‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 38 sur 232 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

général des sculptures, sur le fait des monnaies et revers d’icelles ». üe 1574 à 1585, il fut occupé au tombeau que fit élever à son père François de Birague dans l’église Sainte-Catherine du Val des Écoliers ainsi qu’au grand cadran du Palais de Justice; mais ces deux travaux importants n’empêchèrent pas son génie de produire des bustes : ceux de Henri II, de Charles IX, d’Henri III, déposés depuis au musée du Louvre, des statues comme celles qui ornent le tombeau de Guillaume Langey du Bellay et le tombeau du connétable Anne de Montmorency (1); enfin des bas-reliefs pour diverses églises, et pour le château d’Anet, etc.

De Pierre Biard, un Parisien comme Jean Cousin, né en 1559, élevé à l’école de Michel-Ange, il nous reste les sculptures du jubé de Saint-Étienne-du-Mont. Le bas-relief placé au-dessus de la porte principale de l’hôtel de ville de Boccador représentant Henri IV à cheval était également l’œuvre de Biard; il disparut malheureusement pendant la Révolution; Biard fut d’ailleurs l’architecte du château de Cadillac près Bordeaux, et mourut à Paris le 17 septembre 1609. Si nous ajoutons à ces noms celui de Pierre Francheville ou Franqueville, c’est moins parce qu’il exécuta sur l’ordre de Henri II le groupe du Temps enlevant la Vérité et le dessin du monument équestre élevé sur le Pont-Neuf à la mémoire de Henri IV (2) que parce que, presque seul de tous nos compatriotes, il créa des statues et des palais dans cette même Italie à laquelle nous empruntions alors l’art nouveau dont elle avait été le berceau. Ce qui est certain, c’est que Francheville, né à Cambrai en 1548, après avoir étudié le dessin à Paris, passa en Allemagne et de là en Italie. Adressé par l’archiduc Ferdinand à Jean de Bologne, Francheville commença par créer les statues de la villa Bacci à Ravezzano, fit exécuter sur ses plans, à Pise, le palais public, puis donna le dessin de la statue de Corne 1er destinée à orner la fontaine de la place Cavalieri. Ce ne fut qu’à son retour en France, en 1601 qu’il fut nommé sculpteur du roi et cette charge lui fut continuée jusqu’à sa mort.

(1) Celui-ci consiste en une colonne d’ordre composite surmontée d’une urne de bronze.

(2) Le cheval fut fondu à Florence; mais la statue est de Dupré, sculpteur français.

L’espril de doute et de controverse enfanté par la réforme de Luther avait considérablement diminué le nombre de chrétiens à la foi ardente capable de soulever et de mettre en place presque sans machines ni appareils, ces masses énormes de pierre qui constituent les églises du moyen âge. Cependant les besoins des populations, à défaut de croyances religieuses, donnent encore naissance pendant le xvie siècle, à quelques églises dont les unes restèrent inachevées, dont les autres sont un assemblage malheureux des styles si divers qui se succédèrent en France de 1500 à 1700, de l’avènement de François Ier à la fin du règne de Louis XIV.

Au premier rang, citons à Paris, l’église Saint-Eustache qui fut commencée en 1532 sur les dessins de l’architecte de Chelles. Était-ce un descendant de Jean de Chelles, l’un des architectes de Notre-Dame de Paris? Nous l’ignorons. Charles David, qui eu dirigea les travaux après Lemercier, de 1585 jusqu’à l’achèvement de l’édifice en 1642, était né en 1551 et mourut seulement le 4 décembre 1650.

« Dans son ensemble, l’édifice représente un système d’éclectisme ou de fusion; l’architecte a essayé d’y combiner ensemble l’art ancien et moderne, le moyen âge et la Renaissance. U y a quelque chose d’étrange et de bizarre dans cette association de rosaces gothiques et de chapiteaux corinthiens, de gargouilles et d’acanthes. L’élévation des nefs et les proportions de toutes les parties sont celles du style ogival et pourtant le plein cintre existe partout mais avec des nervures qui, en quelques parties, ont des culs-de-lampe d’une longueur effrayante. Les piliers offrent l’imitation des détails et des ornements de l’architecture grecque. Le chœur est éclairé par douze baies garnies de vitraux dont plusieurs sont attribués à Pinaigrier. »

Pourquoi à celte construction bâtarde, étrange, qui n’a pas produit d’imitateurs mais qui vit par sa propre originalité, un petit-fils de Jules Hardouin Mansart, Jean Hardouin Mansart (dit de Jouy) est-il venu, après la destruction du portail primitif frappé de la foudre en 1752, accoler ce portail d’ordre dorique surmonté d’un ordre ionique et d’un fronton qui l’écrase (1)? De nos jours des architectess plus sages et vraiment

(I) Portail achevé par Moreau-Desproux de 1772 à 1788.

Page 1