CHAPITRE VIII
fie cent vingt peintres différents, parmi lesquels sept étaient de Raphaël. C’est là aussi que Mazarin avait réuni cette bibliothèque qu’il légua au collège des Quatre-Nations et qui ne comptait pas, alors, moins de 40 000 volumes. Après la mort du cardinal, l’hôtel fut divisé en deux parties : l’une qui était du côté de la rue Yivienne (ou Vivien) et de la rue des Petits-Champs, échut au duc de la Meilleraye et porta le nom d’hôtel Mazarin. En 1719, Louis XV en fit l’acquisition et le donna à la Compagnie des Indes qui y établit, en 1724, la Bourse décorée par Boullé avec façade sur la rue Vivienne; l’autre partie échut au marquis de Marioni, et reçut le nom d’hôtel de Nevers. C’est là que l’abbé Bignon fit transporter, cette même année 1724, après les travaux d’appropriation de De Cotte, comme nous l’avons dit ci-dessus, la bibliothèque dont partie se trouvait dans une maison de la rue de la Harpe et partie dans un bâtiment spécialement construit rue Vivienne. De plus, par son testament de 1061, Mazarin avait ordonné la fondation d’un collège sous le vocable de Mazarini destiné à soixante gentilshommes ecclésiastiques des pays d’Allemagne, de Flandre et du Roussillon. Les exécuteurs testamentaires du cardinal achetèrent, en 1662, ce qui restait encore de l’hôtel de Ncsle et chargèrent l’architecte Le Vau de dresser le plan de l’édifice dont l’exécution fut confiée à Lambert et Dorbay, ses élèves. La façade du collège (aujourd’hui palais de l’Institut), dont le dôme circulaire au dehors et elliptique au dedans rappelle la Sorbonne, fut faite d’après les errements en usage dans l’art de bâtir et n’ajouta rien de remarquable au bilan de notre architecture; le style manquait,
Ce Louis Leveau ou Le Vau, « directeur des bâtiments du roi, » était néen 1612. Protégé par Fouquet, iltrouvarapidement l’occasion de se faire connaître. Outre le plan du collège des Quatre-Nations et de l’église de ce collège, que nous venons de mentionner, on doit à Le Vau celui de la chapelle de la Salpêtrière, de l’église Saint-Sulpice et de l’église Saint-Louis-enl’Ile. Donnons d’abord, en quelques lignes, l’historique de la construction si tourmentée de Saint-Sulpice.
Sur l’emplacement où se trouve l’édifice actuel, une église avait été commencée, en 1643, sous le vocable de Saint-Pierre, par un architecte dont le nom a déjà été prononcé, un maître des ouvriers de la ville de Paris, Christophe Gamart ou Gamare
qui, de 1626 à 1636 et conjointement avec Guillain fils, n’a attaché son nom qu’à des constructions d’ordre secondaire : le portail latéral de l’abbaye Saint-Germain des Prés, côté de la rue Saint-Benoit, la grande porte de l’Hôtel-Dieu, rue de la Bûcherie, le portail de l’hospice des Incurables, rue de Sèvres, continué par Pierre Dubois, la petite église Saint-André des Arts. Bien qu’on eût de Gamart, dès 1615, le plan de la nouvelle église Saint-Sulpice, un nommé Leroi, fut chargé d’en présenter un second, qui d’ailleurs ne fut pas exécuté, et la construction de Gamart était déjà avancée, lorsqu’on s’aperçut que l’édifice était trop petit. C’est alors que Le Vau fut chargé de donner les plans d’un plus vaste édifice. La première pierre en fut posée en 1655, quatre ans après la déclaration de majorité de Louis XIV, et dix-huit années furent employées à la construction du chœur et des bas côtés (1672). On continua pendant les années suivantes l’édification du transept, mais en 1678, les travaux furent suspendus par suite du défaut de fonds et ce ne fut qu’en 1721 que le curé de Saint-Sulpice, Langhuet, après avoir épuisé la libéralité de ses paroissiens, obtint l’autorisation d’une loterie dont les profits permirent l’achèvement de l’église qui fut terminée en 1736, moins le portail. Nous verrons, en temps et lieu, la part prise à sa construction par Gamard, Oppenord, Servandoni et Chalgrin; disons seulement ici que ce fut Gillard, qui continua, de 1662 à 1675, le travail commencé par Le Vau. Daniel Gittard, né à Blandy-en-Brie le 14 mars 1 625, architecte du roi, avait été, en 1 67 1 , le quatrième des huit architectes qui composèrent l’Académie d’architecture lors de sa création. On lui doit d’ailleurs les dessins de l’église Saint-Jacques du Haut-Pas, dont la première pierre fut posée le 2 septembre 1630, mais qui ne fut peut-être terminée qu’en 1675 et de l’église de l’Institution de l’Oratoire (aujourd’hui Hospice pour l’enfance). Quelques hôtels à Paris, parmi lesquels ceux de Gosse, de Lally, de Selvoit, ainsi que le dessin de la fontaine de la Charité, et en province le château de Saint-Maur pour le cardinal du Bellay, sont également de Gittard, qui mourut à Paris, le 15 décembre 1686.
L’église de Saint-Louis-en-l’lle fut élevée sur l’emplacement d’une chapelle que Nicolas Lejeune, appelé dans les registres paroissiaux maître couvreur , avait construite en 1618 et qu’on