CHAPITRE IY
comprenait celle des travaux de la chapelle des Valois, à Saint- Denis. »
C’est pendant ce travail, le dernier que dirigea Baptiste Androuet jusqu’en 1586, que cet artiste, alors dans l’aisance et s’étant fait construire une maison « avec grand artifice et plaisir au commencement du Pré-aux- Clercs, » dit l’Estoile, fut obligé, pour cause de religion, d’abandonner cette maison qui « fust toule ruinée sur lui. » Cependant, disgracié à la cour de Henri III,
« il devint architecte de Henri IV, qui lui fit fortifier les villes de Melun et de Pontoise et qui lé chargea de la construction du château de Monceaux pour Gabrielle d’Eslrées et de l’achèvement du château de Verneuil. Ce qui prouve, en outre, que Baptiste fut l’architecte de Henri IV, c’est que, dans les lettres d’office délivrées à son fils par Louis XIII, il est parlé des services du père, « envers les feux roys ». Il y a même mieux que cet indice, c’est un des comptes du Béarn et de la Navarre (série B pour l’année 1598) où il est fait mention d’honoraires payés à Baptiste « pour les plans des châteaux, jardins et ville de Pau, qu’il avait dressés ».
Ce qui précède suffit et au delà pour montrer la grande place occupée comme architecte pendant un quart de siècle par Baptiste Androuet à la cour des rois Henri III et Henri IV : aussi ne ferons-nous que citer, avec Callet, plusieurs édifices qui sont attribués sans trop de raison à cet artiste et qui sont : les monastères des Capucins, des Feuillants, des Pénitents et des Augustins à Paris, ainsi que celui des Bons-Hommes, au bois de Vincennes; enfin suivant Sauvai, le premier établissement des eaux ferrugineuses, de Passsy-lez-Paris et, d’après Pierre Guérout, une partie du Château neuf de Saint-Germain-en-Laye, aujourd’hui détruit. On sait, par l’acte de vente que passa sa veuve delapetite maison duPré-aux-Clercs, que Baptiste Androuet du Cerceau était mort au mois de mai 1602, laissant un fils mineur, Jean Androuet, qui devint plus tard architecte du roi Louis XIII.
On a fort peu de renseignements sur la carrière de son frère Jacques, le second ou troisième fils du premier Jacques Androuet du Cerceau; on sait seulement que, en 1576, il était déjà l’un des secrétaires du duc d’Anjou et que, en 1602, à la mort de son frère Baptiste, il était contrôleur et architecte des bâtiments II. 5
du roi (titres qu’il garda jusqu’à sa mort arrivée en 1614) et que, comme tel, c’est à lui que l’on doit attribuer la construction de la seconde partie de la grande galerie du Louvre.
Quant à Jean Androuetdu Cerceau, fils de Baptiste, nommé en 1617 architecte du roi Louis XIII, en remplacement d’Antoine Mestivier, et dont quelques titres permettent de constater l’existence jusqu’en 1649, on lui doit d’importantes constructions qui font de lui un des maîtres de l’architecture privée au dix-septième siècle. La reconstruction du Ponl-au-Change, qu’il entreprit en compagnie de Denis Laud et de Mathurin du Ry, dont il sera encore parlé, est le seul grand travail public auquel on puisse avec certitude attacher son nom; mais de 1624 à 1630, il construisit rue Saint- Antoine, à Paris, l’hôtel dit de Sully (1), puis celui de Mayenne devenu l’hôtel d’Ormesson, celui des fermes du roi, rue de Grenelle, devenu plus lard l’hôtel de Bellegarde, l’hôtel de Bretonvilliers, et, peut-êlre même, continuat-il la décoration de la cour intérieure de l’hôtel Carnavalet.
Il nous reste, pour terminer cette longue étude des artistes qui ont porté le nom de Du Cerceau, à dire ici quelques mots de quatre autres d’entre eux qui ont vécu au milieu du dixseptième siècle. Le premier qui s’appelait Jean Androuet, naquit à Verneuil-sur-Oise, en 1623 et mourut à Paris en 1644. Son acte de décès nous apprend qu’il était architecte et fils de Moyse Androuetdu Cerceau, commissaire de l’artillerie ordinaire de France. Le second, qui se trouve pour nous, être le troisième du prénom de Jacques, est qualifié d’architecte du roi (Louis XIII) dans un acte de baptême daté de 1 628 ; aussi y a-t-il lieu de le supposer également fils du second Jacques architecte de Louis XIII. M. Ch. Bead a même trouvé la mention d’un quatrième Jacques, orfèvre et bourgeois de Paris, dont une fille s’appelait Marie, comme sa mère il est vrai ; mais aussi comme plusieurs autres parentes de Baptiste et de Jacques IL Enfin, en 1660, un Paul Androuet du Cerceau, architecte, a gravé des cahiers d’orne-
(I) L’hôlel Sully, ainsi appelé parce qu’il a appartenu à la famille de Sully pendant plus d’un siècle, à partir de 1634, fut commencé en 1624. En 1627 la plupart des corps de bâtiments étaient en grande partie élevés; mais la façade sur la rue n’a pu être entreprise que postérieurement à 1629, date de la démolition de la maison du Mouton, qui fut acquise à cet effet. — Sauvai (t. 111, p. 13) dit de l’hôtel Sully « que ce fut le premier hôtel bâti régulièrement à Paris et qu'il le fut par Du Cerceau ».