CHAPITRE IV
château à la rive gauche du Cher. C’est dans cette partie, que se trouvent la cheminée de la salle de Catherine de Médicis œuvre de Jean Goujon et les magnifiques plafonds sculptés qui datent également de Charles IX. Catherine de Médicis avait le projet de faire un pendant à la construction primitive; mais elle termina seulement la galerie qui couvre le pont et les bâtiments situés au levant de l’avant-corps. La galerie est percée de cinq fenêtres qui formaient le milieu des cinq arcades du pont ; le second étage esl de plain-pied avec les appartements, les piles du pont sont elles-même garnies de petites tourelles ainsi que les avant-corps dans lesquels on a logé les cuisines.
Qui fut véritablement l’architecte du château de Chambord, un des plus beaux spécimens de l’art de la Renaissance? Deux artistes, Pierre Nepveu dit Trinqueau et Jacques Coqueau, dont nous donnons plus loin la biographie, ont contribué, suivant certains documents de l’époque, à l’érection de Chambord ; mais donnèrent-ils le dessin de l’édifice entier ou un Jean Bullanl n’est-il pas venu imprimer sur certaines parties la marque de son génie? Ce qui est certain, c’est que la façade septentrionale et le donjon seuls présentent des détails heureux d’originalité et d’élégance qui caractérisent le style de la Renaissance. Le surplus des bâtiments, souvenir des constructions massives de la féodalité est resté inachevé; mais rien de plus élégant que ces huit arcades de la façade dont nous parlions, séparées par des pilastres élancés soutenant un second ordre ; rien de plus gracieux que ce belvédère à jour surmonté d’une fleur de lis formant le çouronnement de la cage de l’escalier à double vis de 10 mètres de diamètre. L’architecte y a établi sur les deux cent soixantequatorze marches deux rampes qui tournent autour d’un noyau en sens inverse, de sorte que deux personnes peuvent les parcourir, l’une en montant, l’autre en descendant, sans se rencontrer. Enfin, c’est à profusion qu’il a jeté sur les combles, les tourelles, les cheminées, les pinacles de pierre découpés comme des dentelles. Mais si les plus sérieuses recherches n’ont pas permis de retrouver le nom de l’auteur de cette œuvre si remarquable, malgré son inachèvement, en revanche tous les souverains qui ont habité Chambord ont laissé des traces de leur séjour en parsemant les murailles et les voûtes d’PI. d’F. de D. et de L. couronnés; malheureusement depuis longtemps déjà le travail de
destruction de Chambord s’accélère et si l’on n’y prend garde, il ne restera plus rien, dans quelques années, de tous ces souvenirs.
Les biographes sont plus précis en ce qui touche la personne de l’architecte du château d’Eu. Ce fut en 1578 que Claude-Pierre Le Roi, architecte de Beauvais, le réédifia, sur l’ordre du duc de Guise dit le Balafré et sur l’emplacement d’un château fort qui avait été brûlé avec la ville par les Bourguignons en 1475. L’édifice élevé sur une haute terrasse se compose d’un corps de logis accoté de deux gros pavillons. 11 est tout en briques. Sa façade qui a quatre-vingt-seize mètres de développement offre, au milieu, un péristyle en saillie, de construction plus récente d’ailleurs que le reste de l’édifice. Le Roi mourut peu après son achèvement en 1582; cette date est donnée par une inscription lumulaire relevée dans l’ancienne abbaye d’Eu.
Quoique, pendant près de cent ans, trois grands artistes eussent dépensé leur génie dans l’érection et les embellissements du château de Fontainebleau, les divers souverains de la France ne s’étaient pas gênés pour modifier suivant leurs goûts et leurs caprices l’œuvre remarquable des Serlio, des Primatice, des Dupérac, des Bullanf etc. C’est ainsi que Jamain ou Jamin François élevait, en 1594, probablement avec la collaboration de Claude Martin mentionné en 1593, comme « maçon du roi », la grande terrasse de la Cour dite de la Fontaine et avait pour successeur son fils Gracieux qui, sous le litre de « commis des bâtiments du roi », élevait les bâtiments de la cour des cuisines (1609). Après lui, Henri Collin prenait, en 1606, le titre « d’architecte maître » du roi en son château de Fontainebleau et dirigeait probablement les constructions terminées en 1609.
Nous venons de citer le château de La Rochefoucauld (Charente); nous sommes heureux de pouvoir donner au moins le nom de l’architecte de son escalier monumental dont la construction dura dix ans, de 1528 à 1538 ; c’est celui d’Antoine Fontant. L’édifice qui se rapproche par le style de ses grandes lignes et son ornementation des constructions élevées alors à Chambord, à Fontainebleau, etc., ne pouvait être omis, dans cet abrégé de l’histoire architecturale du xvie siècle. Plus humble assurément fut l’architecte Jacques Mathieu Estourneauqui, né à la Flèche en 1486, bâtit en 1540, par ordre de la duchesse de Vendôme, Françoise d’Alençon, le Châteauneuf sur Sartlie et fit les dessins