CHAPITRE V
du Luzgarten qui s’étend aujourd’hui sur l’un des côtés du palais royal construit de 1690 à 1715 et Peter Neuron ou Nieuron ajoutait, de 1590 à 1594, au vieux palais, en suivant les plans du comte Lynar, deux ailes et un quatrième côté auquel les contemporains de cet artisle donnèrent le nom de « maison de la Duchesse ». C’est le comte Lynar lui-même qui fit achever le château d’Augustbourg, construit au milieu des montagnes de la Saxe par Girard Van der Meer, de 1509 à 1539.
Le palais de Cobourg est élevé un peu plus tard, en 1597, par l’architecte Peter Sangelung auquel on attribue aussi le gymnase édifié en 1601 dans la même ville. Il était peintre et statuaire autant qu’architecte et décora lui-même ces deux édifices. 11 nous reste quelques noms à citer encore parmi ceux des architectes allemands de ce temps : Ulrich Pestnitzer, appelé de Wasserbourg en Bavière, en 1508, pour restaurer le château de Bohême Kriennau; Jean-Baptiste Filippi, qui né en 1540, à Lasino en Tyrol, construit la petite église de cette localité et reçoit de Rodolphe le titre d’inspecteur des bâtiments impériaux ; Tandler Christ, architecte au service de l’électeur Christian 1er de Saxe, qui élève les palais électoraux d’Anneberg et de Lichtenberg, puis, en 1586, reçoit du duc de Brunswick la mission de relever de ses ruines l’église de Groningen; Barthel Grolock, qui construit, de 1571 à 1575, l’université d’Altdorf près Nuremberg; Rausch Nicolaus, collaborateur de Cristophus Gôtze et de Caspar Maus dans la construction de l’hôtel de ville de Gotha (1567-1577) et Hans Beheim, dit le Vieux, qui élève en 1521 l’hôtel de ville de Nüremberg sur l’emplacement de l’ancienne maison communale érigée vers 1350 par Johann Gross. Malheureusement, l’œuvre de Beheim, agrandie jusqu’en 1522, a été rebâtie presque entièrement de 1616 à 1619; nous y reviendrons. Nous mentionnerons, comme étant de celte époque, le porche de l’hôtel de ville de Cologne, œuvre de l’architecte Wilhelm Wermkel, qui l’éleva en 1560, et qui présente, malgré les arcades ogivales du second étage, tous les caractères de la Renaissance primitive. Ce hall, pour nous servir de l’expression anglaise, possède, à sa façade antérieure, un très beau portique de style ogival; la partie postérieure de l’édifice est un ancien arsenal dont les tours ont été élevées en 1588.
C’est un architecte italien, Marini, que le comte Wallenstein,
Albert, duc de Friedland, appela à Prague, vers 1623, pour construire son palais. Ce palais était entouré d’un magnifique jardin ; il n’en reste plus que le salon, une salle de réception soutenue par des colonnes d’ordre ionique et une petite chapelle. Marini construisit aussi le collège des Jésuites à Gilekin.
Un autre Italien, Lucio de Sparsi, fut appelé, en 1538, àHohensclrwangen en Bavière, pour donner les plans du nouveau château que désiraient faire construire les seigneurs de Baumgarten. Cette construction, véritable citadelle entourée de bastions et de fossés comme l’étaient tous les châteaux du moyen âge, ne larda cependant pas à tomber en ruines et ce fut Maximilien de Bavière qui la releva mais en la transformant de façon à donner satisfaction aux idées et aux besoins de son temps.
Italiens aussi étaient : ce Jean Sultan qui vint en 1544 de Venise à Crossen en Lusace pour y construire la boncherie et la nouvelle douane, et ce Pierre Sultan cité comme architecte de Lestmeritz en Bohême vers 1633; toutefois Charles Belier qui construisit, en 1592, à Heidelberg, l’hôtel du chevalier de Saint- Georges était un réfugié français. Jean-Marie Nosseni, de Lugano, qui entra, en 1544, au service de l’électeur de Saxe, fut l’introducteur véritable dans ce pays de l’architecture nouvelle. Il semble que c’est à lui qu’on doive attribuer Y église évangélique de la Cour construite à Dresde de 1551 à 1557, ainsi que le château royal qui s’éleva dans le même temps par les soins du duc Georges et d’Auguste II ; mais nous n’avons trouvé aucun document qui l’établisse d’une façon précise et c’est sous toutes réserves que nous sommes obligés de communiquer cette hypothèse à nos lecteurs.
Nous avons parlé des luttes incessantes que se livrèrent, pendant plusieurs siècles, sur tout le sol de la vieille Europe, princes et peuples, les uns pour conquérir leurs libertés, les autres pour se soustraire aux envahissements d’un puissant voisin; c’est ainsi qu’ils durent faire appel au génie des hommes de leur temps experts dans la science des fortifications. Comme on les comprenait alors, les défenses artificielles étaient surtout du ressort des architectes; aussi n’avons-nous pas été étonnés de les voir en Italie, par exemple, passant des églises aux palais, et des palais aux bastions et aux courtines. Il en est de même