‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 37 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

du tombeau élevé par cetle princesse à son mari. Au même titre pouvons-nous oublier Thomas de Caudebec qui réédifia, vers 1 543, le portail de l’église de cette ville et probablement le portail de celle de Lillebonne ; Poncelet Paroissien, l’auteur du maîtreautel de la cathédrale de Reims détruit malheureusement, avec beaucoup d’œuvres, en 1747; Louis d’Amboise qui construisit le jubé de Sainte -Cécile à Albi de 1 502 à 1 51 1 ; Corr qui éleva et sculpta le calvaire de Plougastel dans le sentiment de celte foi naïve qu’on ne retrouvait plus guère à l’époque où on l’éleva. À l’autre extrémité delà France, à Pau, s’élevait sur les fondations ou à côté de l’œuvre de Gaston Phœbus que nous avons décrite dans notre premier volume, toute l’aile méridionale du château. Si l’étranger qui visite le berceau d’Henri IV a peine à se reconnaître au milieu des altérations que les restaurations successives lui ont fait subir, il n’éprouve aucun doute relativement à la date d’origine de la salle à manger du château, de l’escalier et de la chapelle. C’est à Hervé Boulard et à Jeannot Cradey (ce sont du moins les deux noms indiqués par les biographes) qu’il faudrait attribuer toutes les constructions élevées au château de Pau, de 1563 à 1605.

Boulard a d’ailleurs signé de son nom une fontaine qui se trouvait dans les jardins du château de Nérac ; fut-il l’architecte du château lui-même? 11 y a tout lieu de le penser. C’est ainsi que l’un des collaborateurs de Pierre Lescot nommé Baduel dressait, en 1545, les plans du château de Bournazel que l’auteur des Annales de Bouergue qualifie de splendide monument « qui eut pu être la demeure d’un prince s’il eut été achevé d’après les plans de cet artiste ». Ce qui esta peu près certain, c’est que Baduel fit ses études d’architecture en Italie, fut le collaborateur du plus grand architecte de son temps et que nous avons sans doute à regretter la ruine de son œuvre.

Ce fut sans doute un élève de Baduel que ce Guillaume Lissorges, surnommé le sourd de Bournazel , qui fit élever, en 1533, le grand portail, la galerie et les pilastres delà cour intérieure du château de Graves. Si nous mettons à cette place, le nom d’un italien, Nicolo Abate, surnommé par ses contemporains français Messer Nicolo, c’est que, né en 1512 à Modène et l’un des meilleurs élèves de Bagarelli, Abate passa en France la plus grande partie de sa vie, et mourut à Paris dans un âge avancé. C’est à

lui qu’on doit le château du vieux Meudon, château qui n’existe plus aujourd’hui, et que lui avait demandé le cardinal de Lorraine.

On cite encore d’Abate le tombeau de François Ier dans l’abbaye de Saint-Denis et à ce propos, on ne nous permettrait pas de passer sous silence certains noms d’artistes qui, pour ne pas avoir laissé à proprement parler d’œuvre architecturale n’ont pas moins puissamment aidé ceux, qui de 1500 à 1G00, édifièrent dans toute la France ces palais et ces châteaux que nous nous estimons heureux de pouvoir encore admirer aujourd’hui. Nous ne surprendrons personne en ajoutant que ces noms sont ceux de : Jean Cousin, Jean Goujon, Germain Pilon, Pierre Biard, Charles Bullant, etc. Voici Jean Cousin, par exemple qui, né vers 1501 (1) à Soucy près de Sens, consacra à la peinture la première moitié de sa vie; son tableau du Jugement dernier attire les yeux au milieu de cette collection d’œuvres de génie que possède le Louvre. Il n’est guère d’église un peu importante de Paris ou de Sens qui ne possède de ses vitraux; mais c’est comme sculpteur qu’il loucha de près à l’architecture. Le tombeau de Louis de Brézé, mari de Diane de Poitiers, le mausolée de la maîtresse de Henri II, le tombeau de Philippe de Chabot, amiral de France, et quantité d’autres que nous ne citerons pas ici, ne méritent-ils pas à Cousin le nom d’architecte?

Nous en dirons autant de Charles Bullant, neveu de Jean, qui travaillait avec son oncle, à Saint-Denis, à la sépulture des Valois et de Jean Goujon, le collaborateur dévoué de Pierre Lescot. Qui n’admire le génie essentiellement français de ce sculpteur parisien dont les statues, les bas-reliefs et ornementations, « car Jean Goujon ne dédaignait point de traiter les plus modestes sujets, » décorent le vieux Louvre, le château d’Anet, l’hôtel Carnavalet et la fontaine des Nymphes (2) ? Germain Pilon, originaire de la Sarthe, travaillait en 1558 au tombeau de François Ier, érigé, nous venons de le dire, dans l’abbaye de Saint-Denis, lorsqu’on lui confia les sculptures de celui du roi Henri II qui venait de mourir prématurément. C’est à ce tombeau qu’était destiné l’admirable groupe des Trois Grâces que le musée du Louvre possède aujourd’hui. En 1571, Germain Pilon était nommé sculpteur du roi et l’année suivante « contrôleur

(1) Certains biographes de Cousin le font naître en 1530 et même en 1562.

(2) Premier nom donné à la fontaine des Innocents.

d'après la statue de Diébolt.

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