CHAPITRE YI
Tolède et celui du collège de Murcie, terminés en 1569. Vergara, mort en 1568, était surtout sculpteur; à ce titre, il orna le tombeau du cardinal de Cisneros, élevé dans la chapelle du collège de Alcala, de seize bas-reliefs représentant la vie du cardinal. De 1574 à 1593, un fils de Yergara dont nous ignorons le prénom, architecte aussi, collaborateur de son père à l’hôpital San Juan, fit sur ses dessins, la chapelle de Notre-Dame del Sagrario à Tolède et la sacristie du couvent de Guadalupe. 11 mourut probablement vers 1610 et ce fut Monegro qui acheva les deux constructions commencées.
En 1567, il fallut construire le grand escalier de l’Escurial et c’est G. B. Caslello dit le Bergamasque , déjà connu du lecteur, qui fut chargé du travail. 11 se recommandail par une œuvre antérieure, le château de Viso, construit dans la Marche, en 1564, sur la demande du marquis de Santa Cruz. Caslello fut d’ailleurs aidé par Giovanni Battista Almosquin, Italien comme lui, venu en Espagne en 1562.
Un artiste de talent et que l’irrégularité presque incroyable de sa conduite n’empêcha pas de produire beaucoup et de belles œuvres fut Teotocopoli dit le Greco ou Griego. On le trouve à Tolède en 1578, rétablissant d’abord la couverture de la chapelle mozarabe; puis faisant l’église des Filles de Saint-Dominique, y compris la peinture et la sculpture, l’église, les retables, les peintures et les statues de Notre-Dame-de-Charité, l’église des Capucins, et, à Madrid, l’église et le collège de dona Maria d’Aragon; on lui doit également les tombeaux remarquables de Marguerite, femme de Philippe III, à Tolède, de Gédéon de Ilinojosa et de sa femme, doua Calalina Velasco, fondateurs du couvent des Capucins. Téolocopoli fut d’ailleurs aidé dans la plupart de ses travaux par Lorenzo Fernandez de Salazar jusqu’à sa mort, arrivée en 1643.
Les édifices que nous venons de mentionner ont bien le caractère des constructions de style Renaissance, quelle que soit, d’ailleurs, leur valeur; mais voici qu’en 1571, deux architectes espagnols tentent de ressusciter le style ogival abandonné par leurs contemporains. La petite église de Renleria dans le Guipuzeoa, œuvre de Domingo et de Juan de Aranzaetrogui, présente en effet un transept ogival accolé à trois nefs voûtées, il est vrai, mais séparées par des colonnes d’ordre dorique. Quant
au portail, il date de 1625, c’est tout dire. Des réparations, des retouches souvent maladroites, occupent les architectes espagnols de 1570 à 1580; il faut aller jusqu’en 1583, pour trouver un édifice nouveau : la petite église de Selva, diocèse de Tarra* gone, le couvent des Carmélites de cette ville et le palais de la députation à Barcelone datent en effet de cette année 1583 et ont pour architecte Bernardo Cesares. La façade du palais de la députation est ornée d’un portail d’ordre dorique formé de quatre colonnes sur un rez-de-chaussée en bossage terminé aux deux angles par des pilastres d’ordre corinthien, s’élevant jusqu’à la corniche que couronne une balustrade. Césares éleva également la chapelle du Saint-Sacrement dans la cathédrale de Tarragone ainsi que les tombeaux du cardinal Cervanlès de Guena et de Jean Terrez, capitaine général de la Catalogne. L’église de Santa Maria de Olivenza construite, en 1584, par l’architecte Andréas de Arenar est, avec ses façades, un véritable pastiche des temples létrastyles. Cet Andréas était parent de Francisco de Arenas qui collabora à la « Porte des Lions » en 1459.
Pour régler nos comptes (qu'on nous pardonne cette expression triviale)avec le xvie siècle espagnol, nous présenterons maintenant au lecteur les architectes qui, après Alfonso Martinez, Annequin de Egas, Pedro Perez, etc., ont achevé, remanié et aussi parfois, hélas! dénaturé les grandes cathédrales de l’Espagne. D’abord Marco Tordesillas et Sébastian Hernandez qui construisent, sous l’épiscopat de Fonseca, la porte occidentale du cloître de la cathédrale de Tolède, celle dont le portail principal est décoré de bas-reliefs représentant la Cène; Antonio Rodriguez architecte du portail de la « salle Capitulaire » d’hiver, dans la même cathédrale; Garcia Manrique et Luis de Velasco qui donnent le dessin des deux portes communiquant du cloître à la cathédrale et enfin Alonzo de Covarrubias qui, de 1531 à 1533, élève, sur ses dessins, la chapelle des Reyes nuevos et termine, en 1535, le portail méridional de la cathédrale détruit depuis par un incendie; enfin, en collaboration avec son maître Simon de Colonia, il élève la façade de l’hôpital de Santa Cruz de Tolède, converti aujourd’hui en collège militaire. Ajoutons que Covarrubias, né vers 1490, mourut à Tolède le 11 mars 1570, laissant une quantité considérable de projets, qui ne furent pas tous exécutés :