit également, par les Leçons de perspective positive, de Jacques Androuet du Cerceau, qu’il possédait des connaissances spéciales certainement utiles à la pratique de l’art de l’architecte. Mais de toutes les œuvres de cet habile dessinateur et graveur d’architecture, celle qui a le plus fait pour sa réputation et la plus précieuse pour nous, car elle nous a conservé les monographies d’édifices depuis longtemps détruits ou singulièrement transformés, est la Réunion en deux volumes des plus excellents bastiments de France , auquel (dans chaque volume) sont désignés les plans de (quinze bastiments (1) et de leur contenu , ensemble les
(1) Le premier volume comprend : Maisons royales : 1° le Louvre, 10 pièces sur 9 pi. ; 2» Vincennes, 2 pièces sur 2 pi. ; 3° Chambord, 3 pièces sur 3 pl. ; 4° Boulogne (dit Madrid), 10 pièces sur 9 pl. ; 5° Creil, 2 pièces sur 1 pl. ; 6° Coucy, z pièces sur 4 pl. ; 7° Folembray (dit le Pavillon, près Chauny), 2 pièces sur
2 pl. ; 8° Monlargis, 4 pièces sur 4 pl. ; 9° Saint-Germain-en-Laye, 7 pièces sur 5 pl. ; 10° La Muette, 2 pièces sur 2 pl.; — Maisons particulières : 1° Vallery (près Sens), d pièces sur 5 pl. ; 2° Verneuil-sur-Oise, 10 pièces sur 10 pl.; 3° Ancy-le- Franc, 5 pièces sur 3 pl.; 4° Gaillon, 9 pièces sur 7 pl. ; 5° Maune (près Ancyle-Franc), 2 pièces sur 2 planches.
Le deuxième volume comprend : Maisons royales : 1° Blois, S pièces sur 5 pl.; 2° Amboise, 3 pièces sur 3 pl. ; 3° Fontainebleau, 7 pièces sur 7 pl. ; 4° Villers- Cotlerets, 3 pièces sur 3 pl. ; 5° Charleval (près les Andelys), 5 pièces sur 5 pl. ; 6° Les Tuileries, 4 pièces sur 3 pl. ; 7° Saint-Maur-les-Fossés, 3 pièces sur 3 pl.; 8° Chenonceaux, 4 pièces sur 4 pl.; — Maisons particulières : 1° Chantilly 9 pièces sur 9 pl. ; 2° Anet, 10 pièces sur 7 pl. ; 3° Écouen, 5 pièces sur 7 pl. ; 4° Dampierre, 4° pièces sur 4 pl. ; 3° Challuau, près Fontainebleau, 3 pièces sur 2 pl.; 6° Beauregard, près Blois, 3 pièces sur 3 pl. ; 7° Bury, près Blois, 4 pièces sur
3 planches.