CHAPITRE VII
imitateur en cela, d’ailleurs, de cette architecture polychrome que nous avons signalée en décrivant le château d’Aranjuez, élevé en 1562 par l’architecte espagnol Juan Bautista. « Cet emploi de la brique, qui n’est pas adopté d’une manière absolue pour les grands monuments, est suivi, au contraire, dans la construction des hôtels et des habitations particulières : on le trouve à Fontainebleau, à Saint-Germain, et dans beaucoup de petits châteaux, rendez-vous de chasse, etc. »
Trop court pour permettre au souverain la réalisation de ses grandes idées, en art comme en politique, le règne de Henri IV n’en a pas moins été favorable à l’éclosion de diverses œuvres architecturales : il est fâcheux seulement que celui auquel il les confia n’ait pas toujours été à la hauteur de sa mission. Etienne Dupérac, né à Bordeaux vers 1560, mort à Paris en 1601, âgé de trente-deux ans, avait passé sa jeunesse en Italie, où il avait étudié non seulement l’architecture, mais encore la peinture et la sculpture. A son retour, il avait dédié à Marie de Médicis un ouvrage intitulé : Vues perspectives des jardins de Tivoli ; comme suite à son ouvrage Dell' antiquita di Borna , ouvrage précieux à consulter aujourd’hui parce qu’il donne l’état des ruines antiques à celte époque. Lorsqu’il s’agit de terminer la grande galerie du Louvre, commencée, nous l’avons dit, par J. -B. Androuet du Cerceau, cette opération fut confiée à Dupérac qui n’avait qu’à exécuter d’ailleurs les plans de son prédécesseur; il la conduisit du jardin de l’Infante au guichet situé en face du pont des Saints- Pères. Dupérac trouva l’occasion de donner une preuve plus complète de sa supériorité lorque Henri IV le nomma architecte du palais de Fontainebleau qui lui dut la galerie des « Chevreuils » (aujourd’hui détruite, malheureusement). Elle était située au-dessous de celle de Diane et formait un portique d’environ 40 mètres de longueur, ouvert d’un seul côté au moyen d’arcades; la muraille qui en faisait le fond était couverte de peintures représentant des sujets de chasse.
Mais la reconstruction delà chapelle de la Trinité, qui ferme le fond delà cour du « Cheval blanc », est-elle de Dupérac? Ce qui est certain, c’est qu’elle est de la même époque que la galerie des « Chevreuils » et que les peintures qui la décorent sont l’œuvre de Freminet, peintre du roi, qui collabora le plus souvent avec notre architecte. De ce temps, date encore la porte
Dauphine appelée aussi « Baptistère de Louis XIII ». A leur partie inférieure les chambranles sont flanquées de deux niches comprises entre deux colonnes à bossages et sont surmontésd’un dôme ouvert sur ses quatre faces. Tout l’édifice est lourd et massif et la décoration n’en est pas d’une grande pureté, mais les chiffres et emblèmes de Henri IV, et de Marie de Médicis qui y sont sculptés ne laissent aucun doute sur l’époque de sa construction. Nous en dirons autant du portique de la « Cour des Fontaines » et des bâtiments de la « Cour des Cuisines », affectée à des dépendances du château.
Pour en revenir au Louvre, dont Henri IV avait fait sa résidence, la galerie aliénante au pavillon de Flore parait avoir été, ainsi que ce pavillon, l’œuvre de J. -B. du Cerceau qui, après la mort de Dupérac, devint l’architecte du roi. A ce propos, il convient de remarquer que la disparate résultant de la présence dans celte construction d’un seul ordre, à côté des ordres étagés employés par l’architecte de l’ancienne partie, était moins choquante alors que les deux parties étaient séparées par la Grande tour et la porte ouverte dans l’enceinte de Paris qui interrompait le quai à peu près au point où l’ordonnance de la façade est différente. J. -B. du Cerceau fut également nous l’avons dit, chargé de l’édification du château de Monceaux (Seine-et-Marne) pour Gabrielle d'Estrées, du château de Verneuil, pour Henriette d’Entragues et du château neuf de Saint- Germain qui conserva l’emplacement de celui qu’avait élevé François Ier, mais dont le plan fut profondément modifié. Il n’en reste d’ailleurs plus trace, mais il est possible, à celui qui a vu le château de Potsdam, par exemple, de se figurer l’aspect que présentait cette résidence royale avec les terrasses étagées de la Seine au niveau du parc.
Respectueux du titre de notre ouvrage, nous rappelons au lecteur les bâtiments de la place Royale qui existent encore et nous offrent le plus remarquable exemple de l’emploi de la brique mêlée à la pierre de taille, ceux de la butte Saint-Roch élevée en 1649, par Michel Villedo, le même qui établit une sortie du Palais de Justice sur le quai; ceux de la place Dauphine, construits par Narcisse Petit, sur l’ordre du président Jacques de Harlay en 1609, qui accusent, comme ceux de la place Royale, des tendances à une rude simplicité, avec encore