CHAPITRE VII
niveau du sol des appariements du rez-de-chaussée, rattachait ta saillie des pavillons. Cette terrasse était bordée d’une balustrade de marbre décorée de statues ; on y parvenait à l’aide d’un gros perron circulaire. La terrasse, la balustrade et le perron ont disparu et cette partie a été remise au même niveau que le reste de la cour. Sur le jardin, les deux portiques en arrière-corps, étaient surmontés de terrasses, à droite et à gauche, en retraite du pavillon principal. Sous le premier empire, on dénatura complètement celte façade en élevant sur ces terrasses un premier étage. « L’escalier occupait autrefois le centre du bâtiment principal où étaient situés les appartements de la reine ; la chapelle était placée dans le pavillon du milieu de la façade sur le jardin ; au premier étage, dans les bâtiments en ailes étaient deux galeries d’apparat. » Il ne reste plus trace d’ailleurs de ces dispositions ni de la décoration des pièces. Les jardins du palais étaient dessinés à l’italienne avec balustrades de marbre, statues et pièces d’eau pour le service desquelles la régente fit établir une construction hydraulique dans le style rustique, sur les dessins de Rubens, dit-on.
Dans le même temps que s’élevait le palais de Luxembourg, Debrosse édifiait, de 1616 à 1620, le portail de l’église Saint- Gervais, église gothique commencée en 1212 et dédiée en 1480; puis un incendie terrible ayant détruit, en mars 1618, la Grande salle du Palais de Justice de Paris, ce fut Debrosse qu’on chargea de celte restauration, fort difficile d’ailleurs, puisqu’il s’agissait de respecter les substructions qui n’avaient pas été atteintes par l’incendie. L’architecte, adoptant le plan de l’ancienne salle, divisa la nouvelle en deux nefs, séparées par un rang d’arcades, mais il aurait pu donner à son œuvre autant de majesté avec moins de froideur et de sévérité. Commencée en 1618, la grande salle du Palais fut terminée en 1622. Debrosse éleva aussi, en 1623, le temple protestant de Charenton qui pouvait contenir quatorze cents auditeurs ; mais le mysticisme sénile de Louis XIV devait porter un coup fatal à cette dernière œuvre qui fut détruite de fond en comble quinze jours seulement après la révocation de l’édit de Nantes.
Le 16 mars 1627, Louis XI II posa sur le terrain occupé par les fossés de l’ancienne enceinte de Paris, au droit de la rue Saint- Antoine, la première piçrre d’une église qui fut dédiée, le
9 mai 1641, sous le vocable de saint Louis (aujourd’hui Saint- Paul Saint-Louis), et lorsque l’on jette les yeux sur la façade de Saint-Louis, on est frappé de son analogie avec celle de l’église Saint-Gervais, œuvre de Debrosse 1616, mais dès qu’on passe à la comparaison et à l’analyse des deux façades entre elles (ce que nous avons le bonheur de pouvoir faire encore aujourd’hui), on est bien forcé de reconnaître que l’œuvre de Jacques Debrosse est supérieure, malgré les simplifications apportées depuis quelques années à l’œuvre de l’architecte son contemporain : c’était un jésuite messin, François Derrand, qui mourut à Agde le 26 octobre 1644.
Si Debrosse s’était montré habile architecte dans les constructions dont l’énumération précède, il a prouvé aussi, en construisant l’aqueduc d’Arcueil, qu’il possédait la science de l’ingénieur : les* Romains avaient fait venir leseauxde Bungis au palais des Thermes et Henri IV avait pensé au rétablissement del’aqueduc construit par eux, à cette occasion, pour approvisionner d'eau la partie méridionale de Paris qui en manquait complètement. Debrosse, chargé en 1613 de l’exécution de ce projet, renonça à se servir de l’aqueduc romain et n’hésita pas à traverser la vallée de la Bièvre au moyen de vingt-cinq arches de 83 mètres de hauteur imitant en cela et surpassant même une des œuvres les plus appréciées du génie romain. Debrosse fut aidé d’ailleurs par un ingénieur italien Giovanni Nicolas Francini de Florence, dans ce travail considérable qu’il acheva en 1624, peu de temps sans doute avant sa mort que quelques biographes Fixent en 1626. Mais les soucis de l’ingénieur n’avaient point tari le génie architectural de Debrosse : il construisit , pour Gabrielle d’Eslrées, le château de Coulommiers-en-Brie, et c’est en 1616 qu’il mettait le sceau à sa réputation en dotant l’église Saint-Gervais d’un nouveau portail composé de trois étages d’ordres dorique, ionique et corinthien superposés. L’étage supérieur régnant seulement sur l’avant-corps est de quatre colonnes corinthiennes supportant un fronton semi-circulaire.
« La sensation produite par cette œuvre de l’architecte de Marie de Médicis fut immense, l’admiration générale; elle intronisa en France l’architecture des jésuites et porta un dernier coup à la liberté dont la Benaissance avait joui jusque-là. » Nous avons dit dans le chapitre précédent, à propos de Saint-